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Enseigner entre les murs ou dans le pré ?

A propos du film "Entre les murs"

dimanche 5 octobre 2008, par Picospin

C’est un danger réel. L’histoire du film, c’est un peu « splendeur et misères d’un succès annoncé ». Il y a un bonheur intense à être vu et « bien » consommé. En même temps, on a un peu l’impression de perdre le bébé, de plier sous le poids du sociétal et de l’idéologie.

Lisibilité derrière les murs

J’ai agi comme beaucoup de spectateurs en France : pour une fois, je vais vous parler d’un film que je n’ai pas ou pas encore vu. Il s’agit, - peut-être l’avez-vous deviné - du grand prix du Festival de Cannes, « Entre les Murs » dont la carte de visite la plus visible est déjà celle de son titre. C’est en effet entre les murs que se déroule l’éducation en France et plus particulièrement à Paris. Est-on certain que cet enfermement entre des pierres constitue le décor idéal pour apprendre, assimiler, contempler ou tout simplement prendre contact avec le monde qui est donné, je ne dis pas qui « nous » est donné ? Le décor de ces sites d’enseignement sur le modèle des établissements construits sous l’impulsion de Jules Ferry est très différent de celui « offert » ou payable par un état qui a fait de l’instruction publique gratuite sa devise, son enseigne et sa raison de vivre. Est-ce pour autant le cadre idéal pour inciter à l’épanouissement, à la réflexion, à la vie intérieure et à la qualité et à la multiplication des échanges que doit promouvoir la vie en commun entre des enfants et des adolescents d’une part des élèves et des enseignants d’autre part. Y a-t-il une contradiction entre l’enfermement en soi et dans un cadre donné et la difficulté pour des enfants éduqués selon les normes françaises de s’exprimer, de demander et de prendre la parole en toute liberté mais en respectant les règles élémentaires de la discipline et de la politesse, du respect de soi et des autres ? Des commentateurs et des critiques, - je préfère à cet égard le terme anglo-saxon de « reviewer » qui insiste moins sur l’aspect agressif du premier pour mettre davantage en exergue le rôle plus informatif du second – ont insisté sur la difficulté de placer sur le même plan l’enseignant et l’enseigné, entre celui qui transmet un savoir et celui qui le reçoit ce qui ne signifie pas nécessairement qu’il l’accepte ou le rejette.

Des enseignants généreux

Le côté dramatique du film a été plusieurs fois souligné en raison des efforts sincères, dévoués, généreux de la part des enseignants envers des enseignés qui ne se rendent pas toujours compte des efforts et des sacrifices qui sont faits pour que les seconds acceptent avec plaisir sinon joie les éléments transmis. On a dit que le discours actuel ou des générations actuelles ne trouve guère de correspondance avec celui prononcé par les représentants des générations précédentes ne serait-ce que parce que le langage, les comportements évoluent si vite parce que non ralentis par les limitations imposées ou imposables de la discipline que le simple fait de citer un imparfait du subjonctif fait rire plutôt que canaliser l’attention ou déclencher le moindre intérêt. Est-ce la fracture sociale ou celle des générations ? Pendant ce temps, priorité reste souvent donnée aux vers de Racine, prononcés à une autre époque, dans d’autres circonstances alors que possiblement, un petit tour dans l’espace, une ballade dans l’anneau des particules du CERN à Genève mobiliserait peut-être davantage l’attention, ouvrirait plus grands les yeux et les oreilles des élèves.

Vrai documentaire ou faux film ?

Le succès de ce film reste impressionnant. Il satisfait les plus exigeants même s’il est construit sur un subterfuge ou un biais. Ce n’est pas un vrai film puisqu’il est interprété par des acteurs amateurs ce qui les rend à la fois plus réels, plus vrais, mais moins à l’aise devant la caméra. On l’appelle documentaire fiction puisque justement il n’est pas entièrement construit mais inspiré par l’oeuvre d’un auteur qui voulait exprimer sa souffrance d’enseignant, ses frustrations, ses difficultés, les tensions générées entre un désir absolu de réussir, de communiquer, de transmettre et le rejet ou l’incompréhension manifestée à la sortie de son message et à son entrée dans la communauté des élèves. On ne peut guère en parler comme d’une enquête sociologique puisque ce débat a été volontairement esquivé par les auteurs de ce document.

Questionnement éthique :

1. Quels étaient les objectifs réels des auteurs de ce document filmé ?

2. Est-ce que ce dernier est susceptible d’aider à comprendre les problèmes et préoccupations des enseignants et des enseignés dans les circonstances actuelles ?

3. Est-ce qu’on a profité de l’existence de ce reportage pour réunir autour de lui les pédagogues, enseignants, spécialistes de l’éducation qui ont de plus en plus de difficultés à exercer leur profession et leur mission au sein d’une population multipolaire ?

4. Est-ce qu’une oeuvre de ce type peut prétendre à diffuser des valeurs normatives ?