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Un conte : celui du gardien du delta

Discours sur l’intégration dans la nature

Des propositions ?

lundi 24 août 2009, par Picospin

Il est bien vrai que ce papier distribué selon ces modalités n’est pas un journal ordinaire. En réalité, ce dernier est publié littéralement sur la route. Sur le territoire décrit ainsi, on trouve des routes pour cavaliers, et des chemins étroits construits à partir du sable du désert de Kalahari.

Lire sur le sable

Chaque matin quand vous vous levez pour en jeter un regard et essayez de vous livrer à une enquête sur l’état de l’environnement, il n’est pas rare d’observer des guides se pencher en dehors de leur jeep pour analyser les traces de pas des animaux, des insectes et d’oser employer une métaphore pour avertir qu’ils sont en train de lire leur journal du matin. C’est ainsi que nous apprécions notre bonheur d’être accompagnés dans notre sortie quotidienne par un homme d’une cinquantaine d’années responsable de l’organisation des safaris, qui s’occupe de l’écotourisme dans le Botswana dont l’activité est fascinante pour un observateur qui le regarde analyser les divers éléments de Notre Mère la Nature comme des hiéroglyphes. Les nouvelles de ce jour concernent la course de quelques lions qui venaient de traverser notre région à vive allure, impression qu’il avait ressentie d’après la profondeur remarquable des empreintes laissées sur les pistes et les distances élevées entre les traces de leurs pas.

Du vent ?

D’après notre enquêteur expérimenté, il devait y avoir du vent, un vent apparemment venu de l’est si l’on en croit la direction des traces de sable qu’avait laissé chaque empreint des pas de notre fauve. Le niveau de l’eau qu’avaient laissé les précédentes inondations était nettement monté ce matin en raison des flaques d’eau qui avaient suivi l’impact des pas des hyènes et qui avaient été soulevés lors de leur passage. C’est par là que ces animaux ont prévu d’organiser un assassinat probablement sur une antilope ou un steinbock ce qui plus que probable d’après le trajet régulier, sans aspérités sur laissé dans l’empreinte dans le sable qui s’étend sur une cinquantaine de mètres à l’approche des buissons. Finalement, tous les kilomètres, vous pouvez lire un article différent. Il est finalement épuisant de rester connecté avec notre guide qui a été élevé non loin de cette région, toute proche du delta. Il ne cesse de remarquer toutes les relations et les services que rend la nature à une fréquence très élevée, disons, toutes les 2 secondes au moins. Les plantes nettoient et purifient l’air ; les papyrus et les roseaux filtrent l’eau.

Palmiers et termites

Les palmiers grandissent sur un monticule qui a été bâti originellement par des termites. Il faut nous incliner devant ces bêtes et remercier Dieu de les avoir créées car toutes les iles vertes qui émergent du delta ont été d’abord conçues par ces dernières. Les termites gardent leur bouche toujours chaude ce qui attire les animaux dont les déjections ensemencent et fertilisent les arbres qui contribuent à étendre la surface des îles. Notre guide écologique ne cessera de vous entretenir des zèbres juste au moment où un oiseau interviendra pendant ce discours avant de retourner à ses occupations auprès des zèbres. Si vous passez assez de temps au milieu de la nature et si vous acceptez de ralentir vos activités mentales d’observateur pour permettre à vos sens de travailler en toute efficacité avant de vous laisser aller à un certain entrainement et une longue pratique, vous commencerez sans difficulté à laisser aller vos sens et les aiguiser pour traduire la signification du sable, de l’herbe, des buissons, des arbres, du mouvement de la brise, de la sécheresse de l’air, des sons émis par les créatures et des mœurs des animaux dont vous partagez l’espace. Les humains furent sans doute programmés pour accomplir ces missions depuis fort longtemps.

Trop vite

Malheureusement, finit par ajouter Yves, notre mentor, la vitesse à laquelle les humains ont amélioré la technologie depuis la Révolutions Industrielle a attiré tellement de monde dans les villes et les a fournis en un nombre si important de ressources déjà traitées et transformées que ces dernières sont susceptibles, à un moment donné ou à un autre de disparaître aussi vite que saurait le faire la biodiversité. Cette première conclusion conduit au premier point de cet article. Nous sommes confrontés avec la nécessité de résoudre un large faisceau de problèmes déjà intégrés comme les changements climatiques, l’énergie, la perte de la biodiversité, la lutte contre la pauvreté, la nécessité de cultiver et produire une quantité suffisante de nourriture pour la planète de façon séparée et non conjointe. Les gens impliqués dans les problèmes du climat tiennent des réunions au sommet sans se référer à la biodiversité. Les défenseurs de l’alimentation s’opposent aux protecteurs de la biodiversité. Ils n’ont qu’à aller tous ensemble aux safaris. Nous ferions bien de nous arrêter de penser à ces sujets de façon isolée, chacun avec son propre champion, ses règles et son ordre du jour au lieu de s’occuper de ces problèmes en les intégrant dans un ensemble plus vaste, conformément à ce qui se passe dans la réalité.

Trop cloisonné ?

Nous avons tendance à traiter le problème du changement du climat uniquement du point de vue de l’énergie alors que ce dernier se situe plutôt du côté de la terre, des émissions à effet de serre qui, comme on le sait proviennent de la déforestation. Ce qui signifie que nous devons préserver les forêts et les autres écosystèmes pour résoudre la question du changement climatique plus que celle de sauver des espèces menacées. Ce qui ne doit pas nous empêcher de songer à doubler notre production de produits alimentaires pour nourrir une population qui double. Ce qui signifie que nous devons réaliser ces objectifs sans détruire nos forêts, ni assécher davantage de marécages ce qui implique le recours à de nouvelles technologies et à des pratiques dirigées vers une augmentation de la production de produits alimentaires sur les mêmes terres que celles utilisées actuellement toutefois en utilisant moins d’eau.

Quel équilibre où et comment le trouver ?

Des forêts saines, des marécages et les prairies agissent non seulement en équilibrant la biodiversité et en stockant le carbone, mais aussi et surtout en agissant comme régulateur dans le domaine du réchauffement climatique. C’est dans un but de prendre à bras le corps les problèmes de la faim, de la pauvreté, de la sécurité alimentaire et de la biodiversité perdue que nous serions amenés à trouver une solution intégrée aux exigences de la terre. En un mot, et comme vient de vous l’annoncer le journal du delta écrit dans le sable, nous devons nous assurer que les solutions que nous proposons sont aussi intégrées que l’est la nature elle-même.

Pour l’instant, ce n’est malheureusement pas le cas.