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Du kamikaze au suicide et à l’euthanasie au Japon

vendredi 18 mars 2016, par Picospin

Il fait allusion à l’opinion d’un employé d’une compagnie d’aviation qui explique sa position envers sa propre mort à partir de l’expérience qu’il vient de vivre avec sa mère.

Le quotidien japonais « The Japan Times » daté du mardi 6 mars 2016 rapporte une information propre à recentrer le débat sur l’euthanasie. Il fait allusion à la position d’un employé d’une compagnie d’aviation qui explique sa position envers sa propre mort à partir de l’expérience qu’il vient de vivre avec sa mère.

Histoire de la vieille dame

Cette dame a du affronter récemment l’annonce d’un diagnostic de lymphome malin au quel elle a réagi en décidant de renoncer à un traitement éprouvant et couteux sans tenter de prolonger indéfiniment une vie qu’elle entrevoyait comme difficile sinon pleine de souffrance et de sensations pénibles et inutiles. C’est dans ces conditions qu’il a vu sa mère mourir en paix dans une maison de retraite où elle a bénéficié d’un traitement palliatif. Dans cette perspective, ce Monsieur a rédigé son testament de vie stipulant qu’il ne souhaitait pas prolonger indument sa vie lorsqu’il serait atteint d’une maladie grave à court terme ou qu’il serait plongé dans un état végétatif chronique. Même s’il estimait qu’il était trop tôt pour que sa mère soit déjà emportée par la mort, il acceptait son point de vue en le confrontant à celui des nouvelles générations qui sont réticents à accepter la mort comme fin précoce.

Vieillissement de la population

Le Japon est un pays où le vieillissement survient à une vitesse accélérée. Cette situation n’est pourtant pas compatible avec une absence totale de testaments de vie ou de mesures comme le suicide assisté devenu récemment légal dans quelques états d’Amérique, au Canada ou en Belgique. Peu de Japonais renoncent aux soins de confort préconisés par un traitement palliatif de longue durée. Ce qui n’empêche pas la nouvelle génération de réfléchir aux conséquences de leurs opinions sur la fin de vie.

Une forte dette

Celle-ci est surtout tributaire de la dette considérable de ce pays qui risque la ruine s’il se met à engager des dépenses de santé trop élevées, incompatibles avec une situation financière dramatique. Pour cette raison, la tendance de la population est de favoriser le concept de mort naturelle comme on peut le voir dans les programmes de TV, la presse et les magazines et livres récemment publiés. Pour cette raison aussi, l’utilisation des dispositifs favorisant l’alimentation artificielle est en permanente régression pour les personnes âgées.

Protéger le corps médical

Dans cette nouvelle orientation de la politique de santé, des dispositions sont proposées qui permettraient d’accorder une protection légale aux médecins qui s’abstiennent de prescrire des soins palliatifs avec l’accord des malades dont ils ont la charge. De plus en plus nombreuses sont les politiques qui affirment leur consentement à l’idée d’une mort digne attribuée par la seule intervention d’un traitement médical. Les auteurs et rédacteurs des lois sont sur le point d’en promulguer une nouvelle version, tenant compte de ces faits mais tardent à la mettre en route par crainte de rencontrer l’opposition de ceux qui craignent la survenue d’une légalisation de l’euthanasie.

Terreur devant la légalisation de l’euthanasie

La situation est d’autant plus conflictuelle que dans ce pays la tradition oblige à s’occuper de la famille jusqu’à la fin sous peine de se voir accusée d’abandon inhumain et de négliger les dernières volontés des patients. Certains médecins craignent les réactions de certaines familles promptes à engager des poursuites judiciaires. Cette éventualité risque de se produire surtout lorsque les décisions médicales ne sont pas exécutées dans les termes de la loi qui implique d’être conforme à une procédure prise de manière collégiale. Les médecins souhaitent bénéficier de garanties impliquant qu’ils ne seront pas traduits devant des autorités judiciaires ou civiles au cas où ils prendraient l’initiative d’un arrêt de traitement.

Danger de traduction devant les tribunaux

Le débat reste vif entre ceux qui prônent le respect de la vie pour des motifs issus des droits de l’homme plutôt que ceux mettant en avant la situation financière. Les défenseurs des handicapés insistent sur le fait de voir ce débat être influencé plus par les conditions financières que par l’éthique jusqu’à conduire à la légalisation de l’euthanasie. Pour toutes ces raisons, n’est-il pas plus raisonnable de réfléchir avant de décréter ?

Un robot dans la tourmente

Assis dans le box des accusés, Daisuke Kaigoshi-N3, un paisible robot, a l’air tranquille. Aucune émotion ne transparaît de sa posture, ni de ses petites caméras rivées sur le public. Pourtant, dans quelques minutes le jury refera son entrée dans la salle d’audience du tribunal du district de Tokyo pour lire la décision sur sa sanction. Le robot, dernière génération humanoïde du soignant pour personnes âgées est poursuivi pour assassinat. Il est accusé d’avoir tué intentionnellement et de manière préméditée son propriétaire, un Japonais de 90 ans que Daisuke Kaigoshi-N3 assistait depuis une décennie. Frappé par plusieurs AVC, le « maître » avait progressivement perdu son autonomie physique, tout en gardant intactes ses facultés mentales. Décidé à mourir dans la dignité, il est parvenu à convaincre le robot de l’étouffer dans son sommeil.

Euthanasier un robot ?

Une « euthanasie » passible de la peine de mort au Japon, depuis que le vieillissement croissant de la population a rendu de plus en plus fréquents les cas d’aide au suicide, et avec eux le danger - dans une société où se tuer constitue traditionnellement une manière de préserver son honneur - de l’émergence d’une forme d’eugénisme masqué.

Un eugénisme masqué

Pourtant, quand l’huissier annonce l’entrée dans la salle du jury, et que le robot se lève, une certaine gaucherie dans ses mouvements semble trahir une note d’appréhension. Ou peut-être est-ce seulement ce que nous, les femmes et les hommes présents dans la salle, croyons voir à travers notre propre émotion, après dix jours d’audience et d’empathie croissante pour cet « être » ? Sans encore être un clone de l’homme, Kaigoshi-N3 est en effet doté d’une structure humaine avec deux jambes, deux bras, une tête, des yeux, un langage développé, et une véritable capacité de raisonnement qui semble frôler la sensibilité.

Un robot peut-il avoir des mobiles ?

Le robot a expliqué le mobile de son acte. S’il avait explicitement été programmé pour « prendre soin » des humains sans leur « porter atteinte », en vertu des lois d’Asimov, il a compris tout au long de ces années d’assistance ponctuées de conversations avec son maître que le tuer serait la meilleure manière de répondre à sa mission. « En obéissant à mes dernières volontés, il respecte non seulement le lien privilégié qui nous unit, mais surtout l’humain qui est en moi », avait-il écrit. Il avait également souligné que jamais il n’aurait pu formuler la même requête vis-à-vis d’un proche fait de chair et de sang : « Non seulement je ne pourrais pas être sûr qu’il exécute mon ordre, mais j’aurais le sentiment de le mettre dans une position moralement insoutenable ».

Par pitié, que quand le jury termine sa lecture, quelques sanglots explosent dans la salle. Comme l’avait demandé le procureur, le robot est condamné à la peine capitale : la déprogrammation totale, puis le démontage et la revente de ses pièces détachées. « Il n’y a aucun doute : le caractère prémédité de l’acte montre bien que cet être à l’apparence sans âme a pris une décision, exercé une forme de libre arbitre », avait plaidé le ministère public. Avant d’ajouter : « La justice doit se montrer ferme devant un cas qui peut constituer un dangereux précédent. »

Responsabilité

L’introduction d’une responsabilité pénale des robots date d’il y a une dizaine d’années au Japon. La société japonaise a ressenti le besoin de punir « personnellement » ces engins pour répondre aux affaires de plus en plus fréquentes dans lesquelles aucun humain ne pouvait être tenu responsable de leurs infractions : comme dans le cas d’espèce justement, où le donneur de l’ordre-victime est décédé et aucune négligence ne peut être reprochée au programmateur ni à l’entreprise qui l’a fabriqué.

Peine capitale pour un robot

C’est la première fois qu’une peine capitale est appliquée. Réservée aux hypothèses de meurtre, elle avait été proposée par le législateur pour le cas plusieurs fois imaginé par la science-fiction du « robot rebelle », qui jusqu’à présent ne s’est toutefois jamais présenté. Le témoignage de la fille de la victime, choquée qu’un robot puisse prendre la relève d’un membre de la famille face à une question aussi délicate que l’euthanasie, a sans doute aussi influencé le jury.

Des droits de l’homme des non humains ?

Lorsque deux policiers viennent prélever Daisuke Kaigoshi-N3 pour le conduire hors de la salle d’audience, tous les yeux le suivent, espérant probablement répondre à la même question : a-t-il peur ? Juridiquement, le robot peut encore éviter l’exécution : la loi lui réserve le droit à l’appel, puis éventuellement à un recours devant la Cour suprême. Son avocat insistera encore sur sa ligne de défense « programmée », car le robot ne pouvait prendre aucune décision libre, mais seulement une position « déterminée ».

L’opinion publique

Pour le Japon non plus, et pour le monde tout entier, ce n’est d’ailleurs pas la fin de l’histoire, mais probablement juste un début. Comme le craint le procureur, ce précédent risque d’inspirer de multiples affaires de ce genre. Surtout, l’application de la responsabilité pénale des robots commence à préoccuper l’opinion publique. Dans un pays où ces êtres animés sont omniprésents et entretiennent des relations intimes avec les humains, la question de la reconnaissance de leurs droits est prise de plus en plus au sérieux. Des associations engagées contre la peine de mort s’interrogent sur l’opportunité d’étendre leur domaine d’action. Certains intellectuels sont allés jusqu’à comparer la vente des pièces détachées des robots déprogrammés, (prévue par la loi), au commerce d’organes des condamnés exécutés. Des ONG insistent sur le risque qu’en humanisant excessivement des machines, la notion de « droits humains » soit vidée de son sens. Un débat qui sera difficilement tranché avant la prochaine condamnation.