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Quelques réflexions à prétention de stratégie globale

Elections américaines et gouvernance mondiale

jeudi 23 octobre 2008, par Picospin

Ceci n’est pas sans poser question car, volens nolens, les Etats-Unis ont été depuis la seconde guerre mondiale une des puissances hégémoniques du monde, et même, depuis l’éclatement de l’Union Soviétique, la seule, et elle s’est comportée comme telle pendant longtemps.

Bras armé ?

Ils se sont institués, dans la gouvernance mondiale que devrait assurer l’ONU, le bras armé de cette institution qui n’en a pas. Mais ils sont aussi allés plus loin, intervenant motu proprio, sans résolution du Conseil de Sécurité, dans divers endroits du monde.
Force est de constater que depuis une ou deux décennies, sans pour l’instant avoir été supplantés par d’autres puissances (et ce n’est peut-être pas pour demain), les EU n’ont sans doute plus les moyens d’exercer ce rôle et d’en porter les responsabilités ; car il ne faut pas oublier que l’on ne peut être, de fait ou de droit, le leader – en l’occurrence du monde – sans les responsabilités de la fonction. Or ce leader est de plus en plus dépendant du monde extérieur, par un déficit croissant et considérable de son commerce extérieur, par un déficit non moins considérable de ses finances publiques, dans lequel le montant de son budget militaire et le coût engendré par ses interventions sur des « théatres d’opérations extérieures » lointains et gourmands en armes comme en hommes joue un rôle primordial, par les conséquences des défaillances de son système bancaire et financier, défaillances que la mondialisation lui ont permis d’exporter dans le monde entier.

Un paradoxe

Il y a là d’ailleurs, il faut bien en être conscient, le paradoxe majeur de la mondialisation. Si elle rend l’économie mondiale fragile, par la combinaison d’une concurrence acharnée et une ouverture des marchés qui ressemble à du « laisser-faire » (que l’on dénonce maintenant dans tous les médias et chez tous les intellectuels, spécialistes ou non de l’économie) dans le même temps, par la dépendance des pays exportateurs par rapport à leurs clients, par l’importance des créances que certains pays ont sur d’autres, se crée une certaine solidarité à l’échelle mondiale. En clair, pourrait-on imaginer que la Chine par exemple (mais ce n’est pas le seul pays concerné) puisse profiter des circonstances pour faire chuter la monnaie américaine, ou assurer la disparition de grands pans de l’économie américaine, de son industrie fragilisée ? La Chine elle-même ne s’en remettrait pas : elle ne peut envisager de voir se transformer en enveloppe vide ses immenses avoirs en dollars, pas plus qu’elle ne peut voir disparaître d’aussi gros clients que les E.U (sans parler de l’Europe et d’autres). Quand à l’intervention des « fonds souverains », grande trouvaille des pays émergents (et néanmoins déjà riches), elle n’est pas sans problème pour les pays qui « bénéficient » de leur intervention ; lesquels envisagent maintenant de recourir eux mêmes à ce nouveau moyen d’action !…Où cela nous met il, nous pays européens ? Nous avons d’un côté un pays encore dominant sans plus être hégémonique, qui dispose toujours de la plus grande puissance militaire du monde, mais qui connait certaines faiblesses sans nécessairement les reconnaître (voir campagne présidentielle), de l’autre des puissances montantes, y compris si j’ose dire « remontantes » comme la Russie, les BRIC, qui veulent se faire une place dans le monde, sans bien savoir encore exactement laquelle (mais sûrement dans les premières) ni quelles y seront leurs responsabilités (ou quelles responsabilités ils accepteront d’y supporter).

Construire

Devant cette situation, une seule solution : relancer la construction Européenne, s’efforcer d’avoir le plus vite possible un pouvoir politique organisé à l’échelle de notre continent, en sorte que nos forces soient unies, que nous puissions parler d’une seule voix dans le concert mondial, et être un élément moteur de poids dans la recherche d’une nouvelle organisation de l’économie mondiale ; car les évènements actuels montrent bien le « marché » ne peut rester inorganisé, que le « laisser faire » ne conduit pas nécessairement à la solution optimale. Le « gouvernement économique » fondé sur la monnaie unique, l’Euro, que l’actuel président de l’UE appelle de ses vœux et qu’il s’efforce de faire accepter par nos partenaires, serait une heureuse première étape. Cela veut-il dire que l’Europe peut jouer seule dans la cour des grands, prendre ses distances vis à vis d’une Amérique en perte de vitesse. Certes non ! le partenariat avec les EU, qui existe, doit être maintenu (il est dans l’intérêt des deux parties) ; mais la dépendance, fut-elle seulement militaire, par rapport à cette puissance d’outre-atlantique, doit être prudemment évitée, ne serait ce que pour ne pas courir le risque d’être soumis aux égoïsmes nationaux dudit partenaire.