Ethique Info

Accueil > Politique > Du Tibet à la Chine

Théocratie contre totalitarisme ?

Du Tibet à la Chine

Il est plus difficile de réfléchir que de manifester

lundi 14 avril 2008, par Picospin

On vient d’entendre un nouveau et surprenant son de cloche de la part de Jean Luc Mélanchon, notable socialiste qui se veut pur et sans tâche et se situer quelque part entre Robespierre et Saint-Just. Etant donné que peu de personnes connaissent la situation politique, sociétale, sociale, d’une communauté qui serait régie par un gouvernement théocratique, il est très difficile de discerner le vrai du faux sous réserve, bien entendu que le premier puisse être objectivement et scientifiquement distingué des éventuels abus du second.

Pensées d’un socialiste

Voilà que le député socialiste, très proche de la pensée marxiste décoche à l’égard de Robert Ménard, le médiatique animateur de RSF le reliquat non encore utilisé de ses flèches anti américaines en l’accusant de n’être que le fer de lance caché de la CIA dont on connaîtrait les agissements venimeux à l’égard de tout ce qui bouge contre les intérêts américains. La vérité mais moins encore une vision objective et neutre de la situation conflictuelle entre le puissant dragon chinois qui crache ses flammes contre le fragile petit territoire sous la tutelle d’un personnage un peu mythique, un peu mystique est difficile sinon impossible à démêler car il s’agit d’un conflit entre un immense et puissant empire travaillé par une idéologie bien connue qui a déclenche en son temps la révolution culturelle dans un pays, les déportations au goulag dans un autre, les nettoyages politiques dans d’autres au cours d’un voyage traversant des places publiques avec des chars, munis de canons tirant sur la jeunesse de leur propre nation. Est-il vrai dans ces conditions que ce n’est pas à un choc des cultures auquel on assiste mais bien à un différend inextricable entre des forces peut-être théocratiques d’un côté, idéologiques et totalitaires de l’autre. Que faire d’autre que de se documenter en choisissant les sources d’information les meilleures et les plus fiables pour se faire une opinion aussi « scientifique » que possible ce qui dans ce domaine, celui du politique, du culturel, du religieux, devient une gageure à une époque où, avec ou sans dragon, les forces politiques, l’intelligentsia, sont toujours promptes à s’enflammer pour eux-mêmes et à cracher le feu du dragon sur les autres, ceux qui ont le malheur de ne pas être d’accord avec des thèses classiques sinon révisionnistes. Robert Ménard, secrétaire de Reporters sans Frontières ? Lié aux « néoconservateurs » américains. Le dalaï-Lama ? « Vous le trouvez sympathique parce que vous avez lu Tintin au Tibet ».

Une opinion tranchée

Alors que l’arrivée de la flamme olympique à San Francisco fait craindre de nouvelles manifestations des partisans de l’indépendance du Tibet, Jean-Luc Mélenchon a pris une position iconoclaste résumée par l’affirmation suivante : « Je n’approuve pas la théocratie, je ne suis pas d’accord pour dire que le Tibet aurait le droit à l’indépendance à l’égard de la Chine ». Pour lui, « Le Tibet est chinois depuis le quatorzième siècle ». « Parler d’invasion en 1959 pour qualifier un évènement à l’intérieur de la révolution chinoise est aberrant ». Le responsable socialiste évoque la division en castes de la société tibétaine, abolie par Pékin après l’occupation de la région, ou encore les progrès accomplis en matière de scolarisation des enfants ou d’espérance de vie depuis cette date. Dès lors, d’après lui, « les évènements du Tibet sont un prétexte » pour justifier « une agression injustifiée et insultante contre le peuple chinois ». Quel genre de camouflet veut-on infliger ? Si on voulait s’affronter à Pékin, on le ferait dans le domaine des affaires ». Il mentionne Washington de provoquer des incidents mettant en cause son unité chaque fois qu’un pays, dans la géopolitique mondiale, pose un problème aux Etats-Unis d’Amérique. Quant au secrétaire général de "Reporters sans Frontières", principale figure du mouvement de protestation contre la Chine, il « remplace à lui tout seul la ligue des Droits de l’homme, Amnesty International et les syndicats de journalistes ». Pour le sénateur de l’Essonne, Robert Ménard n’est pas un « petit Tintin isolé » mais un personnage politiquement déterminé et poursuivent des buts au point de déceler chez lui des liens avec les milieux néoconservateurs américains, liens évoqués dans un ouvrage récent (1). Autre critique d e Jean-Luc Mélenchon : le « mépris » affiché par Paris à l’égard de Pékin. Un mois et demi après son arrivée, Nicolas Sarkozy n’aurait en effet toujours pas reçu le nouvel ambassadeur chinois en France pour qu’il lui présente ses lettres de crédit.

Une certaine réserve

Interrogé par Le Figaro, le Quai d’Orsay estime que le délai est « raisonnable », compte tenu de l’emploi du temps du chef de l’Etat. Pour autant, Jean-Luc Mélenchon récuse toute sympathie à l’égard du régime chinois. « Je ne veux pas participer aux manifestations de soutien pour l’indépendance du Tibet et le boycott, ça ne fait pas de moi l’ami du contraire », explique-t-il. Avant de demander à ses « compatriotes de réfléchir à cette idée que tout cela nous entraîne dans une direction qui n’est pas la bonne ». Car, selon lui, « le plus terrible de tout, c’est le choc des civilisations. A la fin il y a d’un côté le camp des bons et le camp des méchants ». Quel son de cloche fait entendre l’Amérique par la voix du New York Times au décours des incidents diplomatiques parvenus à leur acmé au fur et à mesure que la flamme olympique allumée avec difficulté et éteinte avec facilité circulait comme les touristes modernes à bord d’avions spéciaux et non plus d’Olympie à Athènes, portée par des marathoniens qui ne courent plus comme avant. Pendant que les officiels chinois accusent le Dalaï Lama d’avoir fomenté des troubles et encouragé la violence, d’autres essaient d’ouvrir des portes entrebâillées pour amorcer un dialogue à condition que le chef de l’autorité religieuse arrête ses activités d’encouragement à la violence et de sabotage des JO. Ce dernier a réagi en affirmant qu’il n’est aucunemen t responsable de ces violences et qu’en plus il est accusé par de nombreux Tibétains d’avoir été à l’origine d’une dégradation de la situation du fait de ses appels continuels et répétés pour la non-violence.

Non-violence

A cette accusation le chef spirituel du pays affirme qu’il lui reste très peu d’éléments de négociation avec la Chine. Il ne pense pas recevoir d’invitation à la cérémonie d’ouverture des JO ce qui lui évite de se poser la question de l’acceptation ou du refus d’honorer cette dernière. Il est important que la Chine gagne le respect et la confiance que devraient lui accorder les différentes nations au moment où les JO sont capables de faire mûrir en leur sein cette éclosion de bons sentiments. Pour obtenir cette reconnaissance, a-t-il ajouté, la Chine se doit de libérer les Tibétains qui ont été arrêtés depuis le début des manifestations et de soigner les blessés. Il a souligné et répété les positions qu’il a toujours défendues c’est-à-dire qu’il ne cherchait nullement à obtenir l’indépendance du Tibet ni à soutenir une politique anti chinoise. C’est ce message qu’il voudrait transmettre au peuple chinois par l’intermédiaire des agences habilitées pour accomplir cette mission s’il en existe. Pour lui, il est clair que l’idée d’une société harmonieuse promue par le chef du gouvernement chinois montre que ce dernier est impliqué dans un processus de transformation même si le gouvernement continue par ailleurs de modifier le sens des informations répercutées et de manipuler l’opinion du peuple. Ces bonnes dispositions ne l’ont pas empêché d’affirmer que certains Chinois exigent que les Tibétains réclament le départ définitif du dalai Lama.


(1) Maxime Vivas, « La face cachée de Reporters sans frontières. De la CIA aux faucons du Pentagone », Bruxelles : Aden, 2007.