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Les vélib’ : quel destin ?

Des vélos : de la liberté ?

Un succès ou un échec ?

dimanche 20 avril 2008, par Picospin

L’un de ceux-ci pouvait consister à diminuer la pollution, l’autre de débarrasser par la dissuasion les rues des véhicules nombreux qui n’avaient rien d’urgent ni rien d’important à y faire. Accessoirement aussi, il s’agissait de contribuer à l’amélioration de la santé de ses habitants puisque depuis un certain temps on peut lire des publicités qui recommandent de manger 5 légumes par jour ce qui n’a rien à voir avec les vélocipèdes et de bouger ce qui est en relation plus étroite avec la santé des habitants de la capitale qui auraient l’occasion ainsi d’exercer leurs muscles, de gonfler leur cage thoracique, d’expirer leur trop plein de gaz carbonique même s’il n’est que le rejet d’un air inspiré qu’on accuse d’être fortement pollué même si le vent parvient de temps en temps de le chasser des toits et des rues encaissées où il stagne éternellement.

Une bonne initiative ?

Cette expérience avait été saluée par une majorité de citadins comme initiative particulièrement heureuse puisqu’elle permettait aux jeunes de se livrer à un sport joignant le culturel, le sportif, l’utile et de se détendre des tensions engendrées entre les bornes du travail et celles des déplacements obligatoires, des voyages souterrains quotidiens. Des mystères persistaient au sujet des contrats passés, avec qui, des fabrications, de l’origine des cycles et du lieu et de la logistique de leur conception originale. Cette particularité n’en était pas une, en tout cas, elle n’était pas rédhibitoire et n’empêchait nullement les fanatiques de ce qu’on appelait avant la « petite reine » au moment où les premiers Tours de France commencèrent à traverser les paysages de l’hexagone. On avait aussi, sous nos yeux – ou tout au moins aux yeux des touristes européens qui jettent un regard indiscret en Hollande – l’exemple de ces cyclistesbataves qui enfourchent leurs noires montures surélevées chaque jour pour s’approcher des canaux d’Amsterdam si près qu’on dirait qu’ils ont envie de s’y baigner en compagnie des mouettes, canards ou cygnes. Mais voilà : après une expérience très courte, le bilan penche plutôt vers la negativité.

De la Seine aux polders

La raison : la multiplication des actes inciviques de la part de personnes non identifiées qui saccagent, détruisent, volent. On ne sait quels sont les motifs de ces indélicatesses (gentil euphémisme pour cacher ces dépravations). Certains supposent qu’elles sont seulement la conséquence d’une éducation parentale mal assurée, séquelle des évènements de Mais 68 qu’on fête ou fustige en ce moment selon la classe sociale et intellectuelle, les opinions politiques, les idéologies, le regard sociologique jeté sur la population. L’opinion la plus générale veut faire porter le chapeau à un libéralisme excessif, à un laxisme de l’éducation, à la démission des parents qui auraient eux-mêmes flirté avec cette mini-révolution qui avait un avantage reconnu par tous : la modération dans l’expression du conflit et dans celle des dégâts et pertes en vies humaines. Devant les pertes excessives en vies non humaines mais en matériaux de qualité, la crainte sinon l’angoisse s’est emparée de la gouvernance parisienne car plus de 10% des 15.000 vélos sont volés ou hors d’usage. Le regret possible des actes accomplis pourrait inciter à la honte sinon à la culpabilité ou à la dénonciation de ces actes considérés habituellement dans les sociétés dites civilisées comme répréhensibles. De plus en plus de jeunes les dégradent et vantent leurs exploits sur Internet. Jeté dans les escaliers du métro, utilisé pour arpenter les skate parcs ou noyé sans état d’âme dans les cours d’eau, depuis sa création, le Vélib’ n’a jamais été une espèce aussi menacée.

Menaces à l’horizon de la liberté

Les vandales se vantent désormais de leurs forfaits sur la Toile. Véritable scène de théâtre, Internet regorge de vidéos qui témoignent de ces « actes d’incivilité ». Les auteurs, souvent adolescents ou jeunes adultes, exhibent leurs exploits comme s’ils répondaient à une nouvelle mode. À Paris, près de 700 vélos ont été volés et autant sont hors d’usage depuis la mise en place du Vélib’, en juillet 2007, soit 10 % des 15 000 vélos en circulation. Plus de 1 300 infractions ont été constatées, du vol avec violence à la conduite en état d’ivresse, depuis leur mise en service. Avec l’arrivée du printemps et l’engouement à nouveau croissant des Parisiens pour la petite reine, la société qui fournit et entretient les Vélib’ est contrainte à plus de vigilance. Elle en redouble et a décidé de mettre en place une « liste noire des mauvais utilisateurs » qui concerne pour l’instant les abonnés annuels au service, soit 179 000 usagers. Un mécanisme semblable est élaboré au même moment dans d’autres villes, comme Toulouse qui vit les mêmes affres de dégradations que la capitale avec son « Vélô ». La CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés) a imposé certaines restrictions dans la gestion informatique. Pour les usagers quotidiens ou hebdomadaires, la "traçabilité" est presque impossible. Il arrive aussi qu’un usager accroche mal son Vélib’ à la borne ce qui conduit immanquablement à leur vol. Certains des vélos dérobés sont recyclés puis revendus chez un ferrailleur en pièces détachées pour une valeur de 45 000 euros. Au total plus d’une tonne d’aluminium neuf, dont plus de 1 200 tiges de selle de vélo, a été retrouvée. Il s’agissait là non d’usagers mais de… cinq employés malveillants qui ont reconnu les faits.

Une perception multiple

Comment la société perçoit-elle ces actes d’incivisme ? On évoque l’abandon par les parents de leur rôle, l’insouciance des acteurs de ces forfaits qui n’ont pas conscience de leur gravité, des responsabilités engagées, de la possible pérennisation par les générations suivantes de comportements dont les auteurs ne reconnaissent pas la valeur, de manque d’éducation, de principes foulés au pied par des adolescents qui préfèrent vivre dans la désobéissance, le désordre, le gout de la destruction, l’extrême permissivité et la fuite des responsabilités. D’autres pensent que plutôt que de sanctionner, il vaut mieux éduquer, rappeler le respect avant de passer à la répression et de se demander pour quel candidat peuvent bien voter ces « vandales ». Quand les propositions de solutions sont épuisées, reste le recours au civisme, valeur par laquelle on aurait peut-être pu commencer, le respect du citoyen pour la collectivité dans laquelle il vit et pour ses conventions, sans oublier la loi, la connaissance des droits et des devoirs envers la société, les institutions, la « chose publique » et l’affirmation personnelle d’une conscience politique. Le civisme va du savoir-vivre et de la civilité, qui relèvent du respect d’autrui dans le cadre des rapports privés jusqu’au respect des principes collectifs sans que cela soit forcément en contradiction avec les lois. Le civisme concerne non seulement la collectivité, mais aussi l’individu et l’État.

Questionnement éthique :

1. Que peut-on trouver d’éthique dans le fait de rouler à vélo en plein Paris ?

2. Est-ce que le principe responsabilité peut jouer un rôle dans l’exercice de ce moyen de transport ?

3. Est-ce un moyen de montre à soi-même et aux autres que l’on adopte une position de citoyen, de solidarité, de protection de la planète ?

4. Est-ce aussi un signe fort de participation anonyme à un effort commun de maintien du climat, condition indispensable à celui de la production agricole, de l’alimentation des pays pauvres ?

5. Est-ce une prise de conscience plus insistante de la nouvelle situation de l’homme sur terre, qui aurait perdu la protection de la providence et celle d’un créateur de l’univers au profit d’une évolution gouvernée par l’évolutionnisme qui rendrait l’être humaine maitre de son destin, de la tâche d’organiser la nature, la création et les créatures ?

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Sources :
Le Figaro : 20 avril 2008