Ethique Info

Accueil > Société > Civilisation > Encore une exception française

Dépression et désir d’enfants

Encore une exception française

Hypothèses pour un mal vivre

jeudi 6 juin 2013, par Picospin

Toutes minent un moral déjà très bas au départ et qui ne fait que diminuer à mesure que les expériences confirment la gravité de la situation, l’inconfort ressenti dans l’exécution de certaines missions. Ces prises en considération aboutissent à un désir de fuite devant des réalités de plus en plus assombries par l’absence de perspectives, d’espoir et de joie.

Fuir

Cette fuite s’exprime trop souvent par le refuge dans la diminution de conscience sous forme d’absorption de produits tous réducteurs de visions des réalités. Pour quelle raison, ce phénomène touche-t-il particulièrement la France, pays généralement considéré comme particulièrement privilégie des dieux par ses conditions favorables d’habitat, de climat et le souci de l’état de préserver les acquis sociaux protecteurs de la cellule familiale et de l’éducation des enfants. On met sur le compte de ces circonstances, de ce contexte l’exceptionnelle propension à la fécondité qui contraste pourtant avec le pessimisme ambiant de la population et le désespoir d’une grande partie de la jeunesse de plus en plus encline à chercher au-delà de l’hexagone ce que la tradition refuse de lui accorder in situ sur le terrain de sa naissance et de son habitat. Désarroi, détresse et impuissance circulent de concert dans un paysage de désolation dans lequel viennent converger les contraintes d’un renouvellement des habitudes, de la tradition et d’une éducation par un enseignement souvent désuet, hors des impératifs octroyés par un monde en pleine évolution où la compétition élimine les plus faibles et rejette dans l’anonymat, sinon le néant, les plus vulnérables condamnés moins à une mort lente moins physiologique que sociale d’où toute perspective paraît définitivement exclue. Doit-on appeler cet état proche du végétatif une anomie, une langueur, une mélancolie ?

Anomie ?

Ces hypothèses ne sauraient être rejetées sans une analyse rigoureuse de leur signification et une remise pertinente dans le contexte historique dans lequel elles se manifestent. L’histoire n’a pas toujours été tendre pour les habitants de l’hexagone, surtout depuis l’hécatombe de la 1ère guerre mondiale, la défaite désastreuse de la 2è, les compromissions catastrophiques de l’occupation et les périodes tendues, moralement mortifères et culpabilisantes de la décolonisation. Convoquée à l’initiative du Comité français de libération nationale représenté par le général de Gaulle et René Pleven, commissaire aux Colonies, la Conférence africaine française de Brazzaville avait adopté des recommandations qui visaient à améliorer la situation des colonies et des colonisés, en leur accordant plus de liberté et en les associant davantage à la gestion de leurs propres affaires. Mais « toute idée d’autonomie, toute possibilité d’évolution hors du bloc français de l’Empire » étaient écartées. En 1962, il ne reste plus de l’ancien empire colonial français que quelques « confettis » correspondant aux départements et territoires d’Outre-Mer ( DOM-TOM ) situés en Amérique, en Océanie et dans le Pacifique, où les revendications indépendantistes vont resurgir périodiquement. La décolonisation achevée, la France va désormais développer avec ses anciennes colonies, de nouveaux rapports fondés sur une coopération aux formes multiples, mais dont n’est cependant pas toujours absente la tentation néo-colonialiste : coopération militaire (la France « gendarme de l’Afrique », au Tchad, au Zaïre, en Centrafrique) ; coopération monétaire et financière ; coopération économique et culturelle.

Ébranlement de la confiance

Ces pertes, ces lacunes, ces renversements de situations ont-ils désorienté la conception de la France faite de contradictions entre une « grandeur » passée et un état de confusion et de vulnérabilité difficile à admettre et à endosser lorsqu’elles se trouvent projetées dans un avenir incertain oscillant en permanence entre la quête des retrouvailles avec la grandeur passée et les tentatives désespérées pour la retrouver à la moindre occasion. L’anomie est-elle la conséquence des mouvements de ce pendule qui oscille entre gloire passée et avenir morose ? Après avoir introduit le terme, Émile Durkheim, emploie le mot d’anomie dans son livre sur les causes du suicide pour décrire une situation sociale, caractérisée par la perte ou l’effacement des valeurs morales, religieuses, civiques et le sentiment associé d’aliénation et d’irrésolution. Le recul des valeurs conduit à la destruction et à la diminution de l’ordre social : les lois et les règles ne peuvent plus garantir la régulation sociale. Cet état amène l’individu à avoir peur et à être insatisfait, ce qui peut conduire au suicide. L’anomie provient du manque de régulation de la société sur l’individu. Il ne sait comment borner ses désirs, souffre du mal de "l’infini". Durkheim considère l’anomie domestique comme une cause potentielle de suicide, le taux élevé de divorces favorisant statistiquement le suicide. L’anomie est, dans nos sociétés modernes, un facteur régulier et spécifique des suicides et une des sources auxquelles s’alimente le contingent annuel. Le suicide anomique en diffère en ce qu’il dépend, non de la manière dont les individus sont attachés à la société, mais de la façon dont elle les règlement.

Bouleversements dans la société

L’anomie est courante quand la société environnante a subi des changements importants par exemple dans l’économie, que ce soit en mieux ou en pire, et plus généralement quand il existe un écart important entre les théories idéologiques et les valeurs communément enseignées et la pratique dans la vie quotidienne. L’anomie se comprendrait mieux et plus profondément entre autonomie et hétéronomie à travers les concepts chez Marx des valeurs d’usage et d’échange et les idées chez Jung d’introversion et d’extraversion reprises par Erich Fromm avec la distinction entre "aimer" et "être aimable". Le terme anomie est aussi utilisé pour désigner des sociétés ou des groupes à l’intérieur d’une société qui souffre du chaos dû à l’absence de règles de bonne conduite communément admises, implicitement ou explicitement, ou, pire, dû au règne de règles promouvant l’isolement ou même la prédation plutôt que la coopération. La mélancolie est un trouble de l’humeur caractérisé par un état dépressif, un sentiment d’incapacité, une absence de goût de vivre pouvant, dans les cas les plus graves, conduire au suicide. Toutefois cette définition est contestée car elle serait un avatar de la modernité. Le terme mélancolie recouvre plusieurs significations qui relèvent de son histoire dans la médecine, la psychiatrie, la psychanalyse et la philosophie ainsi qu’en littérature où elle est synonyme d’abattement, apathie, découragement, dépression, épuisement, prostration.

Trop de dépressions

La dépression serait commune en France, pays qui atteint le record d’absorption de médicaments antidépresseurs ce qui contraste étrangement avec le désir d’enfants, signifié qui s’oppose à celui de la perpétuation d’une espèce en voie de dévalorisation et de renoncement à la vie, au moins d’une réticence à la développer. Cette caractéristique nouvelle et contemporaine mérite des analyses sociologiques et psychologiques d’autant plus nécessaires que personne ne détient actuellement la clef de ce mystère, phénomène rare si on le rapporte à la fréquence observée dans les études démographiques. Cette contradiction qui intrigue les sociologues pourrait trouver une réponse partielle dans la protection sociale et familiale dont les femmes et la famille sont l’objet en France plus que dans la plupart des autres pays européens. Une explication dans ce sens pourrait trouver sa justification dans l’hypothèse selon laquelle la femme serait encouragée dans un premier temps à assumer la charge d’enfants, tâche dans laquelle elle trouverait une aide appréciable dans les efforts financiers de l’État et son soutien pratique mais que par la suite les avantages de cette action s’épuiseraient avec le développement des difficultés dans la vie professionnelle, familiale, conjugale, voire affective. Un telle éventualité devrait être étayée par un travail sociologique plus approfondi avant de pouvoir conclure à l’existence de cette apparente contradiction candidate à entrer dans une des exceptions dont la France a le secret.