Ethique Info

Accueil > éthique > Dieu, le prêtre, la cosmologie et les fosses d’Ukraine

Une aventure européenne ?

Dieu, le prêtre, la cosmologie et les fosses d’Ukraine

Des hommes d’Eglise divers

jeudi 13 mars 2008, par Picospin

Dans cette perspective, il n’a cessé de se poser et de poser des questions tout en essayant d’y répondre. La principale d’entre elles était « Est-ce qu’il est nécessaire que l’univers ait une cause ? ». Cet abbé qui est originaire de Pologne a été loué par la Fondation qui lui a attribué le prix pour ses nombreuses publications par lesquelles il s’est penche sur les problèmes engageant profondément le destin de l’humanité.

Une grande carrière

Sa carrière a été consacrée pour l’essentiel à la réconciliation du monde scientifique connu avec les dimensions incommensurables de Dieu. Dans cette perspective, il s’est engagé dans une discussion par laquelle il met Dieu en cause pour lui permettre de combler le vide entre la science et la religion, vision qui utilise ce dernier pour expliquer ce que la science ne peut réaliser. Notre religieux croit que l’objection faite à la religion pour expliquer et enseigner la théorie de l’évolution est une des plus grandes incompréhensions actuelles car elle fait intervenir une contradiction, voire une opposition entre Dieu et le hasard. Notre bon père passe son temps à expliquer qu’il ressent beaucoup d’affinité pour les deux versants de cette double construction en affirmant qu’il a de tout temps désiré accomplir les deux choses les plus importantes ce qui l’amène à citer la science et la religion.

Science et religion

La science nous donne la connaissance et la religion nous pourvoit avec le sens. Les deux sont des prérequis indispensables à une existence décente. Notre nouveau lauréat professeur a déclaré qu’il voulait utiliser la somme remise à l’occasion de la réception de ce prix pour créer un centre consacré à l’étude de la science et de la théologie à l’Académie pontificale de Théologie à Cracovie à laquelle il appartient déjà. Né en 1936 en Pologne, dans une famille de 5 enfants, très croyante et tournée vers des sujets d’ordre intellectuel, il a pour mère une institutrice et pour père un ingénieur en électricité qui s’est enfui en Russie avant l’arrivée des Allemands. Quand il est revenu en Pologne après la guerre où les autorités communistes oppressèrent intellectuels et prêtres, il trouva un refuge au sein de l’Eglise catholique. Il a été ordonné à l’âge de 23 ans et n’a ensuite passé qu’un an à exercer son ministère avant de retourner à ses chères études.

Difficiles années

Ce furent des années difficiles, a-t-il affirmé, en raison du contraste entre l’approche d’un idéal particulièrement élevé et la banalité de la vie de tous les jours. Quand on m’a demandé d’assister un mourant, je ne savais plus comment m’y prendre car je ne savais pas ce qu’il fallait faire pour aider quelqu’un à passer de l’autre côté. Quand on est confronté à des évènements aussi proches de vous et aussi réels, vous êtes incapable de penser aux buts élevés de votre vie. Peut-être aura-t-il l’occasion de remonter à une altitude plus élevée si l’on tient compte de son voyage à Londres pour la remise du prix pat le Prince Philippe, Duc d’Edimbourg à l’occasion d’une cérémonie privée le 7 mais au Palais de Buckingham. Pendant que notre abbé polonais se demandait ce qu’il devait faire pour accompagner un mourant, on se demande en France ce que l’on peut proposer à une femme d’une cinquantaine d’années pour l’aider à mourir puisque c’est cette requête qu’elle remet entre les mains des autorités qui lui opposent des réponses contradictoires et individuelles selon la culture prédominante à laquelle appartiennent leurs représentants.

Vie ou mort

C’est tantôt le discours religieux catholique représentant la religion majoritaire de ce pays et qui s’oppose fermement à toute aide au suicide, celui de la légalité laïque qui autorise dans certaines circonstances particulièrement douloureuses la procédure du suicide assisté, tantôt la référence à la loi dite Leonetti votée par le Parlement qui reconnaît des cas particuliers permettant de relâcher légèrement la rigueur d’une interdiction de porter la mort. Reste encore l’éventualité ouverte d’un voyage en territoire étranger où l’on accepte dans certaines conditions de choisir sa mort, comme en Hollande ou en Suisse. Le débat reste âpre puisqu’il met aux prises des partisans acharnés de la vie et qui refusent aux médecins le droit d’intervenir a contrario dans la conservation de la vie. Certains veulent même légiférer pour autoriser l’assistance au suicide, proposition qui risque de conduire à de douloureux débordements. On se demande dans ces conditions pourquoi il paraît si difficile de ne pas décider collégialement au cas par cas et de solliciter à chaque occasion l’avis du Comité Consultatif National d’Ethique composé de sages venus de tous les horizons et qui ont déjà a eu à connaître de ce dilemme.

Sages ou prêtre ?

Quelle serait l’opinion à ce sujet de notre lauréat polonais dont on peut facilement deviner la position. ? Un autre prêtre est en train d’accomplir une mission aussi noble : celle de recenser les corps martyrisés de Juifs abattus par balles dans les fosses d’Ukraine au cours des années 40 par une population ukrainienne aux abois sous la direction et la surveillance de l’armée d’occupation allemande. Ce souci de s’occuper des corps qui est si importante dans le rituel juif, mobilise toute l’énergie, la foi, le savoir faire et la générosité sans limite de ce prêtre français qui s’est découvert une âme de pèlerin pour sauver ce qui pouvait l’être encore après les massacres de près de 2 millions de Juifs ukrainiens eux aussi.

Vie de chien ?

Ils avaient vécu dans les mêmes villages, les mêmes shtettls, les mêmes villes que leurs voisins, partageant la vie difficile, la boue, le froid, la neige, les routes obstruées pour finir nus sous les fusils nazis, tombant de leur hauteur dans les fosses creusées par leurs coreligionnaires sous la menace des balles. C’est cet épisode encore peu connu mais qui va l’être plus largement qui a été appelé mort par balles, prélude aux solutions finales plus rentables des morts dans les chambres à gaz. Interrogé sur les raisons de son acharnement à poursuivre et terminer cette tâche, l’abbé Desbord a répondu qu’avant de rendre l’Europe aux Européens, on se devait de donner des sépultures à tous ceux qui ont recouvert de leurs linceuls la terre de ce continent. Peut-on dire et faire mieux ?

Questionnement éthique :

1. Comment répondre à la question sans cesse posée de l’opposition supposée entre la foie et de la raison ?

2. Est-ce que la foi profonde et tenace des Polonais pendant l’occupation allemande et le régime « athée » soviétique a joué en faveur de la liberté dans ce pays ou au contraire de sa soumission aux croyances et aux idéologies ?

3. Est-ce que les minorités qui veulent conserver à tout prix leur culture, leur idéal, leur foi et leur indépendance sont plus menacées que les grandes nations capables d’une autodéfense efficace ?

4. Que doit-on penser du devoir de mémoire selon Primo Levi concernant les suppliciés de la Shoah et même du projet de faire « porter » par des enfants de 10 ans celle d’un petit Juif déporté puis assassiné pendant la 2è Guerre Mondiale ?


Sources :
New York Times
Père Patrick Desbois. Porteur de Mémoires. Paris : Michel Lafon 2007.

Messages