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Les dieux du ciel militent contre la Pologne

Drames en Pologne et en Europe

Comme le firent ses ennemis et amis il y a 70 ans

dimanche 18 avril 2010, par Picospin

Quel est ce dieu irascible contre la République polonaise qui agite la nature pour l’empêcher de vivre, de témoigner, d’honorer ses morts et ses souvenirs ?

De quelle punition s’agit-il pour fustiger ainsi un peuple immergé dans sa foi catholique, le souvenir de ses rois, les déchirements subis de la part de forces politiques, militaires, abattues sur un sol gorgé du sang d’hommes et de chevaux ? Peu de nations constituées et reconstituées, décimées, puis ressuscitées ont vécu une aventure où se mélangent la papauté, l’Eglise, des positions ethniques intolérantes, de l’héroïsme, une émigration vidant le pays de son sang le plus bouillonnant et renvoyée sèchement pour cause d’inutilité. Voilà qu’elle n’a même plus le droit d’honorer ses chers disparus, ses gouvernants envoyés à la mort par une fatalité mêlée de rationalité si l’on considère les circonstances météorologiques du désastre, la vétusté d’un avion de la République, la possible inexpérience de pilotes trop rarement utilisés. Pour enrober le tout, une polémique se déclenche pour savoir s’il est réellement utile d’enterrer le couple présidentiel dans la basilique-cathédrale Saints Stanislas et Venceslas de Cracovie sur la colline de Wawel où repose le roi Jean III Sobieski. Les monuments de Cracovie ont été préservés par le général soviétique en charge de la reprise de la ville aux Allemands, Ivan Koniev : cet officier désobéit à l’ordre donné par Staline de bombarder la ville de loin et ordonna l’assaut, voyant dans cette tactique le meilleur moyen de préserver les trésors architecturaux qu’elle recelait. A la chute du régime communiste, des voix de protestation s’élevèrent dans Cracovie quand la statue de ce général fut déboulonnée avec celles des autres dignitaires communistes, car beaucoup le considéraient comme le sauveur de leur cité. A l’heure où j’écris ces lignes, la cérémonie des obsèques a commencé avec l’annonce de l’absence de nombreux représentants d’Etats qui avaient tenu à assurer leur soutien spirituel et politique. Ils en ont été empêchés par les dieux du temps qui refusaient ainsi aux Polonais leur dernière compensation de pouvoir accueillir les vrais amis, les anciens ennemis redevenus amis à cette occasion tragique et les fidèles compagnons de toujours même si les Polonais en accusent certains de les avoir abandonnés au début de la guerre malgré la signature d’un accord de solidarité avec les puissances occidentales. Cette défection, désertion ou désengagement a été très mal vécue par un état très lié affectivement et linguistiquement avec la France et qui continue de lui reprocher sa passivité au moment où la cavalerie polonaise disparaissait sous les obus des chars du Reich. Triste et héroïque épisode d’une alliance scellée par la musique du « franco-polonais Chopin, symbole d’une histoire scellée auprès de George Sand, du Berry et épanouie par les compositions d’œuvres d’inspiration diverse, de Paganini à Haendel en passant par Schubert et Mozart. De naturel plutôt mutin dans son enfance et sa jeunesse, il évolua vers un attachement romantique et profond à la patrie polonaise avant de sombrer dans la maladie chronique qu’était la tuberculose à l’époque avec ses extases, ses enthousiasmes, sa fièvre et le feu consumé de ses amours. La Pologne ? un pays pas comme les autres, attachant par ses excès, ses malheurs, ses occupations successives et l’emprise qu’eut sur elle la nuée de prédateurs toujours prêts à lui enlever une partie de son corps sinon de son âme.