Ethique Info

Accueil > Société > Civilisation > Education, enseignement, formation… et leurs échecs

Education, enseignement, formation… et leurs échecs

dimanche 2 juin 2013, par Picospin

Des difficultés surgissent dans cette analyse fondamentale du « quoi enseigner, comment l’enseigner qui est devenu maintenant à quelle heure enseigner ? ». Les livres et journaux sont pleins d’exposés et discussions sur ces matières jusqu’à devenir une herméneutique difficile à clarifier et à maitriser.

Les questions se posent à toute occasion, dès lors qu’est soulevée une interrogation sur les raisons réelles qui ont poussé les pouvoirs publics à inclure tel sujet dans les programmes soumis à la réflexion des élèves et étudiants. On connaît le débat aux Etats-Unis sur l’inclusion ou l’exclusion de l’évolution dans les programmes scolaires selon les approches religieuses ou laïcisées des établissements concernés. Faut-il enseigner l’économie, inclure la Shoah dans l’enseignement de l’histoire ou taire les atrocités commises par l’homme pour ne pas heurter la sensibilité exacerbée des plus jeunes ? Doit-on, peut-on adapter les programmes d’enseignement aux objectifs visés par l’intérêt général de la nation ou favoriser des intérêts particuliers. Doit-on mettre au choix des thèmes d’étude particuliers au choix des enseignés ? Contre une maladie particulièrement agressive faut-il conseiller aux enseignés de suivre aveuglément les conseils médicaux d’absorber une importante dose de la médication la plus efficace mais aussi de recommander la prise d’une dose moindre dans l’espoir qu’elle restera active ce qui serait considéré comme un pis aller. Doit-on suivre les idées de Platon qui défendait l’application d’un même programme pour tous les élèves parce qu’il raisonnait en classes plus qu’en termes d’individus ? Pour la majorité des éducateurs, chaque étudiant est un individu auquel l’enseignant doit apporter son aide pour le guider dans sa croissance sans imposer une finalité précise à ce processus. Au cours de l’histoire humaine, un stock énorme de savoir s’est accumulé que le maitre a la mission de mettre en contact avec l’élève par l’aide et la facilitation bien plus que par l’obligation et l’imposition. Cette idée est contenue aussi - partiellement - dans la doctrine révélée par L’Emile de JJ Rousseau appelée plus tard constructivisme dans laquelle une classe d’une trentaine d’élèves contiendra autant d’individus et de « corps de savoirs » en plus de ceux du maitre ce qui finit par rendre l’ensemble difficile sinon impossible à gouverner. Devant cette pléthore rhétorique, les penseurs de l’éducation renvoient aux traditions en usage dans chaque pays pour éviter toute confrontation susceptible de déclarer des guerres d’éducation et de recommander la soumission aux habitudes en vue de garder une paix fragile que des risques permanents de conflits et de guerres de cent ans. En France, 1,9 million de jeunes gens ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation. Des NEET (Neither employed nor in education or training, selon la terminologie européenne), dont le nombre a crû avec la crise, jusqu’à atteindre 17 % des 15-29 ans. Parmi ces jeunes en situation de grande vulnérabilité, une petite moitié d’entre eux ne se considèrent plus comme demandeurs d’emploi. Découragés résignés, écrasés par le sentiment de l’échec assuré, ils n’étudient pas et ne cherchent pas pour autant un travail. Des jeunes " en perte de confiance dans les institutions censées les aider et qui ont intégré une espèce de fatalité de la précarité ". Etre d’un faible niveau éducatif, issu de l’immigration et d’un ménage à faible revenu ou vivre dans une région reculée sont autant de facteurs favorisant l’inscription dans le groupe plus large des NEET - dont 85 % n’ont pas dépassé le lycée, 45 % le collège. Bon nombre des 150 000 jeunes qui sortent chaque année du système scolaire sans le moindre diplôme sont dépourvus des compétences et de l’estime de soi minimales pour faire bonne figure auprès d’un employeur. Avec l’échec scolaire, ils sont entrés dans un rapport conflictuel aux institutions. " Ils sont passés dans la moulinette de l’éducation nationale. Ils ont subi, n’ont pas appris à être acteurs de leur vie, ne se projettent pas. Ils ne sont même pas dans la rébellion, ils ont compris qu’ils n’avaient pas d’avenir. " La durée et l’ampleur de la crise sont pour beaucoup dans ce renoncement puisque aucune enquête sur les valeurs des jeunes ne montre de rejet du travail. Des vies " en suspension ", " circulaires ", cloîtrés chez les parents, dont on décrit la fréquence grandissante dans la France rurale et des périphéries urbaines comme une " forme de pathologie sociale ". " Ils sont comme des bateaux, échoués. Conscients de la dureté des règles, ils se retirent du jeu. C’est une forme de résistance, de protection aussi. "L’inactivité déclarée au moment précis de l’enquête emploi, qui établit la statistique, n’est ni forcément durable ni forcément dramatique espère-t-on ailleurs. Elle peut être " un temps de latence pour se reconstruire ". " Ces jeunes doivent passer du statut d’élève raté à celui de chercheur d’emploi émérite, selon l’injonction de l’Etat. Cela demande une maturité. Une jeune fille peut être dans ses histoires d’amour, un garçon devant sa PlayStation jusqu’à ce que se produise un déclic : rencontre, besoin d’argent... " Les parcours sont chaotiques, les vies fragmentées, les allers-retours nombreux entre activité et inactivité. En une année, les deux tiers des 900 000 jeunes repérés comme inactifs par la statistique auront connu une situation différente. Cette photographie de la France n’est ni joyeuse, ni encourageante. Elle décrit une situation tragique dont les causes ne sont que rarement analysées ce qui n’incite guère à y remédier. Quels sont les docteurs en toute discipline à recruter pour se pencher sur ces dégâts « collatéraux » qui, à force de se développer risquent d’envahir la totalité du pays, sinon de l’Europe, voire d’autres parties du monde avant que l’on sache quel est le véritable diagnostic à poser, les traitements à recommander et la prévention à organiser.

Messages