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Epuisement et erreurs ou maladresses ?

Les faux-pas de Hillary Clinton ?

lundi 26 mai 2008, par Picospin

Hillary Clinton s’est excusée d’avoir tenu des propos malheureux au sujet de l’assassinat de Bobby Kennedy, en 1968, pour justifier sa volonté de rester dans la course à l’investiture contre Barack Obama, qui a été placé sous une protection exceptionnellement renforcée par les services secrets depuis plus d’un an. En laissant entendre qu’elle pourrait souhaiter la mort de Barack Obama, la candidate a réduit ses chances de s’allier à lui pour un « ticket ». L’Internet et les blogueurs sont les pires ennemis des candidats maladroits.

Propos d’Obama...

Après Barack Obama, piégé par ses commentaires sur les Américains « amers qui s’accrochent à leurs fusils et à la religion », Hillary Clinton s’est égarée en prononçant une phrase lourde de malentendus, lors d’un entretien vendredi avec un journal du Dakota du Sud. Aussitôt reprise sur le site Web du « New York Post » et répercutée dans la blogosphère, la déclaration a soulevé un tollé. : « Nous nous souvenons tous que Bobby Kennedy, alors qu’il était candidat à l’investiture démocrate, a été assassiné en juin 1968, en Californie ». Ce n’était pas la première fois que la candidate faisait allusion à une tragédie dont on commémorera, le 5 juin, le quarantième anniversaire. Elle s’y est déjà référée en mars en expliquant à « Time Magazine » que « les compétitions des primaires duraient bien plus longtemps » dans le passé. Et de citer, outre l’exemple de 1968, celui de 1992 « où mon mari n’a pas bouclé la nomination avant juin », pour mieux justifier sa propre volonté de rester en cours e jusqu’aux dernières consultations, le 3 Juin prochain. Mais les mots les plus anodins n’échappent pas au contexte dans lequel ils sont entendus.

Et de Hillary...

Les propos de Hillary ont été mis en parallèle avec les rumeurs agitées dans l’entourage de Bill Clinton, d’une vice-présidence dont elle pourrait se contenter en attendant mieux. Compte tenu des événements du passé et des risques actuels pesant sur celui qui pourrait devenir le premier président noir des États-Unis, la position de recours sur le ticket démocrate ne serait pas négligeable. Hillary Clinton, qui dit n’ambitionner rien moins que l’investiture, s’est aussitôt excusée auprès des Kennedy, « en ces temps de traumatisme pour tout notre pays ». Elle faisait allusion à la tumeur cancéreuse au cerveau récemment diagnostiquée chez le sénateur Edward (Ted) Kennedy. À Porto Rico, où se disputera l’une des trois dernières primaires, Barack Obama a confié samedi avoir « appris que quand on fait campagne depuis de longs mois (…), on devient parfois négligent dans les déclarations que l’on fait, et je crois que c’est ce qui s’est passé en l’occurrence ». Dans un éditorial, le « Washington Post » a cependant estimé que « d’évoquer le spectre de l’assassinat d’un rival, même de façon non intentionnelle, c’est rendre réelle une chose vraiment terrible. C’est presque une façon de prendre ses désirs pour des réalités ». Au sein du clan Kennedy, partagé entre Clinton et Obama, seul Robert, fils aîné du candidat assassiné, s’est exprimé en exonérant Hillary : « Il est clair, d’après le contexte, qu’elle invoquait une circonstance politique familière afin d’appuyer sa décision de rester dans la course en juin. Je crois que les gens auraient tort de s’offusquer. » Robert Junior comme deux de ses sœurs, soutient la candidature Clinton.

Les Kennedy divisés

En revanche, son oncle Ted et Caroline Kennedy, la fille de l’ancien président lui aussi assassiné, se sont prononcés très tôt pour Obama. La seconde a écrit dans le « New York Times » que la campagne du jeune sénateur nourrit un enthousiasme lui rappelant celui suscité par son père A peine sorti de l’hôpital Ted réfléchit sans doute plus à son traitement en faisant du bateau au large du cap Cod qu’à son implication future dans les joutes électorales d’Obama. Le patriarche de la dynastie aurait sans doute aimé jouer pour son nouveau protégé un rôle aussi actif qu’auprès de John Kerry en 2004. Mais il n’a pu lui faire gagner la primaire du Massachusetts, l’État dont il est l’élu depuis un demi-siècle. Un de ses conseils, pour le moins, sera sûrement suivi : celui d’exclure une vice-présidence Hillary Clinton, que le dernier épisode vient de rendre encore plus improbable. Proche de la candidat e, le Dr Irene Finel-Honigman, qui enseigne à Columbia University, affirme qu’une telle hypothèse n’est pas dans les plans de Hillary : « Sa déclaration sur Robert Kennedy était une énorme bourde qu’il faut mettre sur le compte de la fatigue. Elle est épuisée. La vice-présidence ne serait nullement dans son intérêt. Le ticket dit de rêve est un ticket cauchemar : un Noir et une femme à la fois, c’est trop pour une certaine Amérique.

Questionnement éthique :

1. Que doit-on penser des arguties, invectives, injures, colères exprimées par les divers candidats au cours de ces campagnes électorales très ou trop longues, tendues, où les enjeux sont sans doute énormes au point d’épuiser les protagonistes et de leur faire commettre des erreurs majeures dans leur parcours vers les sommets ?

2. Est-ce qu’une lutte fratricide entre deux candidats d’un même parti mérite une confrontation aussi violente devant les yeux et les oreilles d’un peuple médusé et d’une opposition qui ne saurait que tirer profit d’une bataille aussi acharnée ?

3. Ces dures batailles sont-elles le prix très lourd à payer pour l’exercice honnête d’une démocratie ?

4. Que peut faire une démocratie pour atténuer les effets des déclarations enflammées et des affirmations catégoriques penchant davantage du côté de la passion que de la raison ?


Sources : le Figaro : 26 mai 2008