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Etude expérimentale de désastres extrêmes

Désastres en série

L’atome dont nous sommes faits est-il fiable ?

jeudi 17 mars 2011, par Picospin

Tournoyant et couvrant de blanc ce qui avait été bleu comme la mer, gris comme les centrales atomiques et rouge comme voitures et camions, ces flocons rappelaient aux gens d’en bas sagement à la queue pour grappiller quelque nourriture que le temps était aussi dérangé que le cerveau de Khadafi selon les commentaires des occidentaux et celui de Sarkozy selon ceux du même guide du peuple libyen.

Folies, imprudences ou nature méchante ?

De tout cela, il est inutile d’en parler pour ne rien en dire ou tout dire d’une nature en folie, celle des hommes qui ont oublié qu’ils agissaient par mimétisme, qu’ils plaçaient le danger là où il était maximum comme si la terre raisonnait, avait une âme selon Aristote et se chargeait de réparer et corriger moins les folies de uns et des autres comme dit plus haut mais les imprudences de tous lorsqu’ils placent les explosifs au bord des précipices, jettent à la mer les détritus et immondices de tous et comme si cette étendue n’était qu’une mort déjà annoncée vide de sens et de vie. Pourtant ce n’est pas faute de leur avoir montré chaque jour que des algues y vivaient, des coraux s’y épanouissaient, se coloriaient devant eux, des mammifères marins, nos cousins, se parlaient par ultra sons interposés, des baleines s’échouaient, éconduites par les faux signaux émis par les mêmes hommes inconscients des dangers et des risques qu’ils provoquent en exigeant toujours plus de lumière extérieure à Ginza, connu pour l’abondance de ses enseignes lumineuses sa zone d’achats la plus chère du monde où on trouve ou trouvait le long de grandes avenues de nombreux magasins de mode du monde entier, mais aussi des showroom à la japonaise, des bâtiments d’exposition, où l’on peut découvrir tous les produits, depuis les voitures dans le showroom Nissan, de l’électronique grand public au cœur du Sony building ou dans l’Apple Store.

De Ginza à Fukushima

Tout cela, vous le connaissez aussi bien sinon mieux que moi même si j’ai passé dans cette ville et ailleurs au Japon des instants délicieux au milieu d’une population souriante, polie, courtoise, propre, esthétique et toujours prête à montrer le meilleur d’elle-même malgré la promiscuité due à la faible surface des îles qui composent le pays et le paysage montagneux et volcanique, exigu, impropre aux habitations et aux cultures. La centrale nucléaire de Fukushima est devenue le principal centre d’attention du Japon. Plusieurs des réacteurs de cette centrale menacent d’exploser et de provoquer, non pas un nouveau Tchernobyl, car la catastrophe ukrainienne était le fait de l’homme, mais un remake de Three Miles Island. En 1979, à la suite d’une catastrophe naturelle, le réacteur avait fondu, parce qu’il n’était plus refroidi. La centrale de Fukushima 1 compte 10 réacteurs dont 6 présentent des risques. En effet, lorsqu’a eu lieu le tremblement de terre, les lignes électriques ont été coupées. Le système de refroidissement a été alimenté par des groupes électrogènes... jusqu’à ce que le tsunami les noie puisqu’elle est située est située au bord de mer. Tous ces faits expliquent que depuis 3 jours, plus aucun réacteur n’est refroidi.

A la main

Les tentatives pour le faire "manuellement" n’ont pas porté leurs fruits parce qu’en relâchant les gaz contenus dans les réacteurs pour faire baisser la pression, on a aussi relâché des particules radioactives, ce qui explique la zone de confinement de 30km autour de la centrale. On a aussi entraîné une réaction chimique entre l’hydrogène relâché par la centrale et l’oxygène de l’air, qui a entraîné plusieurs explosions de réacteurs,
en lâchant de l’eau de mer sur les réacteurs. En raison de cette succession d’évènements programmés, voulus ou survenus au hasard, des éléments radioactifs se sont répandu dans la nature, l’atmosphère et la mer parmi lesquels on compte du strontium, du césium et du plutonium, le plus dangereux car de minimes quantités sont susceptibles de provoquer des cancers graves et étendus, le plus souvent mortels. C’est devant l’ampleur de la catastrophe qui vient de toucher un pays petit par son étendue mais fort de son courage, de son énergie à construire, à bâtir sans cesse que des voix se sont fait entendre de façon stridente pour avertir les populations du monde entier que les manifestations en cours, les effusions, la commisération sont disproportionnées devant la gravité et la douleur d’une population qui ne cesse de montrer au monde son courage, sa pudeur et sa résignation.

Tragédies

La situation est d’autant plus dramatique, tragique et insupportable que c’est ce même pays qui a souffert d’une relation particulière, où la mort ne cessait de côtoyer la vie dans l’instant, le court et le long terme lors des épisodes destructeurs survenus à Hiroshima et à Nagasaki. Par quel destin, quelle relation paradoxale, les survivants de ce massacre se sont-ils allé à promulguer l’intérêt sinon une passion pour la face constructrice de l’atome, le même que celui qui les a tués en masse comme l’ont si bien montré Marguerite Duras et Alain Renais devant le néant qui était apparu sur ces deux sites au lendemain du bombardement. Que cette nation touchée si profondément ait cru devoir privilégier ces atomes pour en faire une arme de reconstruction, de survie et de retour à l’industrialisation de leur pays constitue un acte de foi aussi remarquable et digne d’éloge que celui des techniciens spécialisés qui s’engagent à prendre en charge les centrales nucléaires au prix de leur sacrifice pour épargner à la population le prix à payer de la mort, du cancer et de souffrances extrêmes.

"Je n’ai rien vu à Hiroshima"

Cette expérience plus négative que positive, commence à déclencher dans la population l’idée que plus rien n’est sous contrôle et qu’il n’y a plus rien à attendre de bon et de favorable d’un gouvernement qui ne maitrise plus la distribution d’une énergie dangereuse qui échappe à la planification, à la prévention, au principe de précaution des autorités de tutelle. La France n’est nullement exclue de cette interrogation, des hésitations et des nouvelles mesures à prendre à la suite de la tournure prise par des évènements contraires mais prévisibles et qu’on ne saurait éliminer d’un trait de plume. Dans cette affaire, en tant que plus grande communauté européenne passionnément éprise du nucléaire à la suite de la décision du Général de Gaulle de chercher l’indépendance de son pays à travers le spectre de l’énergie atomique, la France est particulièrement attentive à ce qui se passe au Japon qui lui sert pour l’instant de Laboratoire expérimental capable de simuler l’étude des désastres extrêmes, à prévoir les conséquences directes de l’utilisation des centrales atomiques surtout lorsqu’elles donnent des signes de vieillissement et manifestent l’obligation urgente de renouveler un matériel devenu obsolète.

Avertir plutôt que guérir ?

C’est au fond un avertissement à moindres frais qui est envoyé d’Extrême Orient à l’Europe et en premier lieu à la France. Comment cet avertissement, pour l’instant sans frais sera-t-il ressenti ici relève d’une autre question qui dépendra de l’attitude du Gouvernement, de son président et de l’ensemble de la nation. Nous ne manquerons pas de traiter cette question lors d’une de nos prochaines publications.

Questionnement :

1. Albert Camus écrit dans la Mythe de Sisyphe : "Jaspers sait que la fin de l’esprit c’est l’échec. Dans ce monde dévasté où l’impossibilité de connaitre est démontrée, où le néant parait la seule réalité, le désespoir sans recours, la seule attitude, il tente de retrouver le fil d’Ariane qui mène aux divins secrets". Que faut-il en penser ?

2. Est-il vrai que "le pétale de rose, la borne kilométrique ou la main humaine ont autant d’importance que l’amour, le désir, ou les lois de la gravitation" ?

3. Le climat de l’absurdité est au commencement. La fin c’est l’univers absurde et cette attitude d’esprit qui éclaire le monde sous un jour qui lui est propre, pour en faire resplendir le visage privilégié et implacable qu’elle sait lui reconnaitre. L’univers n’est-il qu’absurde ?

4. Toutes les grandes actions et toutes les grandes pensées ont un commencement dérisoire. Les grandes oeuvres naissent souvent au détour d’une rue ou dans le tambour d’un restaurant. Ainsi de l’absurdité. Pouvait-on soupçonner l’atome de finir dans une interrogation tragique ?