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Espoir dans une démocratisation universelle

vendredi 8 novembre 2013, par Picospin

. Les sociétés modernes, celles qui bougent, se définissent par des pratiques mais aussi par des représentations d’elles-mêmes. Au Moyen Age, la société se pensait en termes religieux. Et de même que le XVIIe siècle a pensé la société en termes politiques, les XIXe et XXe l’ont fait en termes sociaux. Ce dernier siècle n’a pas cessé de parler de problèmes sociaux. La société « sociale » a culminé chez nous avec le welfare state et les « trente glorieuses ».

Une autre société

La société « sociale », qui se définit par le travail, les classes sociales, l’action transformatrice, est aujourd’hui la frontière, le monde dont nous venons car cette identification s’est écroulée, a été mise en ruine par un capitalisme qui n’est plus d’ordre industriel mais d’essence spéculative, globalisée par des Etats, des quasi-États autoritaires, face auxquels ne restent que des individus qui ont perdu leur capacité d’agir. Le social n’est plus porteur de sens, car autrefois, la société se saisissait elle-même comme source de sa propre liberté contrairement à la situation actuelle caractérisée par l’écroulement du monde social et le déchaînement de la violence antidémocratique à travers le monde, situation qui exige de faire confiance aux hommes eux-mêmes, à leur puissance de créativité et de liberté. L’expérience du totalitarisme a montré la force des résistants, des dissidents, de tous les gens qui font l’expérience de l’action volontaire tous signaux qui incitent à l’espoir de voir revenir Voilà pourquoi je vois revenir au grand galop la vieille idée des droits de l’homme véhiculés par l’éthique, les droits fondamentaux grâce auxquels on réagit sur le mode de l’indignation, du scandale, selon une ligne de partage qui est celle du bien et du mal ce qu’auparavant, on faisait en fonction d’une défense des intérêts, comme le font les Bretons actuellement, et c’est leur droit.

Droits fondamentaux

Pourtant, aujourd’hui, ce qui prime, c’est l’affirmation, au-delà des droits sociaux ou culturels, des droits fondamentaux, c’est-à-dire universels. Les gens se battent contre l’humiliation, pour leur dignité qui tend à s’étendre à l’universel concrètement vécu. Une histoire du XXIe siècle comme siècle de la démocratisation du monde se déroulerait comme un marathon qui partirait de Tiananmen, passerait par les « printemps arabes » et la Birmanie, bref par toutes les luttes qui libèrent l’esprit démocratique sous la forme de mouvements sociopolitiques car la démocratie, ce n’est pas seulement des institutions, comme l’ont cru les Occidentaux.

Les femmes en première ligne

Les gens ne se font pas tuer pour la séparation des pouvoirs mais pour la conquête de leurs droits qui correspond à la construction d’un front éthique, dont les femmes sont les agents principaux en faveur d’un mouvement démocratique - parce qu’elles ont été privées de droits – dont elles sont les principales actrices pour la reconstruction d’une expérience vécue qui est la capacité d’agir avec toute sa personnalité, corps et âme. La démocratie sera moins liée à l’hégémonie de l’Occident qu’à une portée profondément universaliste, mouvement en faveur de la démocratie active, dans lequel l’Occident risque de rester à la traîne, pour se contenter d’un esprit gestionnaire, défensif, dépouillé de sa passion démocratique ce qui n’empêche nullement d’espérer que, au niveau mondial, le siècle qui commence puisse devenir celui des victoires de la démocratie.

Le retour du "care"

Dans cette perspective, on peut se demander si les mouvements féminins et féministes tendus vers l’altérité, le soin aux malades, aux vulnérables, aux mourants, en un mot aux plus fragiles issus du mouvement du "care" inauguré en Angleterre à la fin du 20è siècle ne constituent pas les prémisses d’un nouvel élan de solidarité, d’une autre impulsion exercée sur l’altérité pour raffermir la cohésion d’une société trop attirée par l’égocentrisme, l’individualisme au risque de se dissoudre comme pourraient le faire les électrons sortis de l’attraction des noyaux pour voguer de façon anarchique autour d’eux.

d’après Alain Touraine, Le Monde