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Des noisettes sur le crâne

Ecureuils en liberté ou en prison ?

Sont-ils tous K.O ?

samedi 18 octobre 2008, par Picospin

Il ne se trouve pas un seul des Messieurs chargés de surveiller les parcs et jardins pour rappeler à l’ordre mes copains de rencontre, les hommes, afin qu’ils veuillent bien jeter leurs déchets dans les espaces délimités à cet effet. Vous connaissez sans doute assez bien mon histoire même si elle n’a pas bénéficié d’un historiographe qui aurait, comme pour les hommes et les femmes, établi une biographie exacte de mon passé, des difficultés que j’aurais eu à m’établir dans des pays lointains comme l’Amérique où on me confond souvent avec mon cousin le « chip monk » qui est plus gris que moi, s’appelle Tamias pour les scientifiques, est aussi petit que moi, a émigré autrefois, comme beaucoup d’Européens en Amérique du Nord ce qui ne m’empêche pas d’avoir des parents éloignés en Sibérie.

Origines

Ces escapades lointaines ont abouti, bien malgré moi, à ce qu’on me confère une origine suisse. A partir de cette origine supposée, dans l’histoire des écureuils il existe deux versions dont on parle le soir à la chandelle dans ma famille. Comme je suis resté de petite taille, on en est venu tout naturellement à m’appeler "petit suisse". Ce terme ne provient ni d’une référence à mon origine ni à ma nationalité mais au fait qu’autrefois, des parents proches et éloignés ont été enrôlés dans l’armée du pape où ils ont servi à Rome dans la fameuse armée du Vatican. Par un goût peut-être exagéré pour l’aventure, certains d’entre eux sont partis très loin explorer les terres sibériennes. Je ne les rencontre que rarement puisque, comme vous pouvez l’imaginer, je ne m’envole pas dans ce pays perdu toutes les semaines étant donné la longue durée du voyage en avion. Le tarif que je puis obtenir auprès des compagnies d’aviation est souvent intéressant car on me fait des réductions en raison de mon faible poids et du petit nombre de valises que j’emporte avec moi. Seule, ma queue me pose encore quelques problèmes car elle ne se range pas facilement et déborde souvent de mon siège ce qui est parfois gênant pour mes voisins. L’autre version explique que certains de mes parents ont pu acquérir la nationalité suisse ce qui ne les a pas empêchés de s’établir au Canada où, par dérision et irrespect, on les appelle par un surnom emprunté à des fromages connus sous le nom de "petits suisses" en souvenir des gardes du Vatican. Depuis ils ont été enrôlés dans les troupes du Pape. Depuis leur libération de ce service militaire par ailleurs fort agréable puisque passé dans la ville éternelle, je n’ai cessé d’avoir des ennuis à cause de la légèreté d’un mes chefs qui a cru devoir dépenser de fortes sommes d’argent y compris des noisettes et des cacahuètes ce qui l’a appauvri énormément, l’a mis au bord de la famine lui et quelques-uns de ses amis auxquels il avait emprunté de l’argent, des liquidités comme disent certains hommes pour acheter des actions qui au lieu de monter, ont baissé immédiatement ce qui les a dégoutés à jamais de refaire des placements de ce type.

Rêves d’un grand financier

A un moment donné, je me suis pris pour Warren Buffet, vous savez, ce milliardaire américain qui détient la plus grande fortune du monde et qui la distribue aux oeuvres de bienfaisance pendant que lui-même se contente d’un déjeuner aux haricots rouges. Moi, je n’aime pas trop ce plat que j’ai du mal à digérer surtout au moment de monter sur mon arbre et d’aller en chercher un autre pour me distraire et à la rigueur trouver de quoi grignoter. Je n’avais pas fini de me sortir de l’affaire des mauvais investissements dont je viens de parler qu’un de mes autres supérieurs hiérarchiques me joue un vilain tour en entamant une liaison avec une de ses collaboratrices qui devait lui avoir chanté Princesse Czardas, - car elle est hongroise, - pour le séduire et recevoir en prime pour son effort, un engagement professionnel à ses côtés au FMI. Je ne sais pas exactement ce que ce sigle signifie mais je suppose qu’il représente une haute administration financière. Je n’avais pas fini de recevoir cette mauvaise nouvelle que me tombe sur la tête un autre représentant de cet oléagineux dont on dit le plus grand bien pour la conservation de la santé et avec lequel on peut confectionner des desserts succulents. Je croyais mes ennuis terminés lorsque on vint m’annoncer l’histoire arrivée à mon homonyme par accident qu’on appelle aussi Ecureuil et qui n’est autre que le surnom de la caisse d’épargne. Cette entreprise que je croyais au-dessus de toute soupçon s’est elle aussi lancée dans des opérations hasardeuses. Et dire que ma grand-mère croyait au sérieux de l’Ecureuil tout autant qu’en celui du curé de la paroisse ! Mais que faudra-il donc faire pour qu’enfin “ils” comprennent ? Ce n’est pas sans stupeur que l’on apprend la perte des caisses d’épargne à hauteur de quelques 600 millions d’Euros : “Un important incident de marché” indique l’Ecureuil dans un communiqué ! Quelle douceur de langage ! En lisant le communiqué on aurait pu se prendre à penser qu’il s’agissait d’une panne informatique : “un incident” … Des incidents à 600 millions d’euros, on peut dire que c’est de la communication adoucie ! En fait c’est un peu du Kerviel mais en plus grave. Quelques traders qui avaient pris une “position longue” en pensant que la Bourse allait augmenter (un rebond), se retrouvent en porte-à-faux : le 6 octobre en effet, les marchés s’effondrent à nouveau, le CAC 40 perd 9%.

Spéculations dangereuses

Ils essaient de se refaire en se “couvrant” avec un autre produit financier encore plus “dangereux”. Mais là où les choses sont plus graves en fait qu’à la Société Générale, ils le font sans se cacher, sans maquiller les comptes, avec l’approbation de leur hiérarchie. Ils auraient même reçu des encouragements dans ce sens. Ce n’est plus de l’inconscience individuelle ou le fait d’un petit “escroc”, mais une indigence collective.L’enquête diligentée par Madame Lagarde apportera toute la lumière, espérons-le, mais les données actuelles de l’information tendent à démontrer que le “contrôle de risque”, au courant, n’a pas bronché. Dans ces conditions que reste-il des bonnes résolutions récentes, des dispositifs de sécurité, des remises en question la main sur le cœur ? Que l’on cesse d’accabler les responsables politiques quand on voit ce qui est fait des règles et obligations en vigueur. C’est à se demander si nous n’avons pas à faire à des “fous à lier”. Madame Lagarde à bien raison de déclarer : « Je vais vous dire la vérité, j’étais vraiment en colère parce que (…) tout le gouvernement actuellement est mobilisé pour prendre des mesures fortes, des mesures lourdes pour essayer de faire tourner l’économie (…), et j’apprends que trois traders à la Caisse d’Epargne perdent 600 millions d’euros. Alors je suis en colère, c’est vrai ». Au passage cet “incident” va bien arranger les positions de la Banque Populaire dans ses négociations de fusion avec l’Ecureuil ! Espérons que les traders en question n’étaient pas de mèche avec cette dernière. On peut tout attendre !
En fait, le plus urgent serait la mobilisation de toutes les sommités de la psychiatrie française au chevet de ces petits “golden boys” : une grande cellule de crise psychiatrique en y adjoignant les “officiers” des cultes, prêtres, rabbins, imams, moines bouddhistes.

Médicaments urgents

Il est temps d’agir sérieusement, nous ne sommes plus dans le domaine rationnel mais dans celui des neuroleptiques lourds. On a beau rager et fulminer contre leur inconséquence rapace, les traders sont des gens obstinés. La preuve ? En pleine tempête financière mondiale, ils sont parvenus à planter 600 millions d’euros « dans le cadre de transactions sur les marchés d’actions pendant la semaine du 6 octobre ». Le moins que l’on puisse faire est d’admirer là de véritables professionnels, du genre pour qui durant la débâcle il n’y a pas de raison pour que les mauvaises affaires ne continuent pas. Ils seraient pompiers, ils te balanceraient de l’essence sur l’incendie en espérant l’éteindre. Le plus rigolo est que tous ces beaux millions de neuroses sortent des provisions de madame L’Ecureuil, oui, cette bonne vieille Caisse d’Epargne à tort réputée pour sa frilosité cambiste. Oh ! pas d’inquiétude pour vos petites éconocroques ! cet« incident boursier » –on applaudira la pudeur euphémistique de la communication- ne concerne que « son activité pour son compte propre, par opposition aux activités pour le compte de clients ».N’est-ce pas merveilleux ? notre Ecureuil a donc un compte perso qui n’a rien à voir avec celui de ses clients et il faudrait vraiment du vice pour se demander d’où la brave bête tire les fonds de ce fameux « compte propre ». Quoi qu’il en soit, vous ne perdrez rien puisqu’on vous l’assure, d’autant que 600 misérables briques de paumées ne représentent rien de plus qu’un « incident ». Vous savez quoi ? si votre banquier insiste pour que vous remboursiez les prêts qu’il vous a consentis, repliquez-lui que vous avez connu un « incident de consommation ne mettant en cause que votre compte propre », puis quittez son bureau avec une petite moue de mépris pour sa profonde ignorance des arcanes de la finance, je vous assure que le bandit, séduit par vos arguments, ne réclamera pas son reste. J’espère que je vais enfin pouvoir sortir de mes ennuis et surtout ne plus recevoir des objets lourds sur ma pauvre petite tête qui a du mal à encaisser ces coups comme un boxeur au bord du K.O. Souhaitez-moi bonne chance et une visite intéressante à Washington et à New York auprès de mes amis américains qui, heureusement, comptent dans leur population, en dehors de quelques Indiens survivants de l’extermination, mes cousins les chipmonks qui ne sont pas encore trop affectés par tout ce remue ménage.