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Une lipothymie : qu’est-ce que c’est ?

Entre l’Ubris et l’état prométhéen

Simple évanouissement sans perte de connaissance (rare à l’effort)

lundi 27 juillet 2009, par Picospin

La relation tombe à pic puisque ce dernier vient de se terminer sur les Champs Elysées à la gloire du sport, des prouesses et des exploits exceptionnels, même s’ils touchent de très jeunes talents à peine éclos, des professionnels confirmées ou des champions d’un autre âge qui veulent transcender leur condition humaine, fut-elle celle d’un coureur cycliste ultra entrainé, vivant dans un carcan d’hygiène, d’alimentation, d’horaires réglés comme papier à musique.

Noblesse

Pour des raisons sans doute empreintes d’une grande noblesse, un Monsieur de 38 ans, après avoir effectué avec une certaine facilité 7 tours de France a cru bon de s’asseoir à nouveau sur une selle de vélo, pédaler au rythme qu’il avait suivi plusieurs années auparavant pour apporter plus de solidité financière à sa fondation pour la recherche sur le cancer dont lui-même avait été victime. Cette situation n’avait pas empêché des esprits dits sportifs et malins de contester la réalité de cette maladie et de l’offrir comme prétexte à l’absorption régulière et outrancière de produits dopants. Ainsi sali par la vindicte populaire contre un tour de France considéré comme exempt de propreté, il avait du faire face à des bruits divers qui, plus forts que les signaux émis en faveur des prouesses sportives naturelles, avaient singulièrement terni son image sans que la moindre preuve en faveur d’une transgression quelconque de l’absorption de produits dopants ait pu être fournie. Il est vrai que ce fut l’époque d’un antiaméricanisme primaire lié, non sans raison, à la guerre en Irak, à la conduite politique d’un Président au moins inexpérimenté sinon maladroit et enfoui dans une rédemption impossible et indéfinie à la suite d’excès alcooliques largement publiés.

Champion avec ou sans substances

Il apparaît maintenant que celui qui fut par moments un champion particulièrement doué même à l’aide de substances interdites, est devenu du jour au lendemain un preux tel qu’on les aime en France, c’est-à-dire, courageux à l’excès, défiant les conditions élémentaires de la physiologie et par ailleurs généreux et un peu sacrificiel. Au même moment, un autre être humain qui cette fois est aussi un héros par son énergie farouche, sa volonté inébranlable de renverser les limites inhérentes à la physiologie humaine vient d’être rappelé à l’ordre par les lois statistiques de la vie selon lesquelles on ne peut, sans dommages, outrepasser de façon prolongée la normativité, surtout si le mode de vie habituel n’est pas constamment dévié en faveur d’un surentrainement physique et moral visant à atteindre un certain degré d’excellence du fait d’un dépassement permanent de soi pour atteindre des niveaux de performance extrêmes. Est-ce le cas de M. Sarkozy qui mène depuis de nombreuses années une vie politique aux allures de champion de courses, sans la moindre interruption pour se poser devant un massif de fleurs, respirer les parfums de la garrigue ou des mimosas, lever les yeux sur les massifs montagneux décalottés de la blancheur de leur glace et de leur neige, écouter le chant des rossignols, les roucoulades des colombes, les déplacements saccadés des chauve-souris à la tombée de la nuit.

Prendre le temps ?

Ces activités donnent un sens à la vie, permettent de vivre à son rythme et de sceller un pacte d’harmonie avec elle. Faute de quoi, l’avertissement survient sans cris ni alarme, pour couper le souffle de la respiration, accélérer ou ralentir la fréquence d’un cœur qui n’a battu depuis son début qu’au rythme des émotions induites par la gloire, la défaite, les rancunes ou la volonté de revanche, la volonté opiniâtre de montrer à la France et au monde qu’il élabore, réfléchit et traite plus vite que son ombre. Pour quelle raison ? Empêcher l’interlocuteur de le devancer dans la répartie, la contre-proposition ? Montrer qu’en termes de rapidité de réaction, il agit le plus vite, qu’il bloque les coups de l’adversaire et qu’il peut contre-attaquer à tout moment ? Cette fois, il a été pris de court par ce « malaise » survenu en pleine action, en pleine course et qu’on s’est hâté d’appeler « vagal » sans que médecins et cardiologues se souviennent que ce diagnostic s’établit par défaut après avoir éliminé une hyperventilation, une hypoglycémie (baisse du taux du sucre dans le sang), un dysfonctionnement labyrinthique, une hypotension orthostatique (baisse de la pressions artérielle en position debout), une migraine ou des troubles du rythme cardiaque transitoires, indétectables sans la mise en place d’un enregistrement prolongé de l’électrocardiogramme (Holter).

Un diagnostic éclair

Il apparait donc que ce diagnostic a été rapidement, sinon trop vite porté, car il est impossible de réaliser toute la « batterie de tests » en si peu de temps, c’est-à-dire en une courte nuit alors que le simple examen par la technique Holter prend facilement 24 heures sans compter le temps nécessaire au dépouillement des données. Dans cette perspective, on a voulu en haut lieu plus rassurer qu’assurer. Le New York Times ajoute que l’activité du Président était « hectique » et qu’il n’a cessé de mener sa vie à toute allure, y compris celle du domaine privé au cours de laquelle il divorça rapidement et se remaria avec Carla Bruni, chanteuse italienne qui veille sur son destin … et le nôtre. On ne cesse de louer son honnêteté en ce qui concerne les publications sans maquillage de ses bulletins de santé ce qui ne fut le cas ni de Mitterrand qui a caché son cancer de la prostate ni de Chirac dont on n’a jamais officialisé le véritable état clinique et physique.

Questionnement ethique :

1. Peut-on autoriser des personnages, même proches des milieux politiques, accabler de leurs commentaires médicaux qui font appel à une connaissance approfondie d’une spécialité, en l’occurrence la cardiologie, les medias et relais officiels de la politique pour diffuser des informations qui ne sont ni fondées scientifiquement, ni rationnellement et encore moins dépendantes d’une véritable responsabilité envers les acteurs de l’évènement, le patient en premier lieu et la horde des médias, prédateurs affamés de nouvelles à sensation ?

2. Peut-on aussi laisser croire que tout problème médical peut être résolu en quelques heures même si les examens sont parfaitement programmés et que toute une équipe est au garde à vous pour attendre les données, les échantillons, les prélèvement et l’imagerie alors qu’aucun temps supplémentaire n’est laissé à la coordination des résultats, à la réflexion sur le diagnostic, les antécédents, l’anamnèse et en fin de compte au pronostic dont l’importance est primordiale lorsqu’il s’agit d’un chef d’état de l’importance du Président de la République française ?

3. Est-ce que l’avertissement qui vient d’être adressé à ce patient célèbre est susceptible de l’aider à ralentir le rythme et l’accélération de ses efforts, de ses initiatives, de ses actions politiques et sociales à un moment où la crise incite certes à l’action mais aussi et surtout à une rationalisation de la pensée, des actes, des décisions et des engagements ?

4. Dans la situation clinique qui est la sienne, est-ce que M. Sarkozy avait à inscrire en priorité absolue la visite, l’entretien et la réception du Président d’un club de football, fut-il important à ses yeux parce qu’il représentait la ville de Paris dont il n’est pourtant pas le maire ?