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Dissolvant des graisses : rajeunir à tout prix ?

dimanche 23 septembre 2007, par Picospin

Ces dernières années, de nouveaux procédés de rajeunissement font leur apparition dans de nombreux domaines. Ils concernent aussi bien les fonctions génitales que les implants pratiqués pour modifier l’aspect de la peau par les procédés dérivés de la technique qui fait appel au butox. Ce fut une première étape qui rapidement donna l’impulsion à la seconde qui cherche à dissoudre les graisses à l’aide d’injections de produits destinés à faire disparaître celles qui se nichent dans le derme.

Redécouverte du squelette

Ces techniques sont appliquées plus spécialement dans les états du Midwest des Etats-Unis comme le Kansas et le Missouri. Ces procédures comptent parmi celles qui sont l’objet des plus vives discussions et du plus vif intérêt de la part des consommateurs potentiels car elles se répandent plus rapidement que les recherches scientifiques qui les soutiennent. Ce traitement est supposé dissoudre en les rompant, les liaisons cellulaires lipidiques qui siègent sous la peau. Pour l’instant ni la FDA ni les chimistes n’ont approuvé cette modalité thérapeutique.

Danger ?

Certains craignent au contraire que les graisses ainsi dissoutes ne se répandent dans l’organisme faisant ainsi le creuset de conséquences fâcheuses à long terme sur des organes cibles comme le cœur. Malgré le succès indiscutable auprès du public de ces produits, aucune autorité sérieuse n’a publié la moindre approbation officielle pour l’utilisation de ces produits. La bataille autour de ces derniers ne représente que la face émergée des controverses qui jaillissent entre prescripteurs, fabricants et médecins à propos des composants qui constituent les mélanges ainsi offerts à la clientèle. Leur diffusion dans le monde de la médecine n’est pas totalement injustifiée si l’on tient compte de l’efficacité potentielle de drogues voisines dont certaines sont déjà sur le marché en Allemagne ou en Grande-Bretagne pour dissoudre des emboles qui obstruent les vaisseaux sanguins. Ces circonstances favorables ont incité les fabricants à se lancer dans une publicité sauvage pour promouvoir leurs médications dont ils assurent qu’elle a moins d’inconvénients que la liposuccion.

Les femmes ?

Ce sont surtout les femmes qui réclament ce type de traitement pour amincir leur ventre ou leurs chevilles. Ce succès peut-être illusoire n’empêche pas les médecins et les infirmières qui pratiquent ces injections de prévenir leurs patientes des inconvénients attendus de ces dernières. Il s’agit essentiellement de gonflements, rougeurs, enflures tous signes qui attesteraient de la réalité du processus inflammatoire déclenché par les injections. Certains médecins qui appliquent cette thérapeutique affirment qu’il est difficile d’évaluer l’amélioration au vu de ces signes. « Le mieux n’est-il pas », proclament-ils, « de se baser sur la satisfaction des patientes » En tout cas tout le monde parait content du fait même de l’absence de toute relation concernant des effets secondaires et surtout de mortalité. Ces assurances ne rassurent pourtant personne si l’on en croit le fait que des chirurgiens esthétiques se sont portés volontaires pour des injections.

Satisfaits ou non remboursés ?

Les résultats ne se sont pas fait attendre : certains témoignent du fait qu’après l’injection, ils avaient eu l’impression d’avoir été piqués par des dizaines de guêpes alors que d’autres affirment que leur estomac gonflait à vue d’œil. Ces effets désagréables n’empêchent pas les chercheurs de continuer leur expérimentation par des examens comme l’IRM pour observer d’éventuelles modifications de la répartition de leur masse graisseuse. Certains chercheurs sérieux craignent que si les effets secondaires d’un produit s’avéraient dangereux ou délétères, des praticiens moins honnêtes n’hésiteraient pas à essayer des médicaments voisins en affirmant que ceux-là particulièrement comporteraient nettement moins d’inconvénients, une plus grande efficacité et une meilleure sécurité. C’est sur cette thématique que s’articule la réflexion de Nelly Arcan, romancière résidant au Canada, qui remet en place ses obsessions, celles qu’elle voit défiler chaque jour devant ses yeux lorsqu’elle a le temps de contempler les visages et les corps d’aujourd’hui.

Dictature de la beauté

Elle y décèle la dictature de la beauté, la quête effrénée de la jeunesse, le culte de l’image, la pornographie généralisée sinon la marchandisation des corps. La femme reste l’objet des désirs des hommes pendant que l’évolution de la psyché féminine les conduit vers toujours davantage de rivalité. A-t-elle besoin pour exécuter ce programme de mettre en exergue sa beauté, celle construite dans les privations, les torsions du corps soumis à la raison ou à la violence de la chirurgie esthétique. Ces sacrifices sont peut-être aussi ceux exigés par la volonté de sortir de la plongée dans les affres de l’alcool ou mieux, le travail dans les salle de gymnastique dans lesquelles on exsude les excès et on mesure les pouvoirs de la séduction. Ce sont ces résultats qui doivent être immortalisés par le photographe de mode qui accompagne l’héroïne dans ce parcours de combattante de la beauté, à laquelle on a remis pour le combat les armes nécessaires à atteindre le climax de cette dernière.

Retouches

Alors on ne parle plus de crèmes ni de teintures mais de retouches sur un corps regonflé au « Botox » ou par les images offertes sur Internet. A force de sculpter, de redessiner, de déconstruire les corps, on le modèle pour qu’il soit conforme aux critères de jeunesse, de beauté, de minceur jusqu’à l’incorporation d’une anorexie mentale, fruit et séquelle de cette débauche d’énergie pour jouer sur tous le registres l’hymne à la beauté. Arrive le moment où les excès déployés pour la perversité d’un objectif le dépassent, même au regard de l’homme qui n’en demande pas tant. C’est sans doute le moment propice pour les candidates à l’esthétique de se regarder et de réfléchir sur elles-mêmes sous peine de se perdre à nouveau dans un autre gouffre.

Ethique :

1. Est-il éthique de consacrer autant d’attention, de consentir à autant de sacrifices, de sacrifier autant d’heures de travail à son propre corps pendant que l’autre attend désespérément que les premiers soient consacrés à la dignité, à l’affection, à l’amour

2. Que représente dans notre société l’augmentation du culte au corps ?

3. Peut-on invoquer le retour d’un hédonisme actif, sinon exagéré ou superflu ?

4. Sommes-nous en présence d’une culture vouée au plaisir, aux jeux, au bien-être, au detriment de la curiosité, de l’intérêt pour autrui ou pour une transcendance ?

5. Est-ce que cette dérive des pôles d’intérêt constitue une menace pour la société, pour sa détérioration sinon sa disparition ?


Sources :
- Singer N. Feel pudgy ? There is a shot for that. NYT 20.09.2007
- Rousseau C. La beauté au scalpel. Le Monde. Littératures. 14.09.2007