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Entre les murs gris et hors des campus verdoyants

Entre les murs gris hors des campus verdoyants, quel avenir pour l’école de la République ?

Une saga au nord de Paris

vendredi 30 mai 2008, par Picospin

Ces dernières, comme chacun le sait ne sont pas motivées uniquement par la situation financière du pays avec ses dépenses publiques mais surtout par les exigences de la Commission Européenne qui tord le cou à la France pour ne pas se conformer à ses lois et règlements. Pour désamorcer le caractère dramatique d’un conflit qui met en jeu et en scène le Parlement, le Ministère des l’Education Nationale et celui des Finances, l’arrivée d’une œuvre cinématographique est de nature à déplacer le débat de la froideur administrative et de la tension générée par les passions d’une nation élevée dans le culte républicain de la laïcité de l’enseignement public.

Amputation sans anesthésie

Comment a-t-on pu songer une seconde à amputer le budget de l’Education Nationale pour le reverser - qui sait – à la construction de porte-avions imaginaires qui ne sont même pas encore en chantiers et qui risquent de ne l’être jamais ou au mieux dans 3 ou 4 ans. Cette perspective a eu le don de mettre en fureur les principaux protagonistes de cette bataille entre fonctionnaires, syndicats, gouvernement parents d’élèves sinon élèves. La restriction même partielle du nombre des enseignants a été justifiée par des arguments plus que discutables parmi lesquels figure l’inefficacité présumée d’un nombre supplémentaire de professeurs. On pense en haut lieu que ce n’est pas la quantité des enseignants qui est susceptible d’augmenter la qualité des élèves mais leur qualité, l’organisation de l’enseignement, l’adaptation des horaires au mode de vie moderne et l’adéquation des moyens en général aux besoins pédagogiques d’une société qui veut se frayer un chemin dans l’avenir des sciences, des connaissances et la communication. Pour expliquer ces projets élaborés par les grands pédagogues des Ministères, rien ne saurait être plus efficace que de réduire à des images, des symboles, des allégories a minima les tensions générées par les réflexions philosophiques, sociétales, éducatives enfouies depuis longtemps dans les ruines laissées par les anciens, revigorées par les concepts scholastiques, dogmatiques de nos prédécesseurs latins, arabes ou grecs et remises au goût du jour par les religieux auxquels ont succédé les partisans profondément et passionnément impliqués dans le jeu des Lumières.

Jeu de Lumières

D’où l’intérêt d’un film comme celui décrit ici et qui a le mérite de présenter au monde une société multiculturelle apaisée par la grâce d’un enseignant de qualité, dévoué à ses élèves, et qui s’efforce de montrer qu’une autre voie est possible dans un pays qui a eu à connaître à moult reprises de véritables combats de rue, des manifestations de masse, des actes de vandalisme, tous signes destinés à montrer le mal être qu’éprouve une génération qui se croit mal dans sa peau, sans avenir, sans rêves et sans aucune occasion de décharger son angoisse, ses terreurs et la négativité de ses perspectives. Qu’a fait le film pour aider cette jeunesse désemparée à vivre et survivre ? Entre les murs éclaire ce mystère en mettant les outils de l’expérience directe au service de la fiction. Cette greffe est rendue possible par l’existence d’un individu qui occupe une multiplicité de positions au centre du document qui vient d’être livré aux regards et au jugement du public du Festival de Cannes. François Bégaudeau, à la fois sujet (il a été professeur), inspirateur (il a écrit un roman tiré de son expérience d’enseignant) et le coscénariste impose sa mise en scène fluide et rigoureuse. Le scénario, à première vue fait d’une succession de séquences disjointes, révèle progressivement une construction dramatique intense. Comme son titre l’indique, "Entre les murs" ne sort jamais de l’enceinte d’un collège du 20e arrondissement de Paris où Bégaudeau enseigne le français.

Enfermement ?

Le parti pris est de ne montrer qu’une seule des classes de l’enseignant, une quatrième, de septembre à juin ce qui permet, comme annoncé précédemment de réduire l’œuvre qui pourrait brasser assez largement aux dimensions d’une petite histoire, d’une anecdote, d’un moment permettant de concentrer cette description sur un épisode qui n’est que trop connu des détails, des vicissitudes de la vie d’un groupe d’élèves s’avançant vers leur avenir. L’essentiel du film est consacré à des cours qui prennent un tour comique, violent ou polémique pour échapper élégamment à une des composantes essentielles de la vie scolaire : l’ennui. Pour insuffler de la vie dans cette rencontre intergénérationnelle, ces heures de classe sont ponctuées de réunions, de conseils de classe, entre professeurs, entre enseignants et parents qui apportent parfois du dehors ce que l’on ne saurait trouver dans une telle citadelle imprenable. Monsieur Marin veut à la fois séduire et en imposer, et se sert à loisir d’une ironie parfois cruelle pour amuser et tenir à distance ses élèves. A ce "jambon-beurre" narquois, ces derniers, en majorité issus de l’immigration, opposent le langage de la rue – les mots, les gestes, les vêtements. A chaque séquence consacrée à un cours, le metteur en scène essaie de ménager un suspense pour deviner si le dialogue va s’engager sans que la réponse surprenne ou interroge. Sans esquiver les pièges que doivent affronter enseignants et enseignés, le film couvre en deux heures le très long cours du fossé qui sépare François Marin de ses élèves.

Discipline sans exclusion

Cantet et Bégaudeau font travailler à plein les contradictions de l’école en France : le souci de ne pas exclure et la volonté de maintenir la discipline ; la reconnaissance de la diversité et l’enseignement d’une culture unique. Progressivement, le film se cristallise autour d’une affaire qui oppose François Marin à sa classe. Le professeur paie chèrement une erreur d’appréciation commise pendant un conseil de classe. De malentendus en raidissements, il se met à dos des élèves que l’on aurait crus ralliés à la cause de l’école. Ce conflit culmine en un conseil de discipline déchirant, pendant lequel une mère qui ne parle pas le français, à qui l’on ne traduit rien, voit son fils traduit en justice. Le goût amer que laisse cet épisode achève la construction d’Entre les murs, qui, plutôt qu’un plaidoyer, offre un constat lucide sur une école menacée.

Questionnement éthique :

1. Martin Buber, grand philosophe contemporain a écrit quelque part que la relation enseignant enseigné était la clef de l’éducation. Que penser de cette affirmation la lumière des difficultés éprouvées par les premiers pour apporter des connaissances aux seconds ?

2. A quels phénomènes peuvent être dus les manifestations de révolte et de violence de certains jeunes vis a vis des contraintes imposées par la société ?

3. Est-ce que l’idée de faire un film des tensions observées dans les écoles est susceptible d’apaiser les esprits et de permettre ainsi l’ouverture d’un dialogue entre professeurs, sociét, parents et enfants ?

4. Est-ce que les phénomènes d’hostilité et de violence observés en France y sont plus marqués que dans d’autres pays ?

5. Est-ce qu’ils jouent un rôle dans la qualité des résultats obtenus aux contrôles des connaissances et sur le niveau général de l’enseignement ?


Sources :
Critiques de films : Le Figaro, Le Monde, Festival de Cannes.