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Où va le jazz, Monsieur ?

Enthousiasme et déluge dans le Gers

Où il peut, Monsieur...

jeudi 6 août 2009, par Picospin

Il en était de même hier soir, mercredi, lorsqu’un Jacky Terrasson renouvelé et renaissant s’est emparé du piano Steinways and Sons pour le marteler de ses deux mains puissantes et de ses doigts d’acier et le fouiller jusqu’à son intimité la plus profonde. C’est qu’en effet, il ne s’en est pas tenu à la simple exécution des ses fantasmes rythmiques venus du plus lointain des Antilles mais s’est permis de caresser les cordes de son instrument jusqu’à se permettre parfois de le frapper quand il refusait de répondre à ses injonctions.

Un nouveau jazzman

C’est donc un homme nouveau, un musicien métamorphosé que nous avons retrouvé hier soir, transpirant à grosses gouttes sur son clavier pour nous apporter les accents d’un jazz agressif, haut en couleur, surprenant, laissant en éveil une salle qui n’avait nullement l’intention de s’endormir, tellement les mains magiques de ce beau jeune homme avaient pris possession d’un instrument qui ne demandait qu’à réagir à la moindre incitation du créateur venu là pour matérialiser les idées qui ne cessaient de germer dans son cerveau imaginatif. Le public était enchanté, se dechaînait aux accents anciens et nouveaux de ce pianiste qui en l’espace de quelques mois a retrouvé facilement les souvenirs musicaux de ses ancêtres tout en les décorant des rythmes les plus modernes de son inspiration et de son improvisation.

Critiques

Des critiques parfois un peu acerbes ont postulé que de faire suivre cette exhibition de grande qualité par la facilité honteuse de son successeur américain sur scène, Ahmad Jamal, était inconvenant et risquait de mettre le premier en difficulté devant les assauts inconsidérés du second. Peut-être avaient-ils raison mais pour le moment ce dernier n’effaçait nullement les performances du premier. Lui aussi avait subi une métamorphose, après s’être débarrassé de son couvre-chef, de sa veste en raison de la moiteur ambiante qui avait précédé l’orage, même de ses lunettes pour se lever d’un bond de jeune perchiste de son tabouret et indiquer à ses compagnons de route les rythmes qu’il avait choisis, les accents qu’il souhaitait imprimer et les mélodies à faire deviner par des auditeurs plus que ravis et envoutés par la facilité de l’exécution, la parfaite entente entre batteur, percussionniste, bassiste.

Une chance

C’est que ce Monsieur qui avait eu la chance de fréquenter dans sa jeunesse des monstres du jazz et qui l’avaient imprégné de leur savoir et de leur inspiration, s’en est allé ensuite, libéré, joyeux, inventif parcourir le monde pour imposer au plus grand nombre ses inventions, ses créations et sa conception originale de la musique de jazz à la lumière de saccades infernales, de prouesses techniques au service desquelles s’étaient mis des doigts d’une longueur indéfinie, tels des arapèdes s’accrochant aux pans des partitions désormais inutiles puisque naturellement remplacées par la pure inspiration d’un cerveau constamment en éveil. De tout cela, le public était infiniment reconnaissant, applaudissant au moindre point de swing, à la plus discrète des syncopes qui, irrémédiablement les conduisaient vers l’issue du spectacle et d’une soirée inoubliable puissamment arrosée non par les eaux du Jourdain mais par celles qui n’hésitèrent plus à tomber d’un ciel d’orage comme le Gers en connait chaque année au cours de ce festival réussi et enchanteur.