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Féerie de l’énergie éolienne ?

Don Quichotte, l’Espagne et les moulins à vent

Un produit de remplacement ou une esthétique pour le ciel ?

jeudi 3 avril 2008, par Picospin

Avec leurs dépouilles nous commencerons à nous enrichir ; car c’est prise de bonne guerre, et c’est grandement servir Dieu que de faire disparaître si mauvaise engeance de la face de la terre. Quels géants ? Ceux que tu vois là-bas, lui répondit son maître, avec leurs grands bras, car il y en a qui les ont de presque deux lieues de long. Ce que nous voyons là-bas ne sont pas des géants, mais des moulins à vent et ce qui paraît leurs bras, ce sont leurs ailes, lesquelles, tournées par le vent, font tourner à leur tour la meule du moulin.

Des géants

Ce sont des géants, te dis-je et, si tu as peur, ôte-toi de là et va te mettre en oraison pendant que je leur livrerai une inégale et terrible bataille. Ne fuyez pas lâches et viles créatures, c’est un seul chevalier qui vous attaque ! En disant ces mots, il se recommanda du profond de son cœur à sa dame Dulcinée, la priant de le secourir en un tel péril ; puis, bien couvert de son écu, et la lance en arrêt, il se précipita au plus grand galop de Rossinante, contre le premier moulin qui était devant lui ; mais au moment où il perçait l’aile d’un grand coup de lance, le vent la chassa avec une telle furie qu’elle mit la lance en pièces et qu’elle emporta après elle le cheval et le chevalier, qui s’en alla rouler un bon dans la poussière en fort mauvais état. C’est ainsi que commença l’histoire de Don Quichotte, de Sancho Panza et de la belle Rossinante. Nous étions loin à ce moment là des usines électriques d’un nouveau genre qui allaient apporter la puissance de la fée électricité à des paysages qui en étaient dépourvus par manque de fuel, de charbon profondément enfoui sous la terre et des barrages hydro électriques. Ce qui n’empêche pas l’Encyclopédie d’affirmer que le moulin à vent est une installation destinée à produire de l’énergie mécanique à partir du vent qui est devenue obsolète avec la généralisation de l’électricité, il est l’ancêtre de l’éolienne. Il fut utilisé le plus souvent pour moudre les céréales, assécher les polders ou produire de l’huile. Les prévisions des hommes sont moins exactes et moins précises que celles des prophètes. Maintenant, le vent des Pays Bas fait tourner les moulins de ce plat pays où l’on ne distingue que les dos des vaches et maintenant les turbines à peine hautes de 115 mètres au-dessus du sol vert qui fait se pâmer les écologistes de tous bords jaloux de la présence de l’air pur, des embruns apportés par la mer toute proche.

Dos des vaches et turbines synchronisées

On parle d’un ballet synchronisé fait pour alimenter un générateur capable de produire assez d’électricité pour illuminer 60.000 maisons des alentours. Il ne s’agit plus de constructions érigées pour rendre écologique une région potentiellement industrialisable mais pour constituer une alternative aux usines détestées par les écologistes qui ont forcé 26 nations à se munir des ces créatures étranges, fascinantes et parfois terrifiantes. C’est dans la même perspective que des ingénieurs critiques envers cette source d’énergie de remplacement et non des voisins aigris par l’esthétique discutable des moulins se posent les questions essentielles à propos d’installations qui abîmeraient le paysage et qui plus est ne servent peut-être à rien. On connaît les caprices du vent qui ne se lève pas tous les matins pour se rendre à son travail et qui se tait pendant de longues journées et nuits laissant inanimés ces cavaliers laissés ainsi au repos. Souvent aussi, ils se tiennent à distance des lieux où on aurait le plus besoin d’eux ce qui oblige à parcourir en câbles voyants le haut voltage nécessaire à apporter la puissance aux plus démunis. L’image de cette source d’énergie s’est ternie à mesure qu’elle s’est répandue dans les régions les plus lointaines et qu’elle a cessé de représenter une structure élégante, propre, fournissant une énergie renouvelable avec ses avantages et ses inconvénients comme tout assemblage utilitaire. Et encore se met-on à douter de ses avantages qui ne sont pas aussi évidents qu’on le pensait au départ. Les gens sont littéralement surexcités par la présence de ces figures qui, peut être en raison de leurs évocations multiples, mythiques ou féériques, les transportent dans un monde irréel.

Une féérie

Pourtant cette figure est maintenant jugée d’un point de vue plus rationnel que l’on transforme et évalue en mégawatts ce qui fait des Etats-Unis le pays le plus exposé à l’énergie éolienne devant l’Allemagne et l’Espagne. Ce classement n’a pas empêché d’autres pays de se joindre à ce peloton de tête, parmi lesquels on compte l’Italie, le Japon, le Royaume Uni et le Canada. Les vues optimistes tendent à prendre le pas sur les projections les plus pessimistes si l’on tien compte de la pénurie générale en carburants classiques, de l’augmentation de leur prix et des taxes élevées prévues pour en restreindre l’usage. L’Allemagne qui a un besoin considérable et de plus en plus important en énergie, est particulièrement touchée par sa limitation à obtenir des éoliennes plus puissantes. Cette perspective est obérée par le manque d’espace libre pour les constructions des turbines – souvenez-vous de l’espace vital si cher au Führer – l’encombrement des dispositifs et le coût excessif des matières premières. Les opinions ne sont pas plus enthousiastes de l’autre côté de la frontière quand on voit les Suédois protester contre de nouvelles constructions de l’autre côté de la frontière.

Questionnement éthique :

1. Est-ce une affaire d’éthique ?

2. Faut-il traiter ce problème comme une questionnement éthique ou une affaire de solidarité entre habitants de notre globe ?

3. Quelles sont les conséquences pour l’homme de sa nouvelle mission qui vient à peine de lui être révélée de protéger son univers et de le rendre "aussi propre à son départ que lors de son arrivée" ?

4. Une nouvelle responsabilité lui incombe-t-elle ? celle de "l’entretien" de son habitat, de sa protection et de sa conservation.


Sources :
Landler M. As wind power spreads, it meets more resistance. The New York Times 29 mars 2008

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