Ethique Info

Accueil > Société > Economies de combustibles et d’enseignants

L’essence monte, les enseignants descendent

Economies de combustibles et d’enseignants

Prix du pétrole et du professeur

jeudi 30 décembre 2010, par Picospin

Celles qui sont annoncées avec le plus de vigueur, d’emphase et de triomphalisme ne sont pas celles auxquelles l’on pense, ou celles qui paraitraient les plus anodines, les moins créatrices de frustrations et de souffrances auprès d’un public déjà largement échaudé par des restrictions qui envoient en période de glaciation les mammifères homéothermes que nous représentons.

Lézards et crocodiles

Sans parler des poïkilothermes, ces animaux à sang froid, crocodiles et autres salamandres, qui sont paraît-il plus économiques que les premiers puisqu’ils peuvent se réchauffer aux rayons infrarouges du soleil pour récupérer les calories perdues lors de leur séjour dans le froid. Cette situation est particulièrement économique puisqu’aucune énergie ne doit être consommée pour maintenir au chaud nos organes nobles parmi lesquels le cerveau qui peut aussi bien fonctionner à température ambiante à condition de ne pas trop penser ce qui serait plutôt un avantage pour la plupart des hominidés. On se rappelle que cette espèce particulièrement répandue dans les hauts lieux de l’esprit que sont les centres urbains, les instituts et institutions sont sommés de produire.

Productions

Par ce terme on entend la mise à disposition d’idées, de nouveautés, pour surprendre la clientèle, cette individualité tout droit sortie des magasins de luxe, couverte de fourrures pour conserver la chaleur tout juste accumulée dans les immenses volumes surchauffés où se vendent des symboles de la propriété, de la possession de l’inutile, de l’acquisition de richesses à peine différentes et si possible légèrement inférieures à celles des autres possédants, rivaux triomphants d’un jour, piétinés le lendemain par le poids des achats des concurrents plus puissants. Cette fois, il s’agit encore des économies à réaliser en faveur de l’état, représenté par qui et par quoi au détriment de notre progéniture. Elle consommerait trop de biens, des propriétés représentées par des édifices publics de valeur qu’on appelle le patrimoine.

Où se situe la culture ?

La culture en fait-elle partie ? Si non, laissons-la aux prédateurs de toutes sortes qui se précipitent dans les salles de vente aux enchères pour les acquérir à prix d’or et les emporter dans n’importe quel état éclairé par les rayons brûlants d’un soleil levant où on se refroidirait en mettant ses pieds, impeccablement propres, dans des piscines d’or. Si oui, mettons sous clé notre bien le plus précieux, moins l’accumulation de pièces sonnantes et trébuchantes que d’idées nouvelles, de fééries prometteuses d’avenir, d’intelligence et de compréhension des phénomènes d’abord observables puis analysables, enfin disséqués afin de remplir un objectif d’assimilation programmé pour extraire les résidus alimentaires du cerveau.

Le cerveau adore le sucre

On sait que ce dernier adore le sucre, qu’il se plait à l’extraire de toute nourriture pour en faire le carburant privilégié comme le font les automobiles pour les indices d’octane, le gazole et bientôt les batteries électriques qui ont rendu au silence les voitures les plus volumineuses comme les plus minuscules pour éviter que la planète ne commande des nuées d’aspirateurs Dyson pour la nettoyer chaque jour et la préserver de la poussière tombée des hommes et des étoiles. Il ne se passe de jours sans que la presse – et la meilleure – ne mentionne le programme génial formulé par le gouvernement pour sortir la France du terrible guêpier de ses dettes à coups de suppressions de postes. Ce mot est terrible pour désigner des êtres humains, des femmes plus que des hommes astreints à enseigner aux plus petits à peine arrivés au monde les bribes de connaissances accumulées au cours des siècles, au moins depuis l’apparition des hominidés il y a 150 millions d’années, en couches successives, à découper et à servir sur les tables en marbre du savoir.

Comprimer

On peut s’interroger sur les motifs qui encouragent – si l’on peut dire – les pouvoirs publics à insister sur les compressions infligées à « une catégorie de personnel », transmetteur fidèle des richesses stockées en compartiments à l’identique pour servir d’aliments au renouvellement de la pensée, des coutumes et des mœurs. Qu’ont-ils fait pour mériter une telle punition de mise à l’écart, au chômage, à l’exclusion et peut-être demain à l’anéantissement de toute dignité de l’homme et de la femme, ces héritiers de Voltaire, de Rousseau, d’Hugo et de Montesquieu ? Qu’y a-t-il derrière ces manœuvres de renvoi, de nettoyage, cette cure d’amaigrissement infligée au mammouth d’Allègre, figure de proue d’un Ministère de l’Education Nationale aux abois. Le bilan répond-il à une logique comptable dans laquelle on aurait calculé les produits des débits et des crédits avant de procéder à des coupes aussi sombres que celles qui ont dévasté de leurs arbres les forêts de l’Amazonie et des nouveaux déserts éparpillés sur le globe ?

Pivots de culture

Sinon, de quel droit, à partir de quels prolégomènes, s’est-on cru autorisé à débarrasser les services publics des pivots de la culture et de la connaissance qui permettent aux jeunes générations de s’accrocher aux rives des fleuves en cru quand les nouvelles données éclatent, les étudiants saturés préfèrent se jeter à l’eau que d’absorber autant de nourriture, fût-elle venue des cieux qui ne sont pas toujours compatissants, généreux et aptes à pardonner ? Plutôt qu’invoquer l’amélioration de la qualité de l’enseignement, on préfère miser sur la chute du nombre des élèves, comme si théâtres et cinémas, musées et instituts allaient fermer pour cause d’absence de clientèle ?

Gisements d’efficience

Il ne reste plus aux sommités des enseignements qu’à recourir à la métaphore de l’archéologie et des fouilles souterraines pour en extraire des « gisements d’efficience », découvrir de façon surprenante tel gisement dans telle académie avec grande sérénité et confiance en la capacité du système à digérer cette nouvelle vague de coupes, car « il y a de la marge ». Confusion entre cahier et comptabilité ? Comme on aimerait que ministres, diplômés, prétendants aient assimilé les notions du "modus ponens", du "modus tollens", de l’affirmation du conséquent, du « ad verum quodlibet sequitur » lorsqu’une conséquence vraie ne suffit pas à prouver une théorie ; un principe faux peut avoir aussi des conséquences vraies.