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Une opinion

Développement durable et emploi

Comment associer les deux ?

jeudi 2 juillet 2009, par Jean-Claude Cusset

1) – développement durable et croissance.
Ceci pose dès l’abord la question de la relation entre développement durable et croissance. Les limitations dont nous venons de parler vont - doit on écrire « devraient » ? - à l’évidence se traduire par une restriction de la quantité des biens mis à la disposition des consommateurs, ou une modification de leur nature et de leur qualité, conduire à un passage du quantitatif au qualitatif, de la recherche de l’avoir plus à celle du mieux être. Ce serait, comme l’écrit le Time Magazine du 6 avril 2009, non pas la fin du monde, mais la fin du monde tel que nous l’avons connu, et notamment une redécouverte du bien commun. La crise que le monde connaît peut être l’occasion d’une telle conversion.

Déclaration de foi

Oui, direz-vous, belle déclaration de foi, mais que devient la croissance dans tout ça ? et le progrès ? On peut répondre par une autre interrogation : la mesure de la croissance ne peut elle se faire qu’à partir de données quantitatives, comme c’est le cas avec le PIB ? Un changement d’orientation de la croissance vers le qualitatif ne peut-il être pris en compte par d’autres instruments de mesure ? Un pays en fait l’expérience en mesurant le bonheur, la « poursuite du bonheur national brut », qu’il s’est fixé comme objectif ; à cet effet pas de calcul de PIB, mais celui du BNB, Bonheur National Brut. Cet indice doit s’appuyer sur quatre piliers de la « société heureuse » : l’économie, la culture, l’environnement et la bonne gouvernance. Il prend en compte neuf facteurs : le bien-être psychologique, l’écologie, la santé, l’éducation, le niveau de vie, l’emploi du temps, l’intensité de.la vie collective, et la bonne gouvernance. Quand on dit que le pays en question est le Bhoutan, petit pays isolé dans les montagnes himalayennes, cela prête à sourire. Et pourtant, ne devrions nous pas avoir une approche de même nature, prendre en considération le bonheur d’être et les moyens de le mesurer ?
Ce qui est sûr, c’est que l’on recherche à l’heure actuelle un indice autre que le PIB qui puisse prendre en compte le développement durable et ses aspects qualitatifs. Une équipe constituée à la demande du Président de la République, et qui compte dans ses rangs, sauf erreur, deux prix Nobel d’économie, Joseph Stigliz et Amartya Sen, est en charge de cette recherche ; faisons lui confiance.

2) – développement durable et emploi

Mais puisqu’un des problèmes majeurs du monde occidental, et peut-être avec la crise celui de l’ensemble du monde, est celui de l’emploi, il convient de s’interroger sur la relation entre développement durable et emploi : le souci du développement durable et l’orientation vers le qualitatif qu’il semble impliquer menacerait-il plus encore le niveau de l’emploi ou au contraire serait-il créateur d’emploi, remède à la situation actuelle. Nous distinguerons, pur essayer de répondre à cette question, entre les pays « du nord » et ceux « du sud ».

2 – 1 pays du nord

C’est une vérité première, pour ne pas dire élémentaire, de dire que le développement durable, du « vieux monde » en particulier, ne peut s’apprécier que dans le cadre de la mondialisation, donc de la compétition et de la concurrence internationale. Ce qui signifie, pour ce « vieux monde », qu’il doit avant tout être innovant pour être compétitif, disposer d’une R et D active et efficace ; il importe donc d’accorder à la Recherche les moyens de répondre à ce que l’on attend d’elle, à commencer par les moyens budgétaires. Il faut aussi que le système éducatif soit apte à produire ces chercheurs de haut niveau que requiert la nouvelle orientation de la production. On peut à cet égard s’inquiéter du classement du système universitaire français dans l’enseignement dans le monde.
Mais le développement durable ouvre à l’économie des perspectives immenses. Il lui appartient d’une part de remédier aux défauts du système économique et productif qui a fonctionné jusqu’à maintenant sans trop de souci de l’environnement, d’autre part de modifier et les biens produits et la manière de les produire en sorte qu’ils répondent aux exigences du futur. Du premier chapitre relèvent tous les moyens et techniques à mettre en œuvre pour remédier aux conséquences des pollutions résultant du système, pollution de l’air, du sol et de l’eau… Procéder au nettoyage, récupérer les produits polluants et toxiques, les stocker dans des conditions de sécurité satisfaisantes tant dans l’immédiat que pour les générations à venir – il semble notamment que ce soit possible pour le CO2 – cela ne peut manquer d’être générateur d’activités et donc d’emplois. Quant à l’objectif de se prémunir contre la poursuite des pollutions, faire en sorte d’abord de les réduire, puis de les rendre impossibles, il est aussi prometteur. Il va falloir arrêter la production de bien des objets qui sont aujourd’hui de consommation courante – les moteurs à explosion alimentés par des produits pétroliers, par exemple, devront céder la place à d’autres moyens de propulsion – et leur trouver des substituts ; remplacer autant que possible les transports individuels par des transports collectifs, le transport du fret par camions par le transport par voie ferrée, etc, etc.. Il va falloir aussi remplacer les énergies polluantes par des sources d’énergie nouvelles, renouvelables : le soleil, le vent, les marées sont des sources d’énergie inépuisables. En y recourant les allemands ont créé des emplois, les danois se sont acquis de nouveaux secteurs d’exportation. Pourquoi pas les autres ? Il est intéressant à cet égard de voir l’exposition du « grand Pari(s) », son approche du problème, et le travail qui est nécessaire pour concevoir, organiser et réaliser ce nouvel urbanisme que nous proposent les cabinets d’architecture concurrents dans ce projet : habitat, transports, services à la collectivité, tout fait l’objet de conceptions nouvelles et suppose la mise en œuvre de techniques et de produits nouveaux.
Un économiste turc préconisait dans un Monde récent la lutte contre le réchauffement climatique comme remède à la récession ; on peut y ajouter la lutte contre les pollutions qui ne contribuent pas, du moins en apparence, au réchauffement climatique ;
Et même si ce n’est pas immédiatement lié au développement durable, on doit s’attendre à un fort développement des services à la personne et à la collectivité – ce qui sera un des éléments du « mieux-être » - et donc à une création d’emplois à due concurrence. Il y a plus de trente ans Herman Kahn parlait déjà des perspectives qu’ouvre ce secteur des activités quaternaires.

2 – 2 pays du sud

Il va de soi que le souci de la lutte contre le réchauffement climatique et du développement durable ne doit pas faire obstacle au développement économique des pays les plus pauvres et les plus en retard. Mais on peut concevoir que cette croissance se fasse dès l’origine dans l’esprit du développement durable.
L’accès à l’eau garanti à tous doit être un des premiers objectifs ; il suppose une utilisation rationnelle de ressources le plus souvent limitées, mais qui pourraient être suffisantes, à condition d’être bien exploitées. Cela passe par une utilisation également rationnelle de l’eau pour l’agriculture qui est, partout dans le monde, le premier consommateur d’eau, et de loin. Et cette agriculture doit avant tout être conçue pour répondre aux besoins de l’alimentation des populations locales, viser à leur autonomie en la matière ; il faudra bien réfléchir avant d’utiliser ces terres pour la production d’agro-carburants, ou qu’elles fassent l’objet de location ou a fortiori de vente à des Etats étrangers pour des productions qui n’intéressent pas les populations locales. Agir en visant d’abord le « local » doit être un des leitmotiv de l’action. Pays du sud cela est synonyme de pays du soleil ; c’est là sans doute qu’il faut rechercher la première source d’énergie de cette zone. Ces objectifs devraient pouvoir être atteints par la formule des « Zones de Développement Prioritaires », qui fait l’objet de notre second article. Entre nord et sud existent les puissances dites « émergentes » qui sont bien souvent très largement émergées, et qui n’ont qu’un souci relatif de la protection de la nature et du développement durable. Il faudrait, dans l’intérêt de la mondialisation, pour qu’elle s’accomplisse en respectant l’intérêt des plus mal lotis, que des normes soient fixées et qu’un organisme mondial (une gouvernance mondiale ?) en assure le respect et l’application. C’est par là que le développement durable pourra produire ses effets positifs, que le qualitatif assistera et souvent remplacera le quantitatif dans le développement économique de tous les pays, dans l’intérêt du monde et de ses populations.