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Descente aux enfers des langues de feu

mercredi 25 avril 2012, par Picospin

Comme on dit de plus en plus souvent à propos de tout et de rien, en utilisant plus des onomatopées que des paroles clairement prononcées, en s’accrochant à des interjections automatiques faites pour meubler les espaces des silences imposés « voilà », on attend la réponse qui suit cette annonce articulée pour présenter des évènements qui ne trouveront jamais leur plein emploi. Les idées restent enfermées dans le merveilleux organisme construit par la nature pour articuler pendant que le matin, les oiseaux racontent leur histoire de la nuit, décrivent leurs rêves de joie, leur bonheur de vivre et leur félicité d’être là sur un arbre perché, se balançant au rythme de la brise.

Découragement

Pendant ce temps, 62% des professeurs des écoles débutants estiment que la réussite des élèves est un objectif qui ne peut pas être atteint. Ce malaise éclaire un constat social accablant d’où il ressort qu’un quart des élèves ont des acquis fragiles, un enfant sur cinq redouble au moins une fois avant d’entrer dans le grand cycle de la formation et chaque année, 35.000 jeunes illettrés restent imperméables aux signes dessinés par les textes destinés à atteindre les circonvolutions cérébrales des enfants en formation. Est-ce qu’ils sont responsables de cet état de délabrement dans lequel se débat la ruine de l’école abandonnée par les pouvoirs publics avant de l’avoir été par les institutions privées qui tentent de combler les lacunes d’une éducation en déclin sous la double influence d’enseignants qui en constatent les effets sans réussir à remonter la pente. Si les jeunes pousses fabriqués par les parents dans l’état ne font que subir une situation dégradée par la faute des parents, eux-mêmes décimés par les conflits successifs subis plus que voulus, les désordres et remises en cause inspirées par des idéologies trompeuses, le principe responsabilité ne s’applique guère à cette catégorie de population dépassée par les évènements révolutionnaires, les discours fallacieux, les promesses non tenues.

Forces vitales

C’est donc bien aux forces vitales qui les ont mises en circulation que l’on doit s’adresser pour les placer devant leurs devoirs avant leurs droits pour leur confier moins qu’imposer la tâche de réparer des erreurs et maladresses consécutives à tous les Mai 68 présentés à leur conscience. On le martèle suffisamment depuis ces derniers mois : d’après le ministère de l’éducation nationale, 230 000 jeunes ont quitté le système scolaire sans qualification entre juin et octobre 2011. Que rapport avec ces autres chiffres qui constatent moins qu’ils n’expliquent le fait que deux millions d’enfants vivent sous le seuil de pauvreté et 600.000 sont mal logés. Quelle que soit sa marque, l’ascenseur social ne fonctionne pas à l’école, n’autorise pas les enfants à monter dans sa caisse et à se hisser aux étages supérieurs de la hiérarchie sociale cognitive de telle sorte que celle-ci ne parvient pas à réduire les inégalités. Ne paie-t-on pas trop cher le résultat d’une gestion dramatique de la question scolaire, faute d’être sorti à temps de l’idéologie des têtes bien ou trop remplies ou bien faites, sinon organisées. Les méthodes ne sont pas de gauche ou de droite. Instituteurs et professeurs devraient jouer un rôle fondamental dans le processus de formation des futurs citoyens à condition qu’eux mêmes aient reçu et assimilé une formation suffisante pour transmettre sans détours et sans dérives.

Politique de l’enfance

Encore faut-il que l’on développe une politique nationale de l’enfance incluant des mesures qui permettent de contrecarrer les effets de la pauvreté et particulièrement dans le système scolaire. Il faut d’abord éradiquer les déterminismes sociaux pour construire la réussite de tous. Elle est là, l’application de la Convention internationale des droits de l’enfant qui stipule que l’enfant a "droit à l’éducation, sur la base de l’égalité des chances", et que cette éducation doit notamment "favoriser l’épanouissement de sa personnalité, le développement de ses dons et des ses aptitudes mentales et physiques, dans toute la mesure de leurs potentialités". Faute de faire le nécessaire dans ce domaine, nous courons des risques majeurs, comme celui de développer une société à deux vitesses : les nantis et les "laissés pour compte" – de voir surgir un risque politique en donnant des arguments aux extrémismes les plus farouches, un risque économique en laissant de côté des jeunes qui, sous-diplômés, seront ensuite sous-employés et qui ne compteront jamais parmi les acteurs de la croissance et un risque moral en désolidarisant les générations et en rompant le pacte moral qui s’était noué il y a un peu plus d’un siècle entre la nation et ses éducateurs. L’intérêt supérieur de l’enfant doit guider ceux qui ont la responsabilité de son éducation et de son orientation. Il est trop facile d’accuser les enseignants, les parents, de les désigner comme boucs émissaires, ce qui permet à notre société de se dédouaner à peu de frais. Nous assistons à un amalgame des critiques, à une déstructuration des analyses.

Vains débats

Tout débat devient impossible entre des parents dépassés, des enseignants surpassés, des enfants déclassés, dont nous ne saurions qu’être les témoins d’un constat d’échec. A qui incombe la responsabilité de l’éducation ; à nous tous, décideurs, citoyens, responsables par nos choix de l’avenir de notre humanité. Des solutions existent pour lutter contre le décrochage scolaire, pour soutenir les familles dans leur mission éducative et pour accompagner les jeunes vers une insertion sociale et professionnelle. Il fut un temps où les jeunes portaient la fierté de leurs aînés. Aujourd’hui, la défiance a pris le pas sur la confiance nécessaire à libérer les énergies. Quel choix serait fait pour une jeunesse acculée au désespoir, au scepticisme, à la dépression, résultats du cynisme des ainés s’ils se détournent insensiblement de la jeunesse d’une façon générale et des jeunes en difficultés et leurs familles en particulier. Un jeune sur deux sans diplôme de l’enseignement secondaire est au chômage. Quelle vision d’avenir possible dans notre société pour ceux qui ne rentrent pas dans le modèle dit "classique" ou encore de tri sélectif ? L’heure n’est plus à la compassion ni à l’incantation. L’urgence est à l’action et à la mobilisation de tous dans une dynamique commune et consensuelle. Qu’est devenue cette École de la République dont les hussards noirs, instituteurs d’antan chers à Charles Péguy, avaient pour mission de répandre dans nos campagnes et nos villages un idéal de tolérance, de savoir rationnel et éclairé, de justice et d’égalité ? Tous les candidats à la magistrature suprême disent faire de la jeunesse une priorité pour certains, la prendre en compte pour les autres.

Quel compte ?

Mais de quel compte s’agit-il ? Celui des voix qui élisent ou celui de celles qui crient que rien n’est relayé dans les actes. Ne faut-il pas recréer les conditions de la confiance à travers une mobilisation générale, à la prise de conscience majeure de la gravité de la situation des enfants et jeunes en difficultés. Il ne s’agit pas là de dette financière mais de dette sociale qui laissera des marques plus importantes dans notre société et qui l’infirme déjà dans sa croissance.