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Entre chômage et émeutes : une interrogation ?

mardi 27 novembre 2007, par Picospin

Des statistiques ou des indices ?

Il n’est pas futile de jeter des coups d’œil sur les statistiques même si leur sécheresse, leur absence de poésie, leur caractère rudimentaire, sans nuances n’incite guère à la rêverie. C’est sans doute pour toutes ces raisons qu’elles ne sont consultées que trop parcimonieusement. Toutefois, ce que l’on peut y découvrir n’est pas sans intérêt. On peut par exemple y lire que si le taux de chômage en France n’est pas le plus élevé de la communauté européenne, pour les plus jeunes, la fréquence des plus jeunes sans emploi y est bien la plus forte.

Encore le chômage ou l’inactivité ?

Si l’on met en regard ces indices avec les ravages qui ont lieu en ce moment dans les banlieues parisiennes, on peut au moins y déceler un lien que certains trouveront ténu d’autres plus lâches, d’autres encore proches de la significativité, sinon carrément significatifs. Faut-il en conclure que le travail ou la mise au travail serait la solution de tous les problèmes, abouterait à la guérison de tous les maux. Pour l’instant, cette assertion reste à l’état d’hypothèse. On peut cependant s’interroger sur les raisons de la disparité constatée entre des pays qui n’ont pas la réputation d’être richissimes comme la Bulgarie, chère au Président de la République, ou même la Hongrie, qui lui est très proche par la naissance, et la France en ce qui concerne le taux de chômage des moins de 25 ans. La surprise est grande de trouver ce pays si mal classé puisqu’il n’est dépassé dans cette catégorie que par la Grèce. Ces chiffres sont difficilement contestables puisque publiés par le journal « Le Monde » du 27 novembre sous la rubrique des « indicateurs sociaux », en collaboration avec Eurostat.

Du chômage à la rébellion ?

Est-ce un hasard ou une nécessité que le même jour ou la même nuit éclatent de ci, de là, dans les banlieues du nord de Paris, des incidents que certains n’hésitent pas à appeler des émeutes ? Sont-elles due surtout aux mouvements d’opinion des jeunes, ou bien à un conflit de générations qui incarne ses valeurs extrêmes au cours des manifestations qui embrasent des quartiers et tuent avec ostentation les représentants de l’ordre établi, celui des plus vieux qui pourtant devraient être considérés comme les plus sages ? Et pourtant, certains des adolescents aux premières loges de la lutte, de la contestation ne tarderont pas à rejoindre la classe d’âge des adultes. Peut-être ont-ils déjà peur de devenir responsables et de se revêtir des habits du père, du professeur ou du chef ? Sans doute aussi, peut-on voir dans la réticence à endosser la responsabilité du guide vieillissant une application de la formule de Hegel lorsque ce dernier affirme que « la naissance des enfants, c’est la mort des parents ».

Mort des parents ?

Toute génération nouvelle, par son existence même entraîne vers sa fin celle qui l’a précédée avant de connaître le même destin. Rien d’anormal désormais à ce que la réflexion ait porté surtout sur le sens de cette succession, les valeurs qui sont véhiculées, le mode et les résultats de la formation des nouveaux membres et par suite l’affrontement des générations. Ces questions sont devenues cruciales. Les valeurs sont remises en question, la coordination des rôles sociaux est bouleversée, l’éducation suscite d’autant plus de problèmes que nul ne sait plus à quoi, à quel destin, à quel objectif le sujet est préparé et à quels conflits vont devoir répondre les nouvelles générations.

Archaïsme

Le modèle immuable des sociétés archaïques s’évanouit pour laisser la place à celui des sociétés modernes qui avancent sous la masque d’une société désacralisée d’où émerge la jeunesse, phénomène nouvellement apparu d’un groupe social qui forme des points de convergence avec la société technicienne. Cette dernière ne cesse de susciter des interrogations sur les âges de la vie, les rôles sociaux, l’éducation, la politique les valeurs, le temps pour aboutir à celles du sens. Comment apporter des réponses à cet ultime questionnement qui devient le nœud de toute signification à l’âge de toutes les orientations, de toutes les possibilités, de tous les changements d’orientation ? D’où la sempiternelle question du conflit des générations, thème dont les oreilles ont été saturées pendant les années de l’après guerre. Ce trop plein de propos peu enthousiastes, peu empathiques avait déjà orienté le débat vers un certain pessimisme à l’égard de cette thématique. Le nouvel état social, la nouvelle pensée se méfient de la stabilité, des états, des structurations connues et répétées pour pouvoir se donner la liberté d’en inventer toujours de nouvelles, en permanente adéquation avec les évolutions de la modernité.

Adéquation avec la modernité

Est-ce à dire que les nouveaux venus sur cette terre doivent conquérir à coups de conflits leur place dans la société ? Est-ce que les fraction de la société se dirigent tout droit vers un mur où, tels les adolescents électrocutés il y a 3 ans dans leur cavale après la poursuite de la police, ils ne peuvent que rencontrer que la mort, la fin de leurs rêves et de leurs cauchemars ? N’y a-t-il d’autre place pour eux que l’affrontement après l’incompréhension, la bagarre avant la victoire ou la défaite, le vide de la méconnaissance, de la suspicion, de l’interprétation vraie ou fallacieuse des conduites aboutissant inéluctablement au rejet quelles qu’aient été les voies empruntées ? Peut-on envisager l’éclairage par une lueur d’espoir ? Celle qui sortirait de l’ombre les autres conflits potentiels qu’ils s’appellent ethniques, raciaux, identitaires, communautaires ?
A éradiquer et à éviter soigneusement pour se prémunir de toute catastrophe sinon de l’implosion des sociétés. Le conflit est contagieux, la paix aussi. N’est-ce pas notre ultime espoir ?

Questionnement éthique :

1. Est-ce que le principe de liberté doit toujours prendre le pas sur celui de différence ?

2. Est-il légitime de toujours accepter ce dernier selon lequel il faut accepter les inégalités sociales et économiques à condition qu’elles soient aménagées au bénéfice des plus défavorisés ?

3. Est-il vrai que ce principe de différence selon lequel les avantages doivent bénéficier aux moins favorisés remanie celui du libéralisme qui avantage les agents les plus entreprenants et celui du socialisme qui soutient les plus mal dotés ?

4. Est-ce que les principes d’égalité et de différence sont capables à eux seuls de prendre en compte les inégalités et corriger les injustices de la vie ?
5. N’y a-t-il pas là une référence à Aristote qui dans "l"Ethique à Nicomaque" s’efforce d’adapter les lois et décrets aux circonstances particulières ?