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Du faire au faire faire et à l’aide au faire

lundi 26 novembre 2007, par Picospin

Voici qu’arrive dans l’équipe du nouveau gouvernement qui compte un certain nombre de joueurs expérimentés, un petit nouveau qui a cependant déjà de la bouteille pour s’être fait un début de réputation à la tête des œuvres fondées par l’abbé Pierre. Il s’agit d’un modeste, d’un honnête fonctionnaire de l’état qui ne cherche pas à tirer vers lui la couverture de l’efficacité, d’un Zorro sauveur du monde sur son cheval blanc emportant dans une virevolte cinématographique la belle dulcinée à laquelle il veut faire partager son triomphe et sa gloire.

De Zorro à Don Quichotte

Il ne veut pas non plus jouer les Don Quichotte, redresser tous les torts à mettre sur le dos des prédécesseurs qui auraient contribué à dilapider le trésor de l’état, les taxes prélevées sur tout ce qui se vend, les dons faits aux infortunés pour qu’ils se sortent d’affaire, puissent manger à leur faim, s’habiller décemment, se nourrir sainement sans nécessairement devoir fréquenter les hauts lieux de la gastronomie qu’ils se situent dans les caves de l’Ile de la cité ou au sommet de la Tour Eiffel, à plus de 300 mètres d’altitude, lieu que l’on peut atteindre par des ascenseurs ou des escaliers désormais inutiles puisque déjà vendus à des collectionneurs de New York. Ce serviteur de l’état, et aussi de l’homme, œuvre simplement pour que les habitants de son pays puissent vivre avec plus de sérénité, moins d’angoisse, plus de confiance en l’avenir et soient capables d’inspirer à leur descendance le goût de l’effort, du travail bien fait, du perfectionnement continu. Il ne cherche pas à amarrer les travailleurs, employés, salariés, entrepreneurs à leur site d’activité ni même a jeter l’ancre pour eux afin que, même s’ils ont parfois envie de tirer sur la chaîne, celle-ci ne les attire pas au fond du gouffre. Il aimerait offrir à chacun d’eux les moyens de s’abriter dans des locaux aérés, ensoleillés, à l’abri de la promiscuité, des cages d’escaliers souillés ou des couloirs insalubres qu’on proposerait de nettoyer à l’aide d’engins crachant de l’eau à haute pression pour mieux les débarrasser de leurs immondices. Dans une société où les maigres gains épars sont partagés parcimonieusement entre les plus nombreux, le combat pour l’égalité devient âpre, inégal, parfois féroce laissant de temps en temps sur le bord du chemin ceux qui sont victimes de la moindre défaillance, qui ont perdu la volonté de se battre, qui ne supportent plus les croques en jambe infligés à leurs membres déjà rouillés par les plus forts, les plus habiles, les plus roublards, sinon les plus tricheurs.

Coups bas ?

Comment encourager ceux là, comment réconforter ceux-ci, comment démontrer qu’il existe une certaine justice, souvent trop limitée mais que les choses peuvent finir par s’arranger à condition de garder l’espoir et de pouvoir investir dans son bien le plus précieux, l’avenir, la descendance, la jeunesse, les enfants à éduquer dans un système renouvelé et moins figé qu’il n’était auparavant. On sait bien que depuis la disparition des religions et des idéologies, le combat devient de plus en plus inégal et que souvent, le découragement prend le dessus sur la perspective de la réussite. Dans une telle ambiance d’abandon, de dépression, que reste-t-il à faire ? On n’ira pas jusqu’à proposer des exercices quotidiens et matinaux de gymnastique pour réveiller des corps endormis par l’inactivité et la passivité et des esprits anesthésiés par la crainte de l’échec. Il n’est pas certain que le modèle asiatique de l’exercice physique collectif autrefois en vigueur dans le nazisme allemand ou le collectivisme soviétique réussisse à sortir de la torpeur les citoyens fatigués. Au moins est-il possible de les inviter à participer à une réflexion collective sur leur destin et les manières de remédier à leur détresse.

L’action

Agir c’est déjà avoir fait la moitié du chemin. L’action crée l’action. Elle ouvre le cercle de la dynamique qui permet d’entreprendre, d’oser, de se lancer non dans l’inconnu mais dans l’escalade d’une citadelle à conquérir parce que tel est le défi à relever. La science, la raison, la prévision, l’intelligence partagée apprennent à tracer la route de l’expérience, à analyser les causes des succès comme des défaites. Pour chaque décision à prendre, ne convient-il pas d’observer avec un peu – mais pas trop – de recul les choix et les enjeux. Eric Le Boucher (« Le bon combat de Martin Hirsch », Le Monde 25.11.2007) a sans doute raison d’évoquer une nouvelle construction de l’Etat-providence. Ce qu’il aurait du ajouter c’est que cet état n’a pas comme unique mission de faire mais surtout d’aider et d’inciter à faire faire,à fournir les outils matériels, psychologiques et mentaux nécessaires à engendrer le succès, à inventorier les moyens indispensables pour en extraire du succès.

Questionnement éthique :

1. Est-ce que ces problèmes peuvent être résolus par l’art de la discussion selon la proposition de Jurgen Habermas qui veut fonder la démocratie sur un principe de discussion ?

2. Est-ce que le principe démocratique suffit à répondre à la question de savoir si les affaires politiques peuvent être traitées par la discussion ?

3. Ne vaut-il pas mieux interpréter sa pensée par une proposition selon laquelle la formation rationnelle de l’opinion peut être institutionnalisée à l’aide d’un système de droits qui assure à chacun une égale participation à la discussion démocratique.

4. Cette dernière pourrait-elle se passer de l’intrication de son principe et de la forme juridique qui lui est consubstantielle ?

5. En proposant cette solution aux problèmes posés par la modernité, Habermas ne s’adresse-t-il pas en même temps à l’autonomie des sphères du droit, de la politique et de la morale dans une relation qui joint leur spécificité commune ?


Boucher E. Le Monde : La mission de M. Hirsch 25.11.2007