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ÉBULLITION

vendredi 20 novembre 2015, par Picospin

Ces citoyens, anonymes ou connus, respectés ou méprisés, parfois vilipendés estiment avoir le droit de se promener où ils le veulent, en compagnie des personnes qu’ils ont choisi pour les accompagner.

De la liberté de rire à celle de pleurer

Autrefois, ils bénéficiaient des libertés fondamentales de rire, parler, s’amuser où et comment ils le souhaitaient, à leur convenance. Brusquement, les choses ont changé. On explique que tous les actes ne sont pas autorisés, ou plus autorisés, que la pureté doit présider à leurs actions, les guider dans la vie selon des préceptes et lois venus du fond des âges à partir de guides qui indiquent où se trouve le bien et le mal.

Surprise et effroi

La surprise est grande et l’effroi à la mesure de ce bouleversement des conduites, des nouvelles obligations transmises du haut de chaires ou des tours. D’aucuns perdent la vie au contact de ce nouveau type de relations à la surprise, à l’exaspération, à la douleur de leurs familles, amitiés et relations. Les phénomènes actuels de cette transmutation ne sont pas encore totalement expliqués à un public plus souvent médusé que compréhensif à l’égard de ce nouveau type relationnel qui ne tient ni de la vie civile ni de l’embrigadement militaire, ni de l’existence par temps de paix ou de guerre.

Rationalisation

Qui peut rationaliser ce saut dans l’inconnu ? Les politiques décident au prorata de la balance entre avantages et inconvénients dans des domaines aussi peu ou mal expliqués que la situation économique, financière, les enjeux de pouvoir, de puissance, d’influence dans le monde. Les religions ne sont pas toujours absentes de ces enjeux. Elles se perdent trop souvent dans des visions eschatologiques entre ciel et terre, mouvements de palais, de conseillers tirant à hue et à dia et qui laissent le spectateur de ces impulsions désemparé et, de ce fait, plutôt pongé dans l’angoisse que dans la sérénité.

Équilibre

Pour rétablir l’équilibre psychique désaxé par ces attitudes contradictoires sinon irrationnelles, les moyens offerts par des interventions d’ordre psychique sont actuellement préférés aux visions dogmatiques, aux discours agressifs ou vengeurs, aux attaques frontales.

Cellules de crise

Pour toutes ces raisons, les autorités responsables de la sécurité font appel à ce qui est dénommé « cellule de crise ». Ce terme contient les ingrédients de la scientificité, par la référence à l’élément biologique de base du corps. Cette implication lui permet de répandre sur ce terme l’aura d’une entreprise profondément pensée, rationnellement élaborée et intelligemment organisée. On s’aperçoit ainsi que la parole reste le médiateur thérapeutique – et prophylactique - le plus efficace, voire le plus équilibré sinon le moins chargé d’effets secondaires. C’est ce qu’ont aussi pensé les créateurs de ces fameuses cellules quand ils ont convoqué le monde lu « psy » à côté de celui des réanimateurs, anesthésistes et autres membres appartenant à la catégorie urgentiste de la médecine de catastrophes.

Enrichissement

Cette dernière se trouve enrichie des psycho-cliniciens et autres associations de personnes appartenant à la fois à l’univers des intervenants sur le corps et de la psyché sur l’esprit. C’est ainsi que l’on peut apprendre l’arrivée récente d’un « référent national du réseau des cellules d’urgence médico-psychologiques ». A l’occasion des évènements récents, ce responsable insiste sur l’instabilité des comportements au cours de ces périodes de crises. Raison de plus pour insister sur la nécessité de prodiguer un soutien positif en toute occasion et toute circonstance. Il s’agit d’exprimer régulièrement les pensées et les sentiments positifs inspirées par des personnes, des victimes qui ne s’attendaient pas à le devenir si vite à un moment où elles jouissaient pleinement des joies et du bien-être de la vie.

Devoir d’aide

Lorsque tout bascule pour faire place à l’horreur, au déchirement et à la peine, le simple devoir d’aide consiste à exprimer les sentiments positifs inspirés par la gravité, la souffrance émanant de la situation critique dans laquelle est soudainement plongée un groupe de personnes prises dans le drame soudain d’une menace de mort, souvent du péril ressenti, appréhendé de la peine, de douleurs, de blessures. Leur caractère sanglant ne fait qu’ajouter au désarroi soudain qui fait basculer de la sérénité et de la confiance en l’avenir à une terreur d’autant moins maitrisable qu’elle s’étale devant un futur obscur, indécelable et, pour cette raison d’autant plus opaque.

Demande fluctuante

Dans un événement critique, aigu comme celui que nous venons de vivre, sinon de subir, la prise en charge doit tenir compte de la demande fluctuante, imprévisible, des victimes et par suite de la réponse instantanée, la plus adaptée à offrir.

Propositions

Ces remarques appellent une réflexion et un questionnement. Devant la menace de mort qui se profile à l’horizon plus ou moins lointain ou proche des victimes potentielles de ces manifestations violentes, n’est-il pas temps de supputer les opportunités de lier à leur cause, celle des mourants « civils ». Leur destin immédiat n’est guère éloigné ni radicalement différent de celui des premiers. La mise en commun des expériences recueillies et assemblées dans les deux cas n’est-elle pas en mesure d’en renforcer la signification et par conséquent la manière, la capacité et l’efficacité pour les traiter ?