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Médecine

Les abysses
Désespoir ou espoir ? Quel est l’avenir des médicaments développés à partir des abysses ?

Article rédigé par Picospin le lundi 21 janvier 2008

Il n’est besoin que de se pencher sur les documents diffusés par la télévision, la presse généraliste et spécialisée qui se lamentent sur le sort réservé à notre univers. Il se dégrade, ses couleurs disparaissent au profit d’une neutralité grise, blanchâtre, les océans se vident, les coraux s’éteignent, les oiseaux s’engloutissent dans le magma des produits pétroliers généreusement déversés par les tankers. La reproduction ne s’accomplit plus dans la joie de la procréation à deux mais dans un clonage monotone qui reproduit à l’identique.



Une mort programmée

Comme s’interroge la chanson de Charles Trenet « Que reste-t-il de nos amours ? » que reste-t-il de tout cela ? Une mort programmée, annoncée, une extinction sans espoir ? ou une ou plusieurs raisons d’espérer parce que les ressources intellectuelles, l’imagination, les rêves des hommes sont illimités et capables de remettre en route une machine qui a plus de potentialités créatrices que destructrices ? A ce propos, certaines revues hautement spécialisées n’hésitent pas à dresser un bilan relativement favorable des phénomènes susceptibles de relancer des processus qui maintiennent ou inventent de nouvelles formes de vie. Certains organismes survivent dans des profondeurs extrêmes sans oxygène en résistant à des températures très chaudes ou extrêmement froides. Les poissons polaires résistent au gel. Comment ? Grâce à des protéines antigel dix fois plus actives que toutes celles connues jusqu’ici et qui se fixent sur les cristaux de glace pour les empêcher de croître.

Antigels

Cette propriété pourrait être utilisée pour le stockage d’organes ou pour la cryochirurgie qui consiste à détruire les cellules cancérigènes en les congelant. Les enzymes d’une bactérie résistante au froid pourraient être remplacées par leurs collègues agissant à des températures modérées dans l’industrie agroalimentaire ou dans le secteur des poudres à lessiver. Une autre bactérie qui vit dans les sources hydro thermales s’active dans des températures élevées de 80 à 100° ce qui permet de l’utiliser dans les technologies futures des recombinaisons de l’ADN. Des enzymes capables de transformer des glucides en « essence verte » sont déjà à l’essai. De l’énergie verte pour la production de bioéthanol pourra être produite à partir de la laitue de mer qui fournit une biomasse par hectare 700 fois supérieure à celle d’un champ de blé traditionnel. L’abondance de la première nuit d’ailleurs aux écosystèmes locaux ce qui pourra être équilibré par leur transformation en biocarburant. Cette balance peut être également réalisée pour absorber le CO² excédentaire dues aux émissions des centrales électriques et de l’engrais. Les organismes marins ont des caractéristiques qui leur permettent de lutter contre les prédateurs ou les concurrents écologiques sans nécessairement avoir à lutter pour la seule survie.

Un gros réservoir

On pourra ainsi puiser dans un énorme réservoir de substances qui peuvent servir au traitement des maladies infectieuses ou des cancers à partir d’organismes dérivés des éponges ou des varechs. On a trouvé un nom à ces agents de l’extrême qui parviennent à survivre dans les conditions les plus difficiles. Ne cherchez pas, le nom donné à ces substances est des plus simples puisqu’elles ont été baptisées « extrémophiles ». Des antibiotiques, des puces micro-conductrices, des bioréacteurs destinés à produire des hormones de croissance seront développés à partir de fragments d’ADN. Un composé isolé à partir d’actinomycètes qui sont des bactéries Gram-positives, se trouvant dans le sol et jouant un rôle important dans la décomposition des matières organiques, comme la cellulose et la chitine est capable de se fixer sur une tumeur et d’en neutraliser la croissance. Il devrait s’avérer précieux dans le traitement d’une maladie du sang appelée myélome multiple, ou maladie de Kahler. Toutes les richesses des créatures abyssales ne sont pas nécessairement disponibles aussi facilement.

Organismes marins et bactéries

Leur découverte permet à la recherche de se munir d’un modèle à partir duquel pourront être cultivées en laboratoire des substances d’autant plus intéressantes qu’elles proviennent moins souvent d’organismes marins que des bactéries qui y sont associées. Le regard de l’homme au-dessous de lui vers les profondeurs de la mer vient de changer. Il est obligé de négliger les poissons et la pêche pour son alimentation au profit de la disponibilité d’autres produits qui se prêtent à l’extraction de substances protectrices de la peau, de médicaments anticancéreux comme le cancer du colon, d’antalgiques plus puissants que la morphine, de médications destinées à ralentir l’évolution effroyable de la maladie d’Alzheimer ou d’anticancéreux comme celui baptisé Roscovotine en mémoire de la ville de Roscoff et qui a la propriété exceptionnelle de tuer les cellules cancéreuses en respectant les cellules saines. Et devinez quels sont les poissons les plus chanceux de tous ? Comme dans la vie de tous les jours chez les humains, ce sont bien les requins qui se défendent le mieux contre le cancer grâce à la squalamine qui porte bien son nom et qu’on espère bien utiliser bientôt pour lutter contre les tumeurs du cerveau.

Questionnement éthique :

1. Faut-il investir dans les laboratoires pharmacologiques qui travaillent dans le domaine de l’extraction de produits dérivés des fonds sous-marins ?

2. Est-ce que ces investissements doivent être réalisés par des entreprises privées ou des fonds publics ?

3. Doit-on consacrer plus de fonds à l’exploitation de la mer et des océans qu’à celles des surfaces en raison des potentialités nettement supérieures des secondes par rapport aux premières ?

4. Comment prendre les décisions les plus raisonnables pour les choix des programmes de recherche entre le développement de produits immédiatement disponibles et ceux qui promettent de devenir très efficaces dans l’avenir ?

5. Etant donné l’urgence de disposer rapidement de produits anticancéreux, doit-on raccourcir les délais d’obtention de mise sur le marché de médicaments ou doit-on s’assurer de leur sécurité et de l’absence de toute effet indésirable ?



Sources :

Brooks C. Mine d’or Aquatique pour la "Biotech" . Research eu N° spécial Décembre 2007 : 22-24.


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