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Quels outils politiques ?

Droit d’ingérence pour rétablir la vie bonne ?

Quelles forces armées ?

mercredi 22 février 2012, par Picospin

Refusant ainsi aux États membres de l’ONU tout « droit à l’indifférence », cette obligation n’ouvre toutefois aucun droit à l’action de force unilatérale. Elle doit plutôt être comprise comme une obligation de vigilance et d’alerte à l’encontre de telle ou telle exaction qu’un gouvernement serait amené à connaître. Cette action d’un ou de plusieurs états à violer les frontières d’un autre état pour y rétablir le droit, le loi, un gouvernement légitime et des autorités démocratiquement désignées a fait récemment l’objet de discussions animées et de débats souvent violents en raison des alliances conclues antérieurement à des violations de conduites humanitaires, de traitements violents ou de franchissements répétés des frontières de l’éthique et de la morale.

Un ample débat en cours

Depuis la fin des années 1980, les appels récurrents à la mise en place d’un droit d’ingérence en cas de violation massive des droits de l’homme ont suscité un ample débat entre juristes et spécialistes de la cause humanitaire. Il n’est sans doute pas inutile de revenir sur ce problème en raison des récents conflits survenus dans plusieurs pays du Maghreb et d’Afrique du Nord. Certains d’entre eux ont été particulièrement sanglants et continuent de l’être si l’on se réfère à celui couvant en ce moment en Syrie sans qu’aucune intervention étrangère, dûment mandatée n’intervienne pour calmer les esprits, faire taire les armes et rendre à la population la paix civile qu’elle mérite. Il en a été de même en Libye où les forces françaises alliées à celles du Royaume Uni sont apparues brusquement et brutalement sous forme de raids aériens sur une population militaire mais aussi et sans doute encore plus durement civile sous le prétexte de l’aider à se débarrasser d’un dictateur extravagant qui avait été accueilli avec tous les honneurs, déférence sinon chaleur quelques mois seulement après le déclenchement des opérations militaires conduites à l’initiative du gouvernement français dont les motivations dans cette entreprise n’apparaissent toujours pas clairement. A moins de supposer qu’il s’est agi d’une opération partiellement inspirée par des motifs commerciaux en raison de la richesse du sous-sol libyen en réserves fossiles. Si l’idée d’incursions par un état « policier » sur le territoire d’un autre ne fait pas que des heureux, et n’attire pas constamment la sympathie du monde qui observe de tels comportements.

Des pressions réitérées

Il y aurait sans doute des commentaires à formuler sur les pressions exercées par l’Union Européenne sur une Grèce exsangue, vidée de son sang, de ses forces politiques, de sa joie de vivre devant les exigences drastiques de ses voisins européens qui resserrent leur étau à mesure que du côté du bouc émissaire du sud est de l’Europe on peine à obéir aux exigences de certains gouvernements particulièrement exigeants sur les conditions de remboursement d’une dette déjà ancienne qui aura du mal à être remboursée dans son intégralité. A ces propos, les juristes estiment que l’application de tels concepts porterait en eux des risques d’abus comme les violations des droits de l’homme toujours susceptibles de fournir un prétexte apparemment valide à une ingérence en vue d’autres fins moins légitimes. Peut-être que ces vaillants gardiens de l’ordre politique et des lois et règlements ont quelque motif à organiser une veille sanitaire sur les débordements toujours possibles en matière de politique, de protection des ressortissants et de certaines minorités, ou d’exercice des rites religieux en territoire méfiant sinon hostile. A cette longue liste des dangers encourus par les plus faibles envers les plus forts, il ne faut pas oublier de citer les problèmes épineux sinon parfois sauvages posés par certaines tentatives de colonisation dont on ne connaît que trop bien et trop précisément les dégâts produits dans les pays et territoires soumis à la vindicte et aux désirs d’expansion des plus forts, des plus rugissants et des plus violents.

Souci des autres

Le souci des autres de la part de ceux, plus rares il est vrai qui s’estiment chargés de mission de soutien aux plus faibles et aux plus menacés reste d’autant plus légitime que la passivité des états, des communautés, des politiques croit à mesure que se développe la menace d’un risque de conflit toujours susceptible de récidiver alors que restent présents dans toutes les mémoires les souvenirs de deux ou trois siècles qui ont vu des champs labourés par bombes et obus et arrosés par le sang des armées en guerre au cours de batailles d’origine idéologique ou commerciale confinant parfois à la folié de leurs inspirateurs. Croix Rouge et ONG n’y pouvaient rien tant était violente et insensée la réaction de belligérants inconscients de leurs méfaits, des risques pris au nom de l’humanité et de l’extension en puissance, en nombre et en sophistication d’un armement devenu de plus en plus meurtrier pour aboutir au bombardement par engins atomiques sur des populations désarmées. Est-il éthique de demander, puis d’exiger de la Syrie qu’elle mette fin aux bombardements intensifs et quotidiens de la ville de Homs ? Où est la vie bonne offerte à ses habitants dont on examine les plaies ouvertes des enfants et des adultes sous les images de la télévision ? Les revendications concernant la mise en place et l’application d’un droit d’ingérence ne soulignent-elles pas la faillite du concept même de droit d’assistance humanitaire et les apories auxquelles mène le principe de non-intervention ? Comment imaginer la rencontre entre l’éthique d’une intervention collective des états et le maintien d’une morale propre au pays ainsi investi par les forces qui se réclament du bien pour franchir les frontières, envahir les territoires, décapiter les têtes pensantes et agissantes du régime à punir sinon à déboulonner du socle de leurs statues comme on l’a vu à Bagdad ?

Comment importer la "vie bonne" ?

Quels ont été les moyens de pacifier et d’apporter la vie bonne au Ruanda au cours de l’opération « Turquoise » achevée par les forces françaises se réclamant de la liberté, de l’égalité et de la fraternité ? Sur toutes ces questions, on reste au stade de l’interrogation avant d’aboutir à celui de la réponse, en attendant le temps nécessaire à son murissement à l’aide de nouvelles données sur la morale des collectivités, des communautés et des états. Demandez aux Irakiens, aux Syriens, aux Libyens s’ils on hâte de retrouver la vie bonne si intensément réclamée par les plus humiliés, les plus pauvres, les plus torturés des êtres humains ayant reçus par hasard la chance ou le malheur d’être nés sur un sol hostile, déchiqueté, injuste et revanchard ?