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Elie Wiesel : examen de conscience

Une expérience

mercredi 28 décembre 2011, par Picospin

Cette dernière, il est vrai, avait été menacée à plusieurs reprises lors de son enfermement dans les camps de concentration de la mort ouverts par les Nazis pendant la 2è guerre mondiale, de sa longue déportation et des risques qui s’en suivirent lorsque ces épisodes étaient suivis immanquablement par la mort dans les chambres à gaz.

Un prix Nobel parle et écrit

Elie Wiesel, l’auteur de multiples descriptions de cette aventure survenue sous l’inspiration d’un dément et de ceux qui avaient cru en son idéologie croyait que c’en était fini pour lui des menaces de mort et qu’il avait droit désormais à une vie heureuse et indolore, confortable et sans contrainte. Cet état peut se traduire par le confort auquel il croyait avoir droit après les souffrances subies au cours d’une détention prolongée sous le joug des bourreaux nazis, le froid glacial de l’Europe de l’est et le stress sans répit de la crainte des violences et de la mise à mort. Il équivalait dans son esprit à la compensation offerte par de la providence sur sa santé comme s’il y avait une justice dans la répartition des souffrances, des bienfaits et des malheurs attribués par un Dieu juste et bon. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’il entendit de la part des cardiologues réunis à son chevet qu’une intervention chirurgicale serait nécessaire de toute urgence pour lever l’occlusion des vaisseaux de son cœur. Ils étaient en train de priver cet organe, servant de moteur et de pompe indispensable à sa propre irrigation des éléments nutritifs apportés par le sang.

Le Monde publie

L’auteur de ce commentaire ajoutait des détails horribles sur l’intervention chirurgicale qui devait réparer les lésions pour rendre à son propriétaire un cœur capable de fonctionner en toute circonstance et lui permettre de mener de nouveau une vie normale. L’auteur de cet article accumulait force détails effrayants pour expliquer que pour réaliser l’opération de la dernière chance le thorax allait être largement ouvert, les côtes écartées, le sternum scié, ce qui dessinait un tableau horrible d’une intervention pourtant pratiquée couramment de nos jours dans tous les centres hospitaliers du monde. Cette description était ponctuée de réflexions philosophiques sur la fin de vie, la finitude, la mort qui « n’effrayait pas et avec laquelle il avait vécu mais qu’il ne craindrait plus ». Toutes réflexions qui encourageraient à jouir de la vie chantée comme hymne de sanctification la vie habilitée par la même occasion à condamner la mort à laquelle les philosophes des origines avaient consacré leurs réflexions avant de s’attaquer à l’équilibre fragile et inégal entre ces deux états, pourtant considéré, subi et vécu comme statut commun à tous les humains sur notre planète, dans l’attente d’en trouver une autre. L’auteur de cette description ne tarissait pas de commentaires et de lamentations sur les épreuves physiques et morales qu’une telle intervention impose au patient accablé par une décision thérapeutique à laquelle un être humain ayant choisi de vivre ne saurait échapper.

Pénibilités

Complément indispensable à une survie acceptable, elle devait être suivie d’une rééducation fastidieuse, souvent douloureuse, toujours désagréable dans la perspective de s’engager dans un programme de remise en forme pour tenter de retrouver les capacités physiques, sinon morales indispensables à la vie de l’homme normal. Il n’y avait qu’une alternative à ce traitement, cela s’appelait l’angioplastie coronaire. Ce nom barbare signifie qu’on s’apprête à déboucher ce ou ces petits vaisseaux de 3 mm à l’aide d’un ballonnet gonflable. Les suites opératoires de cette intervention plus moderne sont plus simples et autorisent une reprise plus précoce de l’activité. Ce que cette information ne divulgue pas, c’est l’évolution de la ligne thérapeutique qui dans le premier cas produit un résultat plus durable, plus complet au prix d’une convalescence plus longue. En revanche, les réflexions sur la vie et la mort, le destin de l’homme, les décisions à prendre, le choix de la méthode thérapeutique interviennent avec une acuité bien moins dramatique que celle décrite avec force détails tragiques dans l’article. C’est qu’en effet le patient n’a guère eu le temps d’y songer tant les délais entre les étapes de la mise au point des stratégies thérapeutiques sont brèves et insensibles les méthodes modernes d’anesthésie qui endorment si vite et si profondément que l’opéré se réveille comme si rien ne s’était passé dans le monde des vivants et qu’il venait d’être soulevé au-dessus des nuages par ses anges protecteurs pour un songe qu’on voudrait rattraper et ne jamais abandonner.
Je le sais, je l’ai vécu.

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Herbert Geschwind