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Faut-il des diplômes pour donner un avis médical ?

Esculape ou l’exercice illégal de la médecine

Droit de parole, de diagnostic et de pronostic

mardi 28 juillet 2009, par Picospin

Faute d’avoir rempli ces conditions, tout individu pris en flagrant délit d’exercice de la médecine est susceptible d’être poursuivi pour exercice illégal de la Médecine. « Exerce illégalement la médecine :
1º Toute personne qui prend part habituellement ou par direction suivie, même en présence d’un médecin, à l’établissement d’un diagnostic ou au traitement de maladies, congénitales ou acquises, réelles ou supposées, par actes personnels, consultations verbales ou écrites ou par tous autres procédés quels qu’ils soient, ou pratique l’un des actes professionnels prévus dans une nomenclature fixée par arrêté du ministre chargé de la santé pris après avis de l’Académie nationale de médecine, sans être titulaire d’un diplôme, certificat ou autre titre mentionné à l’article L. 4131-1 et exigé pour l’exercice de la profession de médecin, ou sans être bénéficiaire des dispositions spéciales mentionnées aux articles L. 4111-2 à L. 4111-4, L. 4111-6, L. 4111-7, L. 4112-6, L. 4131-2 à L. 4131-5. »

Opinions médicales de médias

A la lecture des différentes opinions exprimées dans les médias sous quelque forme que ce soit, on ne peut qu’être ébahi par la kyrielle de diagnostics, pronostics, conseils thérapeutiques, hygiéno-diététiques qui ont fondu sur la personne du pauvre Président qui se trouvait ainsi puni d’avoir osé esquisser quelques pas de course à l’ombre de la Lanterne d’habitude si accueillante, si ombragée, si fraiche malgré la chaleur environnante d’un été 2009 en plein mois de juillet au moment où le soleil se trouvait au zénith et adressait aux mammifères supérieurs que nous sommes ses radiations UV capables de casser les chromosomes de la peau pour les initier au cancer, aux carcinomes de toutes sortes si ce n’est aux redoutables mélanomes qui risquent de conduire tout droit aux instituts du cancer chers aux anciens Présidents de la République y compris l’avant dernier en date répondant au nom de Jacques Chirac.

Un fragile Président

Tout le monde s’est mis de la partie pour protéger le fragile Président, s’en rendre responsable, tellement ils paraissaient attachés à sa personne en expliquant qu’eux-mêmes avaient déjà connu de telles expériences, qu’elles étaient bénignes, ne justifiaient qu’un peu plus de repos car, naturellement, ces accidents n’étaient dus qu’au surmenage et que cette alerte avait été envoyée par quelque dieu de la médecine, du nom d’Asklépios, notre Esculape, capable de rassembler au bénéfice des malades la cohorte des filles du roi de Cos, Panacée en tête, celle qui a réponse et remède à tout et dont le genre explique sans doute la féminisation de la profession de médecin dont le pourcentage est en train de dépasser majestueusement celui des hommes, désormais réduits aux tâches subalternes même s’il reste encore quelques esprits rancuniers pour refuser le regard médical passablement concupiscent des femmes sur les corps dénudés de la virilité. Dans la compétition du savoir ou du non-savoir médical, nombreux sont les concurrents qui ont donné de la voix pour émettre leur avis pertinent sur cette « lipothymie » bénigne, « on tombe dans les pommes » expression bien connue dont sont victimes les nombreuses personnes sensibles aux émotions, à la vue du sang ou à des spectacles insupportables à leurs yeux. Dans cet exercice, certains proches de Sarkozy ont franchi le seuil de la rationalité et de la bienséance par l’émission d’avis hautement autorisés du fait même de l’absence de toute éducation médicale et de leur appartenance à une tradition plus proche des sortilèges, de la magie, de la sorcellerie, du chamanisme.

Chamanisme et sortilèges

Ce dernier constitue une des plus vieilles formes de spiritualité de l’humanité, redécouvert grâce à l’oeuvre de Carlos Castaneda ou aux écrits de l’ethnologue Mircea Eliade ( Le chamanisme et les techniques archaïques de l’extase, 1968). Il offre à notre monde moderne une approche holistique de la vie : « Retrouvons l’harmonie avec la nature et la vie qui nous entoure, prenons conscience de nos illusions, et de nos conditionnements et vivons plus au présent ». Les Chamanes, qui voient la terre, les animaux et les hommes comme des parties d’une entité entière en évolution, mettent en garde contre la culture occidentale matérialiste qui, partout, veut imposer sa loi du déracinement, rompant les liens avec les forces naturelles de la terre et du cosmos. De nombreuses prophéties de Chamans parlent de notre époque comme de l’approche de l’inévitable fin du monde. En effet nous sommes peut-être en train de détruire progressivement notre propre monde. Espérons que le malaise de M. Sarkozy ne préfigure aucunement de tels évènements ni de telles prophéties. C’est dans cette perspective que le porte-parole de l’UMP avait d’abord parlé, lors de son point presse, d’un « accident cardiaque » à propos du malaise de Nicolas Sarkozy.

Un malaise célèbre et célébré

Et ce alors que l’Elysée avait fait état d’un « malaise lipothymique d’effort » sans cause, ni conséquence cardiologique. Il a été obligé de publier un communiqué, assurant qu’en réalité, il avait voulu élargir ces termes « à tous les Français et tenir compte de la nécessité pour tout citoyen de retenir l’existence d’une telle alerte et de prendre du repos », précise Lefebvre dont la question de l’avenir est posée, puisqu’il a du rendre son siège de député à André Santini, dont il est le suppléant. « C’est à cette occasion que j’ai employé le terme cardiaque en l’élargissant à tous les Français ». Lefebvre a souligné qu’il il n’entendait « pas se substituer aux médecins qui, à la suite des examens effectués, ont constaté que les qualificatifs de vagal ou cardiaque, pour définir un tel malaise, n’étaient pas appropriés. D’autant qu’ils n’ont diagnostiqué ni cause, ni conséquence cardiaque dans cet accident. » Un peu plus tôt, comme on lui demandait s’il s’agissait d’une « alerte » pour la santé du Président, Lefebvre a répondu : « si personne ne considère qu’un accident cardiaque est une alerte, qu’est-ce qui peut être une alerte ? » Le court séjour de Nicolas Sarkozy au Val-de-Grâce rappelle, s’il en était besoin, que chacun d’entre nous, quels que soient son âge et sa condition, est amené à fréquenter l’hôpital.

Une délicate mécanique humaine dans de fragiles hôpitaux

La mécanique humaine est délicate même pour un « hyperprésident ». Nul ne sait si ce dernier aura pensé lors de son admission à la réforme, adoptée aux forceps ce printemps, des hôpitaux. Cet aléa offre l’occasion de revenir sur l’entrée en vigueur de la loi Bachelot dont les incidences ont été largement sous-estimées par l’opposition et les patients. Face à des comptes publics calamiteux Nicolas Sarkozy avait choisi la méthode forte en imposant d’aborder la gestion des hôpitaux à travers une logique économique. Si l’Elysée a soulevé les bonnes questions, il a apporté, avec le concept de rentabilité, la mauvaise réponse. La santé à un prix. Si des économies sont possibles, et souhaitables, il est illusoire de penser que celles-ci sont aisées à réaliser. Elles ne peuvent dans tous les cas se faire sans la coopération des personnels soignants. Or ceux-ci submergés par le travail sont déjà dans une logique d’austérité. De leur côté la famille politique qui règne sur le nord-ouest de la région parisienne, choyée par l’Elysée, donne de la voix et de ses opinions par le récit de leurs expériences pathologiques pour les porter en témoignage au profit du Président et rassurer pleinement famille, parents, politiques sur la solidité et l’avenir radieux de leur ami. Tout ceci, pour les uns comme pour les autres sans diplôme.

La nouvelle République les aurait-elle tous égarés ?

Questionnement éthique :

1. Peut-on exercer la médecine sans diplôme en la limitant à des actes mineurs et à quelques conseils de base ?

2. Peut-on se permettre de faire part de ses propres expériences quand on n’est pas médecin pour guider le comportement des malades sans les soumettre à des actes spécifiquement médicaux ?

3. Peut-on se livrer à ce type d’activité en le diffusant par les médias quitte à influencer les malades concernés par des problèmes médicaux et à degré de plus de leur conseiller tel type d’intervention par rapport à un autre ?

4. Est-ce que le diplôme de docteur en médecine suffit à garantir la qualité, la légitimité et la permission d’intervenir dans la vie des malades ?