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Après le "désenchantement du monde"

Enchanter le monde ?

Ce roman n’est pas écrit par Marcel Gauchet

vendredi 31 octobre 2008, par Picospin

Cette histoire est pourtant celle qui est en train d’arriver à une honnête proportion de la population française qui, depuis quelques semaines se jette sur une poupée supposée figurer les traits, sinon la personne du Président de la République. Ne voulant pas être en reste, sa concurrente principale lors de l’élection de l’année dernière, s’est également entichée de sa propre poupée.

Une image de soi ?

La différence entre les deux protagonistes de cette histoire d’icônes sorties d’Afrique, de Haïti, des Antilles et même de la Louisiane, c’est que l’un s’est beaucoup rapproché de cette image de lui-même au point qu’il n’a pas hésité à s’en débarrasser, y compris par des voies juridiques, l’autre s’en est éloignée, évitant ainsi tout processus d’identification, de fusion, d’assimilation pour ne laisser qu’un reliquat caricatural, propre à faire rire le peuple plus qu’à le faire réagir dramatiquement à ce jeu de poupée qui avait déchainé les passions des animistes, sinon de l’assemblage hétéroclite entre ces derniers et quelques catholiques. Que faisait-on de ces figures vaudou un jouant dans le cérémonial du culte animiste originaire d’Afrique de l’Ouest mais toujours actif au Bénin et au Togo, dans le célèbre marché des féticheurs à Lomé. Ce sont les esclaves originaires de cette région d’Afrique qui répandirent le culte vaudou aux Antilles et en Amérique à Cuba, en Haïti, au Brésil ou encore aux États-Unis, en Louisiane surtout puis en Afrique du Nord par les esclaves amenés par les anciennes dynasties qui ont traversés l’histoire de cette région. Le vaudou est le fondement culturel des peuples qui constituent un élément important des populations au sud du Bénin, du Togo, du Ghana, et du Nigéria. Le vaudou, qui désigne l’ensemble des dieux ou des forces invisibles dont les hommes essaient de se concilier la puissance ou la bienveillance est l’affirmation d’un monde surnaturel, mais aussi l’ensemble des procédures permettant d’entrer en relation avec celui-ci. Le panthéon vaudou est constitué des forces de la nature, aux puissances naturelles que sont la foudre, la mer, la maladie mais aussi aux ancêtres divinisés et aux monstres et autres animaux. Au sommet du panthéon vaudou figure Mawu, Dieu suprême, inaccessible, moins personne qu’entité, incréé et créateur de tous les autres Vaudous qui règne sur les autres dieux et qui n’ayant pas de forme, n’est représenté, ni en peinture ni associé à des objets, comme le sont les autres vaudous. Comme il est bienveillant envers toutes les créatures, qu’il suffit de le glorifier, les premiers missionnaires chrétiens sont à l’origine de la traduction du nom du Dieu chrétien par Mawu, pour faciliter les conversions vers la religion chrétienne, exemple de récupération plutôt fréquent dans l’histoire des religions.

Vaudou

Le Vaudou a eu une grande importance dans leurs révoltes et conserve aujourd’hui une importance politique non négligeable. Les Haïtiens se livrent chaque année à des ablutions, les bains de chance car, selon la croyance populaire, des esprits qui font le bien quand on les prie suffisamment, nichent dans la cascade, la gorge et les arbres où les visiteurs étrangers sont admis . La religion Vaudou qui a longtemps été réprimée et diabolisée véhicule des clichés, lieux communs et fantasmes assimilables au satanisme, cannibalisme, à la sorcellerie et aux envoûtements et aux destructions. L’objet représentant le mieux cette perception du vaudou est bien la poupée vaudou, instrument magique de torture et objet de tout notre intérêt depuis qu’elle a suscité l’ire de Nicolas Sarkozy et le sourire de Ségolène Royal.. Certaines personnes s’inspirent de la réalité du Vaudou plus que des clichés fantastiques et autres affabulations. Quels sont ses rapports avec le fétichisme, nom donné par les Portugais aux objets du culte des populations d’Afrique durant leur colonisation de ce continent.
En ethnologie, on désigne du nom de fétichisme l’adoration d’un objet (statuette, etc.) dans le cadre d’une pratique religieuse ou mystique. Le fétichisme consiste dans l’adoration des objets naturels, tels que les éléments, surtout le feu, les fleuves, les animaux, les arbres, les pierres mêmes ; ou d’êtres invisibles, génies bienfaisants ou malfaisants, créés par la superstition et la crainte, tels que les grisgris de l’Afrique centrale ou les burkhans de Sibérie. Le terme « fétiche » évoque l’idée de quelque chose de « fabriqué » d’induit, d’« artificiel », de « trafiqué » voire de « faux » ou encore d’une entité lié à des manigances magiques comme le « sortilège ». En ethnologie, le fétichisme fait allusion à l’adoration d’un objet comme celle due à une statuette dans une pratique religieuse ou mystique ou celle d’objets naturels, tels que les éléments de la nature comme le feu, les fleuves, les animaux, les arbres, les pierres sinon des êtres invisibles, des génies bienfaisants ou malfaisants, créés par la superstition et la crainte, tels que les grisgris d’Afrique centrale ou les burkhans de Sibérie. Il y a dans ce terme l’idée de quelque chose de « fabriqué » d’« artificiel », de « trafiqué » voire de « faux » ou d’objets liés à des manigances magiques comme le « sortilège » qu’on s’attache à confronter aux religions de la Révélation voire à d’autres formes de religions primitives.

Religion ou culte puéril ?

Le culte est considéré comme puéril, limité à la vénération d’un objet et qui se différencie de l’idolâtrie où l’objet a une fonction de représentation mais jamais une faculté symbolique. David Hume considère le fétichisme comme partie prenante du polythéisme et synonyme d’idolâtrie. C’est de ces deux visions de ce dernier qu’il a sa place dans le processus de construction de la religion et que la problématique ethnologique rejoint celle de la philosophie. A l’approche du XXe siècle, le terme subit une évolution sémantique où le fétichiste devient l’adepte non plus d’une religion mais d’une perversion à l’occasion de laquelle apparaît la perversion, notion que Freud reprend pour en définir le concept psychanalytique de « rituel » inconscient symptomatique. Reste le fétichisme de la marchandise, due à Marx, phénomène par lequel, dans la production capitaliste, la marchandise sert de support aux rapports de production entre les hommes donnant ainsi l’apparence que les rapports sociaux de production sont des rapports entre les choses. Des aiguilles sont livrées avec la poupée sur le thorax et l’abdomen de laquelle sont inscrites en lettres d’or des phrases prononcées pour la postérité par le personnage qu’elle est censée représenter. Est-ce un mal, un dénigrement, une critique acerbe ou simplement une citation provenant d’un homme célèbre, du plus haut représentant de la République qui passe ainsi, une fois de plus, à la postérité. On peut évidemment se demander quelle est la raison pour laquelle ce Président là, élu tout à fait régulièrement et légalement, est l’objet, quelques mois après ce succès populaire, de ces manifestations critiques ? Ne s’agirait-il pas d’une déception considérable de la part de l’électorat auquel des promesses ont été faites, des rêves offerts et un monde enchanteur présenté ? A force de susciter la construction d’un imaginaire dont le contenu avait été jugé depuis longtemps comme irréalisable, le peuple a cru, par la persuasion exceptionnelle de l’auteur des interventions et discours, qu’il avait le pouvoir de changer la France sinon le monde.

Quel pouvoir magique ?

Les événement en ont décidé autrement. D’enchanté, le monde est devenu désenchanté et la crise aidant, a fini par s’effondrer comme château de cartes ou maisons de poupée. C’est bien à elle malheureusement qu’il convient de revenir après ce court moment qui aurait pu être de bonheur mais qui ne l’a pas été car telle est la loi de l’univers.