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Une question éternelle ?

Est-il rationnel de partir à la recherche du bonheur ?

Quelle définition donner au concept de bonheur ?

lundi 21 juillet 2008, par Picospin

Quelles sont les conditions susceptibles de favoriser le bonheur - du point de vue scientifique, économique, psychologique, politique et géographique – qu’on le juge sur des critères objectifs ou subjectifs ? En d’autres termes, qu’est-ce qui nous rend heureux ?

Recettes

Si les livres sur le développement personnel prétendent apporter des recettes miracles pour accéder au bonheur, il ne suffit pas de lire un manuel ou de suivre un stage « New Age » pour se sentir plus profondément heureux. Depuis une dizaine d’années, économistes, scientifiques et politologues se sont emparés du thème afin d’améliorer notre bien-être qui n’est pas nécessairement synonyme de bonheur. La félicité (état de sérénité et de joie durable) a été étudiée et même mesurée, car elle serait devenue un objectif politique majeur qui inspire des innovations sociales et économiques. Je suis tombé récemment sur un ancien supplément du Courrier International (n° 874-875-876) qui m’a donné envie d’écrire ce billet afin de tenter d’élucider les secrets du bonheur car il faut dire que le sujet est passionnant. L’édition du Courrier International avait pour titre évocateur « Alors, heureux ? Pourquoi nous sommes obsédés par le bonheur » et il a servi de point de départ dans une quête du véritable bonheur. « Qu’est ce qui nous rend heureux ? » est une vaste question à laquelle on peut tenter d’apporter quelques réponses, sans en avoir la certitude. Malgré toutes les tentatives qui visent à cerner le bonheur, il reste le plus souvent insaisissable. Il est quasiment impossible de savoir ce qui rend individuellement heureux. Plus d’argent, une meilleure santé, des enfants équilibrés ? Le premier élément dont il faut parler est l’argent. La règle fondamentale en économie repose sur l’idée que le bonheur est fonction des revenus. D’ailleurs, nombreux sont ceux – et le président Sarkozy semble convaincu par la réalité de ce concept puisqu’il se démène pour donner l’illusion aux Français qu’ils vont gagner plus d’argent – qui prônent cette solution.

Gagner plus ?

Cette hypothèse n’est vraie qu’en partie puisqu’il est démontré qu’à partir d’un certain niveau de richesse, l’augmentation des revenus ne contribuait pas forcément au bonheur. C’est ensuite la comparaison avec les biens matériels entre les siens et ceux des autres qui donne l’illusion d’une certaine allégresse. Ainsi, l’argent procure une certaine liberté et donne le choix, mais ne rend pas plus heureux. C’est le fameux « cycle hédoniste » que certains philosophes attribuent spécifiquement à la société moderne. Le secret de la félicité est plus complexe que les affirmations des manuels de microéconomie qui veulent nous persuader que le bonheur individuel s’associe à la satisfaction procurée par la quantité consommée de biens matériels et immatériels. Les décideurs politiques se sont aussi mis à étudier le bonheur. Il existe un nouvel indice, conjoint au PIB, qui s’appelle le Bonheur National Brut (BNB). Le BNB permet de mesurer le progrès de la société, même si on peut se demander si le bonheur est mesurable analytiquement. Dans un article de Libération sur les indices du bonheur, la France est classée 62e sur la carte mondiale du bonheur, tandis que le Danemark est numéro un et que le petit royaume himalayen du Bhoutan est 8e. La conclusion de ce classement est simple puisqu’elle suggère qu’il faut chercher ailleurs que dans le confort financier la recette du bonheur. Certains pays comme la Thaïlande et la Chine ont développé leurs propres méthodes de calcul qui permettent de déterminer un indice du bonheur national, mais il est évident que le système de mesure peut être manipulé à des fins politiques. Étant donné qu’un grand nombre de variables interviennent pour calculer les indices du bonheur,on peut se demander si ces calculs relèvent bien d’uns science exacte. Parmi les autres éléments contribuant à la félicité, les chercheurs notent que le climat, le mariage et les enfants sont bénéfiques. Cependant, il existe plusieurs formes de bonheur, dont le plaisir immédiat, la satisfaction de la réalisation d’un désir et la plénitude. Du coup, je veux savoir à quelle sorte de bonheur ces indices veulent répondre.

Bonheur ou allégresse ?

Un grand nombre de personnes confondent bonheur et allégresse qui est un sentiment éphémère différent de la plénitude liée à la félicité qui devrait et pourrait satisfaire toute une vie. Faut-il se pencher sur la relation entre désir, bonheur, plaisir et félicité pour entrevoir les différences qui existent entre ces différents états moraux, émotionnels ou affectifs ? L’étude de la manière dont l’idée du bonheur a évolué au fil du temps est intéressante. Un ouvrage intitulé « The Pursuit of Happiness » (La Poursuite du Bonheur) par Darrin McMahon qui disserte sur l’histoire de la philosophie du bonheur explique que la perception du bonheur a largement évolué au fil du temps. Par exemple, dans la Grèce Antique, le bonheur était un cadeau des dieux car il fallait être mort pour enfin accéder au bonheur. La vie terrestre n’était que pénitence et souffrance en attendant une meilleure destinée dans l’Au-delà. Socrate a radicalement changé les choses puisqu’il a dit : « nous savons que tout le monde veut être heureux, alors trouvons comment y arriver ». De l’idée émise par Socrate a germé la notion que les êtres humains pouvaient être heureux comme les dieux, mais cela demeure une récompense tandis qu’aujourd’hui on considère que c’est plutôt un droit inné. Une grande évolution vis-à-vis de la félicité intervient au XVIIIème siècle qui est celui des Lumières, puisque les penseurs ont émis le concept que le plaisir est bon et la douleur mauvaise. C’est John Locke qui est intervenu dans cette théorie suggérant que l’homme n’est pas né pour vivre une destinée misérable. C’est aussi à cette époque que l’Encyclopédie de Diderot évoque l’idée que « chacun a le droit d’être heureux. Cette notion du bonheur définie au siècle des Lumières s’est étendue pour devenir universelle et permanente. Nous sommes « naturellement » heureux et si ce n’est pas le cas, il y a quelque chose qu’il faut reconsidérer, que la cause se situe avec le monde qui nous entoure ou à l’intérieur de soi.

Leçons des Lumières

Certains pensent que le bonheur tient à la satisfaction de nos désirs. Ainsi, nous exagérons la satisfaction lors de plaisirs anticipés. Un facteur dominant qui se dégage d’une pensée de McMahon suggère que le concept de la félicité est étroitement lié à l’environnement culturel. C’est une des explications avancées aux raisons pour lesquelles les Grecs de l’époque antique ne pouvaient être heureux tant qu’ils étaient en vie. Sur un autre plan, la poursuite du bonheur décrite par McMahon est aussi intimement liée à l’identité des Etats-Unis puisque Thomas Jefferson coucha dans la Constitution que la recherche du bonheur est un droit inaliénable, après la vie et la liberté. Seulement, les Américains ont interprété ce droit selon plusieurs perspectives comme la possession de la propriété, la poursuite de la vertu. De nos jours, les perceptions sont plus floues. Le droit au bonheur s’est déplacé vers celui du devoir. Il y a même eu un bannissement du bonheur au profit de la jouissance sans entrave qui a finalement tenté de dresser un nouveau dogme du bonheur. Ne faut-il pas se demander si nos sociétés ne s’attachent pas trop au prix du bonheur. Cette dérive peut-elle être due au fait que les hommes cherchent à vivre comme des dieux, abandonnant en ce cas une part de leur humanité.

Sources :
Agora Vox
19 juillet 2008

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