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Devoir, intention, action et leurs conséquences

mardi 12 juin 2012, par Picospin

Il entendait par là la réponse à formuler à la question « que dois-je faire ? », objet de cette raison pratique qui se doit d’être déterminée et qui se présente à l’entendement comme sa véritable fin, moins en tant qu’action que comme intention de la volonté.

Agir par devoir

Cette réflexion survient à la suite du cheminement de la pensée entrepris par Kant dans la « Métaphysique des Mœurs » qui est pour lui la volonté d’agir par devoir. Comme il s’arrête à ce carrefour, il préfère ne pas continuer un chemin parcouru d’embûches vers les conséquences de l’acte qu’il choisit de laisser de côté pour ne pas être confronté à la difficulté de l’évaluation morale à ranger dans le contexte des conséquences de l’acte. On verra que ce parcours mène tout droit au conséquentialisme, plus en vigueur dans la filière du pragmatisme dont se régalent les auteurs et penseurs anglo-saxons. S’arrêter à l’intention, c’est se débarrasser le plus tôt possible de la difficulté de juger la moralité bonne ou mauvaise du sujet en l’évaluant à la lumière des conséquences produites par l’action moins que l’intention qui a présidé à la décision d’accomplir tel ou tel acte. L’éthique kantienne exprime certaines valeurs à la mode et de ce fait en vigueur dans la modernité. Elle se réfère à l’effort de la volonté de résister, à la mise en œuvre d’une résilience destinée à s’opposer aux inclinations de nos égoïsmes ce qui en soi, devient méritoire et par conséquent vertueux.

Activité et vertu

Faut-il encore que ce cette activité inspirée par la vertu ou réalisée grâce à elle soit le résultat de l’action guidée par une volonté libre et autonome, apurée des influences du conformisme, de la mimésis ou de l’instinct grégaire si répandu dans les mouvements et les excès des comportements des foules et des masses. Il n’est besoin pour se convaincre du rôle de ces influences que d’observer le comportement des citoyens même les plus honnêtes et de ceux qui se croient les plus vertueux pour se rendre compte de leurs tendances à suivre les majorités, à minimiser les idées et gestes des minorités et à imiter sinon à obéir aux plus forts, aux plus charismatiques et aux leaders d’opinion. La difficulté des raisonnements de Kant réside dans les critères de jugement qu’il propose pour évaluer le caractère bon ou mauvais d’une disposition, d’une résolution ou de l’accomplissement d’un ou d’une série d’actes. Ces derniers se situent dans l’objectivité puis dans la capacité d’universalisation de choix valables pour la volonté de tout sujet raisonnable. Est-ce suffisant pour en valider la valeur universelle, la transformation en maxime susceptible d’être adoptée sans contradiction par tout sujet raisonnable et ceci de façon universalisable ?

Maximes universelles ?

Le critère de réussite d’une telle maxime pourrait tenir dans l’analyse grossière des conséquences de toute action menée par un individu libre, autonome et raisonnable. Pour être validée selon la conception kantienne, elle doit posséder un validité subjective pour le sujet, moi en l’occurrence, et objective, donc rationnelle. Pour être morale, ou moralement acceptable, une fin doit être le produit de la pure rationalité, et de ce fait ne pas être critiquable pour un contenu éventuellement immoral parce qu’incohérent. Une valeur est porteuse d’une qualité d’autant plus grande qu’elle est plus objective et qu’elle ne triche pas avec le sujet qui l’a émise. Cette assertion implique que le sujet doit remplir des devoirs envers lui-même, ne serait-ce que se perfectionner en toute occasion et en toutes circonstances et ne manquer aucune occasion de perfectionner un ou plusieurs aspects de sa personnalité, de son comportement, de son intérêt pour l’autre.

Bouleversement : le care des femmes

C’est à l’intérieur de cette dernière réflexion qu’il est envisageable d’introduire un bouleversement dans les déjà anciennes conceptions de l’éthique, de la morale, du vivre ensemble et du devoir comme fondation de la dichotomie entre bien et mal à un moment où l’on reproche avec de plus en plus de véhémence sinon de violence de banaliser ce dernier comme l’a fait Hannah Arendt dans le procès Eichmann. Est-ce que le projet d’universalisation est devenu trop abstrait et trop ambitieux pour servir de critère objectif à l’évaluation morale de l’agir ? Est-il pertinent de considérer le repli sur une base moins vaste et moins présomptueuse plus porteuse potentielle d’une plus grande légitimité, quitte à soumettre à la critique les propositions portées par Kant pour répondre à la question de la validité morale des intentions, des comportements et de l’agir humain ?

Comparaison n’est pas action

La réponse ne se trouve-t-elle pas dans la comparaison honnête, aussi objective que possible, entre la version originelle de l’interprétation de la vertu reposant sur l’effort de volonté du sujet de faire le bien et la nouvelle initiative prise par des philosophes du « féminisme » de partager avec les soignants, le care, le soin, la préoccupation du malade, du faible du vulnérable, de l’autre ? Si déroutante qu’elle soit et apparaisse à un premier examen, cette mise en symétrie d’une asymétrie originelle mérite au moins le respect sinon ultérieurement l’estime et l’approfondissement du contenu quel que soit son destin ultérieur dans le répertoire du conséquentialisme, les difficultés d’acceptation par le patriarcat encore tout puissant d’une conception et d’une répartition plus juste et plus égalitaire des responsabilités envers l’altérité entre l’homme autrefois tout puissant et la femme qui accède progressivement à un statut politique digne de ses capacités, de ses efforts et de sa volonté de prendre en main une partie de la destinée de l’être humain.