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Des rapaces et des hommes

Désarroi, désorientation, confusion entre morts et vivants, entre valeureux, justes et criminels

Où se terrent les fous et les criminels, où sont les martyrs et les justes ?

vendredi 25 janvier 2008, par Picospin

Or le sens est la caractéristique qui fait le plus souvent défaut à l’homme lorsqu’il est aux prises avec une nature tantôt bienveillante, tantôt hostile, une humanité rassurante ou criminelle où les motivations prédatrices l’emportent sur la sympathie, la protection, la réassurance que convoitent les faibles plus que les puissants, les enfants et les personnes âgées plus que les adultes.

Options et choix

La circulation des idées, des options, des choix pour ce que l’on croit être le bien ou le mal aurait-elle besoin d’un agent de police aux carrefours pour indiquer les directions et déterminer les terminaux ? Ou bien, doit-on fournir aux hommes conscients des difficultés du moment les instruments qui leur permettent de se diriger avec leurs seuls instruments, la culture qui leur sert de boussole, la conscience qui leur sert de guide ? Ou est-ce le bénéfice de la liberté, ce bien que d’aucuns considèrent comme le plus précieux, qui leur permet d’explorer des voies nouvelles de la recherche au bénéfice de l’homme mais aussi les massacres de masse, l’accomplissement de l’indicible comme ce fut le cas il y a 60 ans dans les baraquements qui ont servi non à protéger l’homme des intempéries mais à l’assassiner en masse, à lui arracher les cris de douleur de ses entrailles et les bébés de son ventre et à l’exterminer par le feu, le gaz, les balles sous le regard intéressé, trop rarement inquiet, parfois jovial des auteurs de cette mise en scène granguignolesque ?

D’Auschwitz aux larcins

Ici, un radiologue ouvre 6 cabinets, invite des patientes à explorer leur poitrine par une imagerie qu’il ne sait pas interpréter mais dont la société par solidarité lui paie les frais, malgré le risque permanent de l’infecter parce les précautions élémentaires d’hygiène n’ont pas été respectées. Là, ce sont des banques au plus haut niveau qui décident des moyens contradictoires à utiliser pour contenir la chute des valeurs boursières devant le regard médusé des profanes auxquels on ne fournit aucune explication claire ou cohérente et de ce fait impossible à comprendre. Ailleurs, on se vautre dans les confusions et les contradictions pour obscurcir un tableau qui n’a plus rien de figuratif. Il a été remplacé par une géométrie incertaine aux contours flous qui brouille les limites des formes. Est-ce la préfiguration des visages défigurés par les obus et les grenades de la première Guerre Mondiale ?

La perte des formes

Est-ce que la mutilation de la face intrigue plus qu’elle n’effraie parce qu’elle empêche de communiquer les émotions et de faire miroir au visage du spectateur qui se trouve devant la béance et le silence émotionnel ? Le visage défiguré suscite à la fois fascination et répulsion. Ce handicap provoque une altération de la perception de la nature humaine. Celle dont Emmanuel Levinas disait que l’on ne saurait plonger son regard dans celui de l’autre parce que l’humain renvoie toute culpabilité. Mais aussi toute fragilité devant la précarité, la maladie, l’accident ou la mort. Est-ce pour toutes ces raisons qu’on trouve dans l’art si peu de représentations picturales de la mutilation de la face. C’est qu’en effet, elles exigent une vision prolongée avec le modèle sinon avec l’objet de la représentation et l’image graphique en train de se construire. Avec les disparitions de derniers survivants de la guerre de 14, disparaîtra aussi le souvenir de leur représentation littéraire comme viendra bientôt le tour des suppliciés de la shoah qui seront conduits dans l’éternité par les photographies et la mémoire, conservées cette fois pieusement dans le fond secret des chambres, les albums des familles ou sur les pièces d’identité des êtres chers. Quelle différence entre martyrs et criminels de toutes sortes, escrocs, voleurs, assassins, pirates ? Dieu reconnaîtra les siens est-il dit. Quel Dieu et quels siens ?

Quetionnement éthique :

1. Est-ce que la défiguration avec ses conséquences psychologiques et affectives peut être considérée comme l’atteinte suprême faite au corps et à l’âme entre des combattants ?

2. Comment interdire les armes qui sont à l’origine de cette blessure physique et morale ?

3. Comment considérer les déformations physiques infligées aux victimes de la guerre et de la déportation même après leur mort comme ce fut le cas lors de leur crémation volontaire après leur passage dans les chambres à gaz ?

4. A-t-on eu raison à posteriori d’intenter un procès aux criminels de guerre et aux auteurs des crimes contre l’humanité pour leurs méfaits ?

Sources :
Fischer PL, Méroc N, Frapat J, Chauvin F, Rousset C. Les gueules cassées représentées par de grands peintres : Otto Dix, Georges Grosz, Raphaël Freida.

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