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Que fait-on dans l’école de la République ?

En quoi consiste l’enseignement du Français ?

Quels objectifs ?

mardi 28 octobre 2008, par Picospin

L’apprentissage du français ne passe-t-il par l’imaginaire, la créativité, en un mot l’art ? Ces notions, qui paraissent indispensables, sont ignorées aujourd’hui. D’après les dogmes de l’enseignement, il semble inutile d’apprendre le français en cultivant la créativité d’un élève. Il faut, au contraire, lui faire entrer dans le crâne des histoires de subordonnées et autres conjonctions de je ne sais quoi, que nul auteur, ni écrivain, n’a jamais pris au sérieux.

Tristesse d’un apprentissage

L’enseignement de la langue française se résume à une histoire mécanique sans intérêt et qui décourage les élèves : le degré zéro de l’éducation, c’est-à-dire l’abandon de toute passion dans ce que l’on fait. Par temps de dénonciation nécessaire des fautes de l’École qui ont conduit au désastre illustré en partie par le film Entre les murs, chacun vient ainsi avec son cahier de doléances. Ce qui frappe, c’est l’éventail des revendications qui peut brasser l’essentiel et l’accessoire ou l’ancien et le nouveau. Un point essentiel paraît échapper à la critique : l’administration locale et centrale, avec son service pédagogique, régional et national, est l’organisatrice du désastre. Trop de gens ignorent le rapport de l’OCDE de 1996 intitulé, « La faisabilité politique de l’ajustement » par Christian Morrisson (Cahier de politique économique n° 13). Il faut donc inlassablement le rappeler. Le titre est incompréhensible d’un non-initié car ce qu’il recouvre doit le rester. « L’ajustement » en question est la préparation à la privatisation de l’Éducation. « Faisabilité politique » signifie méthode à suivre pour ne pas provoquer la révolte des citoyens. Est donc recommandée une stratégie de ruine du service public progressive, inégale et dispersée sur le territoire pour éviter que les établissements touchés ne puissent faire cause commune. Cela n’exonère en rien les professeurs de leurs responsabilités. Leur riposte collective est-elle à la hauteur de l’enjeu ? Évidemment non ! On ignore toutefois que les professeurs qui sont contraints, devant cette inertie, de se battre seuls - car il y en a plus qu’on ne le croit - pour exiger par exemple le respect des règles minimales de vie sociale dans un établissement scolaire et assurer les conditions d’un travail intellectuel, sont impitoyablement combattus, voire sanctionnés. Et l’administration trouve à ses côtés pour cette besogne, non seulement la foule de ses courtisans habituels - dont font partie nombre de parents PEEP ou même FCPE - mais aussi les syndicats de tous bords qui vivent avec elle en bonne intelligence depuis plus de vingt-cinq ans. Le reste du troupeau suit, en voulant surtout ne rien savoir.

Nostalgie de l’ancien

La nostalgie de l’ancien - surtout enjolivé comme l’est toujours « le joli temps passé » - n’est pas moins pernicieuse. C’est un réflexe de défense contre un présent qui déconcerte ou répugne. On est étonné qu’un journaliste en appelle à des usages anciens pour l’apprentissage du français. La créativité d’un élève ne peut-elle donc pas s’exprimer autrement que dans le culte de l’imagination livrée à elle-même ? Le siège médiatique dont chacun est l’objet aujourd’hui, pourrait pourtant servir de ligne de conduite directrice dans un contexte à la fois d’apprentissage de la langue française et de la citoyenneté. Si on admet qu’un citoyen - à la différence d’un sujet - est celui qui apprend à se former librement une opinion pour pouvoir l’exprimer aussi librement, ne voit-on pas tout de suite le cadre dans lequel devrait s’inscrire l’apprentissage du français ? « La relation de l’information » - entendue dans les deux sens du terme : énoncé de la représentation d’un fait et cadre interactif entre émetteur et récepteur à qui cet énoncé est transmis - devrait être l’axe de cet apprentissage. On n’a pas trop d’une dizaine d’années pour étudier les contraintes qui s’exercent sur l’information et les stratégies mises en œuvre pour obtenir une adhésion. Est-ce à dire que la littérature serait exclue de cet apprentissage ? Le texte littéraire est le produit le plus achevé qui soit d’une science consommée de l’information maîtrisée par un auteur. La poésie est-elle autre chose qu’un usage de procédés d’expression qui s’adressent plus à « l’exigence d’irrationalité » de l’individu comme le cœur de Pascal qu’à son « exigence de rationalité comme sa raison de Pascal ? On les retrouve dans l’analyse des mots comme dans celle de l’image, qu’elle soit tableau de peinture, photo ou publicité. La créativité de l’élève peut trouver amplement où s’exprimer intelligemment.

Les Fables de la Fontaine

 Il suffit de prendre les « Fables » de La Fontaine. Mais il est vrai que telles qu’elles sont enseignées aujourd’hui, cela peut surprendre. Et pourtant quel fantastique réservoir d’exemples pour illustrer « la relation d’information » que les hommes entretiennent entre eux depuis toujours ! S’est-on jamais interrogé sur la première d’entre elles, La Cigale et la Fourmi ? Sait-on qu’elle pose en ouverture du recueil « le principe fondamental de la relation d’information » qui régit, dans les 250 et quelques autres fables, les cas de figure de relation d’information qu’elles mettent en scène ? Mais ni l’école laïque et républicaine ni celle du journalisme ne l’enseigne. C’est au lecteur d’essayer de le deviner, d’en réaliser un exemple et, dans la foulée, de faire preuve de créativité. Par charité, on consent à le mettre sur la voie. La Fontaine l’y aide en l’invitant implicitement à comparer cette première fable avec celle du "Le Corbeau et le Renard". Qu’est-ce qui oppose les deux personnages parasites ? La Cigale n’obtient pas ce qu’elle demande et le Renard obtient ce qu’il ne demande surtout pas. Pourquoi ? Quel "principe fondamental de la relation d’information" est ici magistralement illustré ? On peut exercer sa créativité utilement sans qu’il soit besoin de jouer au « poète ». Une école républicaine n’a pas pour mission de fabriquer des « poètes », d’autant que, dit-on, on naît poète, on ne le devient pas. N’importe-t-il pas avant tout qu’une école en démocratie enseigne prioritairement à ses futurs citoyens à construire librement une opinion ? Or, puisque les médias l’assiègent, ne lui faut-il pas connaître les procédés d’expression qu’ils emploient pour obtenir, souvent à son insu, son adhésion à une idée, un homme, une femme ou un produit ? À défaut, ne risque-t-il pas d’être ravalé au rang d’essentiel avec l’accessoire et que par peur du nouveau on reste nostalgique de l’ancien qui a pourtant conduit en partie au désastre dénoncé.


Version remaniée parue sur Agoravox le 22 octobre 2008.