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Les Enarques ont de la chance

Encore une affaire d’éthique ? Pérol et Natixis

Du privé au public aller-retour avec un billet bon marché

dimanche 15 mars 2009, par Picospin

Chef du bureau des marchés financiers à la direction du Trésor, de 1996 à 1999, puis secrétaire général du Club de Paris, il est promu, en 2001, sous-directeur du financement et du développement des entreprises au Trésor. En 2002, il devient directeur adjoint du cabinet de Francis Mer, puis de Nicolas Sarkozy, au Ministère de l’Économie, des Finances et de l’Industrie.

Un sauveur ou un sauveteur ?

Il s’occupe en particulier des sauvetages d’Alcatel, de Bull, de France Telecom (jouant un rôle certain dans le refus à cette dernière, contre l’avis de la direction du Trésor, d’une augmentation du capital de la part de l’État et dans le départ de son PDG et de la recapitalisation d’Alstom, négociée avec la Commission européenne. Il suit également la naissance de Sanofi-Aventis, négocie pour le gouvernement français avec la justice américaine pour la conclusion de l’affaire Executive Life et organise la cession d’Ixis par la Caisse des dépôts et consignations aux Caisses d’Epargne d’Ixis. Marqué par sa collaboration avec Nicolas Sarkozy à Bercy, il s’inscrit à l’UMP en 2004. De 2005 à 2007, il est associé-gérant de la banque Rothschild & Cie. Filiale commune du groupe mutualiste et des Caisses d’épargne, cette banque d’investissement qui annonce la réunion à terme des deux groupes, entraînera dans la tourmente les deux maisons mères en 2008. En mai 2007, il est nommé secrétaire général adjoint de la Présidence de la République française, où il devient le « grand architecte du programme économique de Nicolas Sarkozy », accueillant dans son bureau les grands patrons français. Spécialiste des montages financiers et industriels, il travaille à ce poste, à la simplification de l’organigramme d’EADS, dessine le processus de fusion de Suez et GDF, s’opposant à l’avis d’Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, qui préférait une fusion entre GDF et EDF. Il soutient le rachat de 20% de Thales par Dassault Aviation, puis gère le dossier Areva, avec le retrait de Siemens et la potentielle entrée de Bouygues et Alstom.

Clairstream

Dans l’affaire Clearstream 2, il est accusé par l’informaticien Lahoud de lui avoir organisé une rencontre avec Nicolas Sarkozy, ce qu’il dément. Il est également en charge de la finalisation de fusion orchestrée sur fond de crise financière par l’Élysée entre les Caisses d’Épargne et Banques Populaires, alors que l’État devrait y injecter 4 à 5 milliards d’euros et prendre environ 20 % du capital du nouveau groupe. Les rumeurs qui le disent prendre la direction de la future deuxième banque française, engendrent fin février 2009 une polémique sur le pantouflage proposé à cet acteur important du rapprochement des deux banques, proche du Président de la République. L’absence de sollicitation par François Pérol de la commission de déontologie de la fonction publique, contrairement à une déclaration de Nicolas Sarkozy, amplifie par la suite les mises en cause et les réactions. Les 24 et 26 février 2009, la Caisse d’Épargne et la Banque Populaire approuvent les principes du rapprochement des deux organes centraux qui doivent conduire à la naissance du deuxième groupe bancaire français puis entérinent l’arrivée de François Pérol à leur tête, celui-ci quittant le jour même ses fonctions à l’Élysée. Il prend ses fonctions le 2 mars avant de devenir président du conseil de surveillance de Natixis le 6 mars 2009 et après avoir participé à la 56ème édition du Groupe Bilderberg qui s’est déroulée du 5 au 8 juin 2008 dans un hôtel de luxe à Chantilly, dans l’Etat de Virginie (Etats-Unis). Le nouveau président du Conseil de surveillance va devoir faire face à un nouveau front. Sa nomination était déjà contestée, parce que la Commission de Déontologie n’avait pas été consultée. Voici qu’il est soupçonné de ne pas avoir respecté la loi...

Un bon fonctionnaire

Jusqu’à maintenant, François Pérol était un haut fonctionnaire au parcours idéal après sa sortie de HEC, Sciences Po et l’ENA dont il est major en 1990, comme inspecteur des finances. Suit une longue carrière à la direction du Trésor, puis dans les cabinets du ministère des Finances à partir de 2002 de cet homme qui a de l’humour et des amitiés politiques à droite comme à gauche. En 2004, il devient directeur adjoint du cabinet de Nicolas Sarkozy, alors à Bercy. Il suit de nombreux dossiers, dont celui du rachat d’Ixis par la Caisse des dépôts et consignations, prélude à la création de Natixis. En 2006, François Pérol quitte l’administration, devient associé-gérant de Rothschild & Cie, la banque d’affaire chargée de fusionner les deux banques d’investissement des groupes Caisse d’Epargne et Banque Populaire et joue un rôle majeur dans le pilotage du dossier Natixis. Pour ce travail, il aurait touché une commission oscillant entre 1,5 et 2 millions d’euros, soit 10 à 15% du total perçu par Rothschild & Cie. Or, pendant trois ans à compter de 2005, il n’avait pas le droit de travailler sur ce dossier, comme l’a rappelé l’ex-président de la Commission de déontologie. La commission de déontologie est chargée d’apprécier la compatibilité de toute activité lucrative dans une entreprise avec les fonctions exercées au cours des trois années précédant le début de cette activité. François Pérol retrouve la fonction publique en devenant en 2007 le « Monsieur Economie" de l’Elysée ».

Investissements douteux

Natixis ayant massivement investi dans les "subprimes", la banque d’investissement perd plus de 90% de sa valeur boursière, perte qui est évaluée à deux milliards d’euros. La commission doit être obligatoirement saisie dans un certain nombre de cas. S’il apparaissait que oui, en principe, il ne pourrait pas aller travailler dans ces entreprises. Depuis le début de l’affaire, le chef de l’Etat s’appuie sur la nécessité de conclure l’affaire au plus vite parce que la situation est si urgente, qu’une consultation de la commission de déontologie pourrait être trop tardive et ne permettrait pas de faire face à la situation dans les délais impartis. Le décret signé par Nicolas Sarkozy, publié au Journal Officiel, valide la démission de François Pérol, qui n’appartient plus à la fonction publique depuis le 11 mars. Le rôle de la Commission (article 432-13 du code pénal) est d’éviter le délit de corruption ou de prise d’intérêt. Olivier Fouquet, l’actuel président de la commission de déontologie, n’a pas hésité à mettre en garde l’intéressé, au cas où il aurait l’intention de se passer de l’avis des sages.

Interrogations

1. Est-ce qu’il est licite ou éthique d’autoriser de multiples passages de frontière entre secteur public et privé ?

A. dans tous le sens ?

B. dans un seul sens ?

C. Combien de fois ?

2. Est-ce que le Chef de l’Etat est en droit ou en devoir d’intervenir personnellement dans les nominations de ses subordonnés à des postes qui relèvent de la juridiction :

A. de l’état ?

B. de celle du secteur privé ?

C. de tous les postes clé de l’administration ?

D. Seulement de ceux qui on trait aux finances ?

3. Quel doit être le rôle exact de la Commission de Déontologie ?

A. d’intervenir dans la régulation des nominations ?

B. de vérifier la légalité des nominations ?

C. d’approuver ou de rejeter les propositions de nomination de candidats aux
postes les plus importants ?

D. d’étudier le parcours de carrière des éventuels candidats proposés par le
Chef de l’Etat ?

4. Devrait-on limiter les émoluments, primes, salaires, frais de mission des personnels nommés à des postes importants dans l’administration des Finances ?

A. en les plafonnant ?

B. en les indexant sur les revenus du secteur privé ?

C. en les laissant libres d’être négociés par les deux parties en présence ?

D. en les alignant sur les grilles de salaires de la fonction publique ?

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