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Une roulotte soutenue par les muses

Djangologie et batterie de tirs

Jazz manouche ou français ?

lundi 19 juillet 2010, par Picospin

Cette ascension n’a pas été sans difficulté chez un homme issu de la communauté des gitans dont la réputation n’était pas au mieux dans la bourgeoisie française. Dans sa vie il a eu de la chance, comme on le dit couramment du destin d’êtres d’exception emportés par l’ouragan de la gloire, de la renommée sinon de la célébrité. Sur ce chemin de la facilité extrême ou du Golgotha, il rencontra le feu.

Ce ne fut pas celui de l’incandescence qui allume l’âme, le cœur et parfois les corps mais l’incendie qui ravagea sa roulotte léchant au passage ses doigts de magicien. Jusqu’à cette date, il était capable de tirer de ses cordes des accents, des rythmes et des harmonies si originaux que le monde entier, ébahi par cette musique s’empressa de la classer parmi les génies de la musique. Il lui fallut 3 ans pour retrouver sa dextérité, assouplir ses chairs, tendons et muscles raidis par la cicatrisation qu’on devait accélérer, faute de se retrouver dans une situation de gangrène susceptible de remettre en cause le pronostic vital. Heureusement, les muses se précipitèrent à son secours moins pour l’emmener dans leur ciel jouer de la lyre que pour l’inciter à réparer ce que la nature, le destin, les démons avaient détruit en un instant de folie. Le type de vie que menaient ses ancêtres et le confinaient dans un espace clos, coupé et isolé du monde sinon rejeté par les puissants, les riches et les éventuels spectateurs et auditeurs de ses exploits musicaux. Cet homme, vous l’avez deviné s’appelait Django Reinhardt, devenu par le choix des dieux le plus grand guitariste de jazz de sa génération. Il avait inventé au passage une musique qui n’appartenait qu’à lui et qui avait pris une terminologie différente selon le temps et les espaces où elle était jouée, musique gipsy, jazz manouche, gitan plus que tzigane, cette dénomination ayant été réservée au style évoqué par les valses hongroises ou viennoises. Près de 80 ans plus tard, c’est une autre personne, issue du même milieu mais que les muses ont oublié ou refusé de porter, qui vient de s’illustrer – négativement – dans la communauté française. Comment, en près d’un siècle, une telle dégradation de la situation socio ethnique a-t-elle pu se produire en France ? A question difficile, réponse variée entre « communautarisme », laxisme, incapacité des juges, des autorités, du gouvernement à rétablir la loi, réactions d’hostilité à l’ordre et à l’autorité…De nouveaux incidents sont survenus dans la vallée du Cher, après la mort d’un jeune de la communauté du voyage, tué dans la nuit de vendredi à samedi par les gendarmes après avoir forcé un contrôle, a-t-on appris lundi auprès de la préfecture du Loir-et-Cher. L’homme a été tué par les gendarmes en tentant de forcer un barrage pendant une course-poursuite. Il aurait eu peur d’un contrôle, car il n’avait pas de permis de conduire. Mais, il aurait également craint d’être arrêté alors qu’un vol venait d’être signalé dans la commune voisine. La guerre civile est-elle encore, selon Pascal, le plus grand des maux ? Après l’expérience des génocides, a-t-elle perdu la primauté dans l’échelle du malheur ? Est-elle le signe de la barbarie ou l’effet d’institutions délétères ? Faut-il questionner avec Thucydide, Carl Schmitt, Hobbes ou Bacon l’aptitude des hommes à construire des communautés de vie et à les faire durer ? Pour Aristote, les causes des changements de constitution relèvent de quatre origines qui sont d’ordre matériel, du domaine de l’efficience, de l’aspiration frustrée à l’égalité ou à l’inégalité, à la disposition des esprits qui correspond à la cause matérielle de la physique, elle-même liée comme le pensaient Platon et Thucydide à la victoire de la passion sur le jugement, à l’articulation de la haine à une conception de la justice et de l’égalité, susceptible de conduire de la rage à la haine civile, à partir de la démesure, la crainte, l’excès de supériorité, le mépris, le pouvoir disproportionné, sinon l’incurie, la brigue électorale ou l’inattention aux changements et à la disparité.