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Une menace de catastrophe ?

Disparition de l’écrit ?

Papier ou éléctronique ?

dimanche 15 février 2009, par Picospin

Cette impression est confirmée par l’observation de l’évolution que l’on peut remarquer dans le monde de l’information où la demande des lecteurs dont le nombre est de plus en plus réduit s’achemine vers une personnalisation des exigences passant progressivement du bien commun à la satisfaction de l’individu.

C’est ce phénomène qui préside à la recherche personnalisée de thèmes sur dans les moteurs de recherche qui sont priés d’obéir au doigt et à l’oeuil à l’aspiration, à la quête, aux velléités des internautes dont les désirs sont devenus vis à vis de ces personnages tout-puissants une obstination envers un objet convoité comme le feraient des enfants pour un bonbon, une sucrerie ou un jouet. Dans cette perspective, le support papier n’est pas loin de perdre son affectation au profit de l’électronique qui a su, en quelques années se tailler une place de choix parmi les nouveaux lecteurs, avides d’informations brèves, de scoops, de sensations et qui s’arrêtent à la nouvelle brève sans attendre qu’elle se précise, se développe, se complète ou soit simplement soumise à l’analyse et à la vérification. L’auteur insiste sur les mutations du présent qui se traduisent par la rupture entre l’utopie de Gutenberg qui a accompagné puis précédé pendant des siècles la circulation des idées et la marche forcée de la démocratie semée d’embûches comme on ne le sait que trop risquent d’être remplacée par des formes de totalitarisme que certains voient incarné par l’attitude des moteurs de recherche comme Google qui rêvent de doter l’humanité d’une intelligence que certains ne répugnent pas à qualifier d’artificielle comme s’il s’agissait d’utiliser à outrance des robots pour asservir l’humain au lieu de l’exalter par la connaissance. Peut-être est-on allé trop loin quand on a accusé l’Internet de servir d’idéologie égalitariste par le seul fait d’offrir à tous, instantanément des passerelles pour la connaissance, l’imagination, les représentations, ce qui n’est pas nécessairement synonyme de bon goût, discernement, sagesse, jugement ou intelligence même si certains éléments tirés des premiers pourraient valablement servir aux seconds. Les pessimistes n’ont peut-être pas tort de prédire la fin de l’impression comme mode de lecture même s’il semble prématuré de prophétiser l’extinction de toute forme écrite sur un support en papier. On peut prévoir que la distribution gratuite de courts messages à la population persistera au moins aussi longtemps que les nouveaux enseignants formés selon les programmes de l’éducation nationale de la république garderont un peu de souffle pour transmettre leur science et leur tradition à une jeunesse désemparée, capable d’atteindre le fond du gouffre pour peu que la langue continue de se déliter à l’écoute des commentaires sportifs autrefois parlés maintenant rédigés dans des incrustations sur les écrans de la télévision. De nouveaux blogs apparaissent tous les jours. Des journalistes se détachent de leur maison mère pour aller fonder par groupes d’amitiés ou de connivence des blogs pour remplacer plus librement les écrits des quotidiens qu’ils viennent de quitter. Le site ouvre un espace de liberté dans lequel beaucoup se sentent au chaud, à l’abri des attaques, des délits d’opinion, des grosses difficultés financières, de la nécessité de recruter largement des confrères pour remplir des créneaux, des interstices, des intervalles dont les écartements variables sont faciles à combler avec une substance déliquescente et dans un temps ajustable à volonté. « Un immense océan vert, façon brocoli, avec tous ces arbres jouant à touche touche, des calaos volant au-dessus de la canopée, ponctuée de temps en temps d’arbres ornés de belles fleurs violettes ou jaunes. Puis, on a d’abord vu des cicatrices, des plaies rouges sang, de plus en plus nombreuses. C’était les pistes de débardage du bois et on pouvait apercevoir des gros camions chargés jusqu’à la gueule de grumes, les mêmes que nous croisions sur la piste, en voiture. Puis, soudain, tout s’est arrêté, l’océan vert émeraude avait laissé place à une immense étendue géométrique, façon damier ocre et vert, et ce, à perte de vue. Des plantations de palmier à huile. Monocultures titanesques de milliers voire de millions d’hectares » écrit Emanuelle Grundman dans « Ces forêts qu’on assassine », Paris Calmann-Lévy. Est-ce une vision de fin du monde, de fin de la culture, de destruction de l’humanité par la disparition des transmetteurs des civilisation, l’écriture et la lecture ?