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Opinion publique et gouvernementale

Déterminisme ou liberté ?

Qui a raison ?

dimanche 4 mars 2012, par Picospin

Pour les plus hautes autorités de l’état, on s’intéresse moins à leurs convictions intimes qu’au moindre indice d’une idée susceptible de focaliser l’attention sur les objets de leur réflexion, de leurs méditations sinon de leurs préoccupations du moment. Journalistes, enquêteurs, politiques sont à l’affut du moindre indice capable de révéler les impressions qui hantent leurs journées, l’imaginaire qui peuple leurs rêvasseries, les cauchemars qui troublent leurs nuits. C’est dans ces circonstances, à propos de ce type d’enquête que des esprits plus malins que d’autres ont décelé chez le dernier candidat à la présidence de la République une tendance à adopter une conception positive au sujet du déterminisme génétique

Les mots lâchés comme des ballons

Cette conclusion est tirée d’un ensemble de mots lâchés au hasard et au fil des rencontres avec le peuple de France au cours des tournées régulières entreprises pour rendre visite aux citoyens de ce pays afin de faire passer les massages importants issus de tourments meublant un esprit considéré comme plus serein et déterminé qu’il n’y parait. C’est dans ces conditions que des enquêteurs astucieux ont pu conclure que pour mieux comprendre la politique menée par Sarkozy depuis qu’il est ministre et les mesures qu’il a prises pendant son quinquennat, il faut revenir à l’entretien qu’il a eu avec le philosophe Michel Onfray auquel il aurait confié ses positions les plus intimes et les plus secrètes. Il affirme ainsi que « J’inclinerais, pour ma part, à penser qu’on naît pédophile, et c’est d’ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie. S’il y a mille trois cents jeunes qui se suicident en France chaque année, ce n’est pas parce que leurs parents s’en sont mal occupé ! Mais parce que, génétiquement, ils avaient une fragilité, une douleur préalable ». Et le commentateur de conclure qu’il privilégie le rôle des gênes au détriment du contexte social et confirme ainsi sa faible disposition à comprendre la diversité des situations humaines, du fait qu’il est prisonnier de sa propre idéologie. « Comme il s’appuie sur le darwinisme social, les inadaptés actuels seraient pour lui les immigrés, les délinquants, les chômeurs, les assistés, les exclus, les handicapés, les malades, les fonctionnaires, ceux qui ne se lèvent pas tôt pour aller travailler le matin…On pourrait ainsi continuer la liste des boucs émissaires, successivement la racaille, les voyous, les personnes qui perçoivent le RSA…"

Quelles positions

Ces positions n’en expliquent que mieux les solutions proposées pour éradiquer les maux de ce siècle et les mesures pratiques à adopter puis à imposer pour mettre fin à la situation insupportable des individus et des groupes d’une société à la dérive. Aux éléments marginaux ainsi définis, on ne saurait proposer des thérapeutiques fondées sur une réflexion suivie d’une intervention sur l’origine des causes mais l’action, la répression sur les effets de ces positions idéologiques. En conséquence, à quoi bon des éducateurs, des thérapeutes, des enseignants puisque le destin de chacun est écrit par avance. Dans cette logique, c’est plus la neutralisation, l’isolement, la mise à l’écart du « malade – délinquant » qu’il faut développer qu’une intervention d’ordre sociétale. Cette pensée privilégiant la puissance par rapport à la connaissance aurait des conséquences gaves pour l’avenir de nos enfants, de nos petits enfants et de notre société. Elle se traduit par le déclin du système éducatif français comme le confirment les résultats de la dernière enquête PISA de l’OCDE d’où l’on déduit que pour la compréhension de l’écrit, les Français arrivent en 21ème position, les mathématiques en 22ème position et les sciences en 27ème position. Dans ce panorama, faut-il oublier que l’anti-intellectualisme remis à la mode n’a cessé de dénoncer ceux qui critiquent la propagande identitaire en parlant de « petite intelligentsia » coupée du peuple. Cette position n’est pas neutre dans la baisse du niveau de connaissance afin que la population soit plus réceptive à une certaine idéologie. « La stratégie adoptée en conséquence de ces données consiste à exploiter les problèmes sociaux : immigration, insécurité, exclusion sociale, crise économique…, à des fins politiques et électorales en renforçant les sentiments inhérents à ces problèmes : peur, racisme, insécurité, exclusion, colère... Il s’agit d’une propagande suggestive qui se base sur les émotions et les peurs des citoyens » .

Héritage et transmission

L’idée selon laquelle nous sommes tous porteurs d’un héritage génétique ne va pas sans poser le problème de la transmission, au sens où un capital de gènes non identifiés a été reçu et transmis qui vont être et légueés à ceux qui suivront. Loin de constituer une assurance pour l’avenir, le corps peut être perçu comme porteur de maladies potentielles, comme une bombe à retardement que je peux porter et transmettre à mon insu. L’idée que la connaissance puisse prédire l’avenir et permettre une action libre est devenue moins une théorie scientifique que la marque d’une idéologie d’ordre socio-biologique qui pourrait faire croire à la maîtrise future de notre organisme. Laplace définit le déterminisme comme « une intelligence qui connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée et la situation respective des êtres qui la composent » La philosophie matérialiste d’Epicure voulait, elle, qu’il existe un élément non déterminé dans un monde totalement mécaniste et déterminé. Au sein d’une série ininterrompue et prévisible d’actions et réactions entre atomes, existe une déviation imprévisible d’un atome, qui crée la nouveauté dans le monde et permet la liberté de l’action humaine. L’engouement actuel de l’opinion publique en faveur du déterminisme ne pourrait-il provenir de l’espérance d’une maîtrise ultérieure des causes, qui confond connaissance théorique d’un facteur et connaissance pratique d’un moyen d’agir sur lui. S’agit-il d’entériner un ordre de faits, en le justifiant au nom d’un déterminisme qui devient une forme de fatalisme. Le déterminisme a permis de justifier l’ordre établi de la religion et de la société. Il a plus d’intérêt en tant que moyen de cautionner un état de fait et les stéréotypes qui l’accompagnent qu’en tant que moyen de modifier le monde. Tout au plus a-t-il permis de renforcer les discriminations en en proposant une justification, comme dans les théories socio-biologiques. 

Engouement de la société

L’engouement actuel pour le déterminisme est donc à prendre avec circonspection. Une expérience est concluante, et la théorie qui sous-tend cette expérience est concluante d’un point de vue déterministe si et seulement s’il n’y a de variation qu’en raison de l’existence d’un agent extérieur. Cette théorie s’est inspirée des révolutions par Galilée puis Newton en physique qui permettent de prévoir le mouvement d’un corps lorsqu’il n’existe pas d’autre force en présence. La compréhension du déterminisme ne relève plus de celle d’une volonté divine ou de causes finales mais de celle d’une nature écrite en langage mathématique, régie par des principes mécaniques et un enchaînement de causes efficientes. L’homme peut désormais s’approcher de ces lois, les comprendre et agir sur la matière. La théorie de Darwin ne parle que des plus aptes dans un milieu donné et dans un contexte de prédation et de reproduction donné. Les décideurs de la sphère politique et économique sont adeptes d’une vision simpliste de la génétique, dans le sens où existerait un « programme » établi par avance par et pour chaque individu comme ce serait le cas pour la découverte du gène de l’immoralité, de l’homosexualité, ou de l’intelligence. Comment prendre ou non la décision d’annoncer le risque à un porteur potentiel, de conserver ou non un enfant avec un risque de maladie génétique ? Ce n’est pas une décision médicale mais éthique, qui n’est plus du ressort du seul médecin car en bioéthique, le savoir du médecin n’est pas un savoir quoi faire. Le déterminisme génétique rassure, qui véhicule la représentation d’une filiation fondée moins sur une reproduction de soi que sur une transmission maîtrisée des caractères que l’on accepte en soi. Le gène y apparaît comme un élément privé, replié en chaque individu, dont on pourrait accroître la sécurité. Nous désirons tous léguer le meilleur à nos enfants en éradiquant les tares. Dès lors, l’existence de moyens prédictifs rend difficile le choix de ne pas y avoir recours.

Prédictions

Lorsqu’une technique de ce type existe, elle est si porteuse d’espoir qu’il devient difficile de mettre en garde contre son utilisation. A moins d’admettre et de faire admettre comme l’avaient fait Platon et Aristote en leur temps que la liberté se réduit à son application politique sinon juridique au sein de la cité grecque sans espoir d’expansion vers une composante essentielle ou intrinsèque de la conditions humaine. Quelle comparaison possible et pertinente avec la condition des exclus de la République française actuelle qui accueille sans recevoir les immigrés, étrangers, en tout cas tout ce qui gravite autour de l’ancienne notion d’esclave et de métèque. On part ainsi d’une liberté sous condition au processus de libération au cours duquel on choisirait moins notre vie qu’on ne définirait notre place dans le monde.