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Une cible mouvante : le vélo ?

Dopage, « propreté » ou acharnement thérapeutique ?

Qui en veut aux cyclistes ?

lundi 28 juillet 2008, par Picospin

C’est tout juste si l’Espagne montée au pinacle pour s’être illustrée dans le tennis, le cyclisme, le football ne pâtit pas de la mauvaise réputation de tricheur laissée derrière ses sportifs pour avoir ou n’avoir pas absorbé des substances dites illicites. On a toujours du mal à comprendre les raisons d’un tel harcèlement. Il conviendrait d’en analyser les causes avant d’affirmer ou de supposer qu’il est disproportionné avec la faute commise.

Une si lourde faute ?

Supposons que cette faute soit lourde et qu’elle ait entrainé des conséquences graves, sinon mortelles pour les sportifs qui abusent des drogues. Quelles sont-elles en réalité ? On a dénombré ces dernières années des accidents graves dont le plus spectaculaire est celui du coureur britannique Simpson frappé de morte subite au sommet du Ventoux. Parmi les concurrents engagés dans la Grande Boucle depuis 1970, deux Belges, un Espagnol, trois Français et quatre Néerlandais sont morts avant 45 ans d’une cause vasculaire (infarctus, ruptures d’anévrisme ou accident vasculaire cérébral). Soit un total de 10 décès précoces. Selon les taux de la population européenne établis par l’OMS, on aurait dû en déplorer 4 au maximum. Le risque est donc multiplié par un facteur 2,5 ! La situation est encore plus grave dans la tranche d’âge des 25-34 ans : avec 6 décès, les jeunes coureurs du peloton affichent un risque vasculaire 5fois supérieur à la moyenne européenne ! Parmi les concurrents engagés dans la Grande Boucle depuis 1970, deux Belges, un Espagnol, trois Français et quatre Néerlandais sont morts avant 45 ans d’une cause vasculaire (infarctus, ruptures d’anévrisme ou accident vasculaire cérébral). Soit un total de 10 décès précoces. Selon les taux de la population européenne établi par l’OMS, on aurait dû en déplorer 4 au maximum. Le risque est donc multiplié par un facteur 2,5 ! La situation est encore plus grave dans la tranche d’âge des 25-34 ans : avec 6 décès, les jeunes coureurs du peloton affichent un risque vasculaire 5 fois supérieur à la moyenne européenne ! Sur les 2363 cyclistes, 238 sont décédés à ce jour, soit 10%, une proportion voisine de celle observée chez les coureurs français (11%).

Causes de décès

Les principales causes de décès sont les cancers, les maladies vasculaires et les accidents, ce qui ne constitue pas une grande surprise. Sur l’’effectif global, les cancers avant 45 ans sont rares, ce qui n’est pas non plus étonnant. Le taux d’accidents de la circulation est plus du triple du taux moyen européen en 1990 ! Dans toutes les tranches d’âge, les coureurs ont beaucoup d’’accidents. Ce sont les risques du métier mais aussi, sans doute, ceux de la pratique dangereusement répandue de conduire « chargé ». Le nouveau dopage est moins artisanal, plus « scientifique » que celui de l’après-guerre. La logique décrite par Anquetil était celle du stimulant destiné à oublier la douleur et la fatigue. On peut désormais faire beaucoup plus que occulter la souffrance. Les hormones ne sont plus seulement des stimulants, mais aussi des stimulants de la performance. Il ne s’agit plus d’’un dopage au coup par coup, au moment de la compétition, mais aussi à l’entrainement pour améliorer la performance. Le dopage moderne s’accompagne d’’une surveillance plus serrée par les soigneurs et les médecins de l’’équipe. Les coureurs sont beaucoup plus informés qu’’autrefois ce qui n’implique pas que les pratiques actuelles, généralisées dans le peloton, soient moins dangereuses pour les coureurs. De toute façon, la santé des compétiteurs passe après les deux autres objectifs qui sont de gagner et d’éviter de se faire prendre aux contrôles. Cette logique infernale n’e fait que s’’amplifier depuis quarante ans. On ne voit guère comment elle s’’inverserait, du moins à court terme. Les résultats des prélèvements effectués récemment révélaient que plus de la moitié des coureurs du peloton français (67 sur 135) présentaient des anomalies, en particulier un taux de fer sérique élevé, indice d’une absorption régulière et élevée d’EPO car la prise de cette substance s’’accompagne d’’un apport en fer, nécessaire pour que les globules rouges fixent l’’oxygène, situation qui aboutit à quintupler le risque cardio-vasculaire précoce chez les coureurs. Marco Pantani – détecté positif sur le Giro 1999 avec un hématocrite (taux de globules rouges dans le sang) supérieur à 50% – a gagné la Grande Boucle à la moyenne record de 39,983 km/h ; or les spécialistes estiment que l’’EPO améliore les performances de 10%.

D’autres effets

A petite dose, les amphétamines raccourcissent le temps de réaction. Les sprinters s’’en servent pour jaillir plus vite du peloton. Cette habitude ne peut qu’’aggraver les risques déjà élevés chez les coureurs professionnels. Faut-il parler d’acharnement thérapeutique quand on considère la sévérité et la constance des mesures prises pour détecter la moindre présence de drogues chez les coureurs. A-t-on jamais demandé à M. Tapie de montrer ses urines ou de laisser examiner son sang ? L’aurait-on fait pour évaluer l’état de santé de tel ministre, de tel homme politique, de tel grand responsable d’entreprise dont certains passent d’un avion à l’autre, d’une conférence à l’autre, d’un entretien à une commémoration à un rythme plus qu’endiablé dont on se demande avec quels moyens il peut être maintenu à longueur d’année. A une telle cadence, les réserves énergétiques s’épuisent vite, les glandes surrénales diminuent leur sécrétion, laissant l’homme politique seul face à ses responsabilités, à la nécessité de réussir, de convaincre, de contrer. Les conséquences d’un tel rythme de vie sont non seulement délétères pour celui qui en organise les actes mais pour la qualité, la réflexion, l’approfondissement des projets, la réussite ou l’échec d’une négociation dont l’issue a d’autres conséquences sur les sujets que la victoire d’une étape du Tour. Sans parler des repas copieusement arrosés de façon répétitive pour arracher des contrats mirifiques et en exhiber le parchemin au peuple. Peut-on parler d’un « peloton sain » quand on songe au mode de vie physique, physiologique, psychique ou intellectuelle des grands responsables des collectivités qui aspirent à être gouvernées avec lucidité, sagesse, réflexion sinon méditation ? Quelle solution ? Eviter la démesure, détecter les excès biologiques dans les urines et compter le nombre des globules rouges ? Cette mesure aurait au moins l’avantage de résorber le chômage et d’enseigner la biologie humaine.

Questionnement éthique :

1. Pourquoi s’est-on acharné sur le sport cycliste en matière de dopage puisque l’on sait que cette compétition est la plus difficile en matière d’endurance, que les efforts sont prolongés et répétitifs et qu’il est très difficile de répondre aux exigences de la compétition du Tour sans des appoints permettant d’accomplir les performances programmées ?

2. Qui doit se sacrifier dans ce dilemme éthique ? Les coureurs, les organisateurs ou le public avide de sensations, d’exploits, de tourisme ?

3. Qui serait prêt à remplacer les courses par étapes par les courses courtes en vélodrome ?

4. N’est-il pas temps de retourner à une pratique sportive visant à l’épanouissement de l’individu plutôt qu’à sa glorification, sa popularité ou sa richesse ?