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Enfance, mensonge et politique

dimanche 4 novembre 2012, par Picospin

Accorder au petit ce droit, c’est le considérer comme une personne à part entière, singulière et vraie, qui va interagir avec ses parents. Les mensonges des enfants servent à leur éviter les punitions, à affirmer leur personnalité, ou à protéger ceux qu’on aime. Les enfants sont capables de mentir, de distordre délibérément la réalité, dès leur plus jeune âge lorsqu’ils découvrent le mensonge " fantaisiste ", une manière d’obtenir ce qui est convoité ou de se protéger contre ce qui est redouté. Prétendre que c’est le chat qui a grignoté le bord du gâteau d’anniversaire avant qu’il soit servi est une manière d’échapper à une punition.

Quelle réalité ?

Les enfants sont capables de mentir, de distordre délibérément la réalité, dès leur plus jeune âge lorsqu’ils découvrent le mensonge " fantaisiste ", une manière d’obtenir ce qui est convoité ou de se protéger contre ce qui est redouté. Prétendre que c’est le chat qui a grignoté le bord du gâteau d’anniversaire avant qu’il soit servi est une manière d’échapper à une punition. Est-ce que le chat ment ou est capable de mentir ? Oui s’il se met dans la position de l’individu qui dérobe ses mets favoris dans l’assiette abandonnée par un enfant et dont il n’hésite guère à dérober le contenu au sus et au vu de la famille rassemblée autour de la table familiale, à l’occasion d’une réunion familiale comme celles qui se déroulent plus souvent en hiver qu’en été et qui tentent particulièrement les êtres vivants affamés, luttant contre le froid, ou plus simplement pour leur plaisir gustatif.

Les légendes

Les enfants baignent dans un univers de légendes faite de figures légendaires, plus virtuelles que réelles et que les adultes se plaisent à entretenir, jusqu’à ce que leur esprit de plus en plus affûté en rompe le charme. Avant 5 ans, les petits hésitent à mentir, car ils imaginent que les adultes peuvent lire dans leurs pensées et débusquer leurs stratégies. Cette conviction s’atténue progressivement jusqu’à ce qu’un premier petit mensonge réussisse pour que l’enfant s’aperçoive qu’il dispose de quelque chose de très précieux qu’on nomme personnalité, identité, intimité, auquel personne, pas même ses parents, ne pourra avoir accès. Réussir, par un mensonge ou un non-dit, à échapper à une sanction ouvre un espace de liberté et de transgression formidable qui peut servir à la fabrication d’un moi renforcé plus ou moins surveillé par un surmoi parental, divin ou autoritaire avec lequel il aura affaire pour s’en libérer, s’y soumettre ou s’en échapper parfois. Pour mentir, l’enfant doit être capable d’empathie, de ressentir les émotions de son entourage, devant lequel il va cacher ou feindre des comportements ou des pensées qui n’appartiennent qu’à lui seul, quitte à ce qu’il en confie une partie ou la totalité à son amie de cœur avec laquelle ou lequel il le partagera en signe de confiance, ou d’amitié.

Et les adultes

Plus tard, les enfants commencent à se rendre compte que les adultes eux-mêmes composent parfois avec la vérité, par facilité, pour éviter les ennuis, ne pas faire de peine, échapper à une dispute, ou valoriser leur image... Pourquoi alors ne pourraient-ils pas faire de même ? L’entrée au collège est le moment où s’opère le détachement entre enfants et parents. Les amis commencent à prendre de l’importance, et la nécessité de correspondre à leurs attentes afin de s’intégrer au groupe conduit parfois à multiplier les mensonges. A cet âge, l’enfant sait distinguer les mensonges sans gravité qui permettent d’échapper à une corvée ou de prolonger un moment agréable, tromperies plus graves qui altèrent la confiance réciproque. Le mensonge sert à masquer une réalité trop violente ou difficile à accepter et capable de conduire jusqu’au déni qui devient une défense ou une façon de se protéger. A l’adolescence, le sentiment de culpabilité tend à disparaître au détriment des valeurs parentales qui ne sont plus reconnues aux adultes.

Une différence assumée

Mentir est alors une façon de marquer sa différence, sa volonté d’émancipation et de la pleine possession de son autonomie. Selon une étude britannique, les adolescents mentent une fois sur deux à leurs parents. Ce travers peut devenir une habitude, un automatisme, un réflexe, dès lors qu’un obstacle se présente au mode existentiel. L’adolescent en arrive à se mentir à lui-même en construisant une stratégie de fuite ou de manipulation qui peut être un appel à l’aide et doit pousser la famille à intervenir avant que cette attitude ne compromette dangereusement son quitte à saccager la vie de son entourage. De cette cuvée d’excellents enfants prenant des libertés plus ou moins larges avec la morale, naissent les leaders de demain, grands capitaines, d’industrie, responsables administratifs, sinon hommes politiques dont la mission essentielle est de travestir la vérité pour obtenir de leurs interlocuteurs des avantages décisifs dans la conduite du pays qu’ils représentent, cas auquel le petit menteur d’hier devient le grand homme politique de demain, voire un héros pour son pays qui le couvrira de fleurs pour les métaphores qu’il aura utilisées, les semi vérités prononcées, les subterfuges proposées, les non-dits esquissés.

Métamorphoses du mensonge

En un instant, le mensonge va se muer en coup d’éclat, l’imposture en héroïsme, l’hypocrisie en manifestation de vertu. Si vous n’êtes pas convaincu de ces rapprochements, vous pouvez toujours vous référer aux grands moments de l’histoire, aux difficiles et scabreuses négociations diplomatiques, aux tergiversations des plénipotentiaires avant de vous adresser aux mémoires des grands hommes, même les plus récemment rencontrés, ceux qui ont laissé ou laissent un lourd héritage à leurs successeurs enfermés dans la trappe du devoir de négocier la catastrophique stratégie menant à la défaite sinon à la faillite et dont la responsabilité incombe bien plus aux premiers qu’aux seconds.

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