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Ethique et Morale

vendredi 10 septembre 2010, par Picospin

C’est le cas des affaires et de la vie financière, où la crise récente vient de révéler combien des règles sont nécessaires, le sport où le dopage et les matchs truqués menacent de réduire le nombre des spectateurs, les médias où l’information est souvent biaisée et manipulée. La technologie d’avant-garde est susceptible de modifier les conditions de la vie humaine, d’en prolonger la durée, d’augmenter le taux du chômage et d’encombrer les maisons de retraite. La bioéthique remet en cause le sens même de la vie et de la mort, détermine les limites des interventions médicales sur le vivant et oblige à une redéfinition de la dignité de l’homme. Des questions restent en suspens sur un sujet de réflexion qui engage les experts, les philosophes, les savants et médecins sinon les spécialistes de la discipline de l’éthique, niée en France, accueillie aux Etats-Unis, au Canada ou en Grande Bretagne.

Comportements

Ethique est intimement liée au terme grec èthos qui est parent de termes tels qu’habitat, éthologie ou étude du comportement des animaux, mœurs ou coutumes, règles et lois. Au-delà, se situe le mot grec « èthikè » ou comportemental, savoir relatif à la façon de se comporter. Il est trop tôt pour déterminer si le mot sous-tend une notion descriptive ou de jugement, cas auquel il est facile de glisser vers les jugements moraux. Comme l’unanimité n’est pas faite sur l’existence d’une différence entre éthique et morale, il est temps de se demander si la morale est héritée du passé et de la tradition à partir de normes, de règles ou si celles-ci doivent être inventées, construites, élaborées, parce que les situations nouvelles, inédites exigent de les voir adaptées au monde moderne. Si l’on accepte cette répartition du sens des mots, la morale se situerait du côté de la répression, de la contrainte, des archaïques préceptes rigides alors que l’éthique s’adresserait aux sujets neufs, à la discussion ouverte, à la recherche de systèmes de valeurs élaborés pour faciliter l’organisation de la vie commune, « le vivre ensemble ». A cette réponse, correspond la question la plus souvent posée au cours de la vie. La fréquence de son application dépend de la place de l’individu dans la société, du rôle qui lui est attribué dans la vie professionnelle et de l’importance qu’il attache à l’exercice de ses responsabilités.

Bien et mal ou deux biens ?

La question formulée en éthique concerne moins l’alternative entre le bien et le mal que celle entre deux aspects du bien. (Socrate). Il n’y aurait pas de volonté franchement négative mais un choix entre plusieurs « bien ». Il s’agit de déterminer le type de décision qui doit être pris, au nom de quoi la sentence doit être rendue et sous quelle justification. Cette dernière peut se trouver dans le registre de l’action instantanée ou dans celui d’une conduite, d’une intervention décidée après mûre réflexion, après délibération avec d’autres ou soi-même dans l’isolement de la conscience. Que celle-ci penche dans une direction ou une autre dépend des modalités de la construction du « moi » et du surmoi qu’il a reçu en héritage. C’est une autre manière d’exprimer ce qu’on appelle l’inné et l’acquis. S’ensuit la chaine de sensibilité, de solidarité, de compassion, d’empathie envers la souffrance d’autrui qu’Aristote appelait amitié, Cicéron pitié, Rousseau compassion et Mencius morale. Est-ce que l’éthique conçoit et applique des règles universelles ou au moins se livre-t-elle à une évaluation commune des actes pratiqués et des intentions qui les sous-tendent ? L’universalité de la règle a pour corollaire le devoir. Il ne saurait s’abstraire d’une règle universelle, faute de quoi l’aspect aléatoire conduirait tout droit à une application capricieuse de la loi. Le respect de son application stricte partout et toujours transforme la vertu en devoir. Cette mesure est loin de toujours et partout apporter le bonheur à l’homme. Peu importe, ce qui compte pour les utilitaristes c’est la quantité de bonheur possible apportée au plus grand nombre. Si cette question appelle une réponse différente selon les latitudes et les cultures, l’interrogation sous laquelle les problèmes sont posés est définie par le terme général de « souci des autres ». Dans cette perspective, il s’agit avant tout de ne pas leur faire subir ce qu’on ne voudrait pas qu’ils nous fassent. De là, la nécessité d’une réflexion isolée ou commune conduisant ou non à un conflit entre des règles et des conduites éthiques. La recherche des origines de l’éthique conduit à des réponses plus complexes.

Origines de l’éthique

Elles impliquent la référence à l’instinct, à la nature, à des valeurs morales, au monde des idées, à la révélation religieuse de lois ou à l’introduction de l’amour et du pardon. A moins que les déviances de certaines cultures se soient soldées chez certains par l’indifférence, l’insensibilité au malheur des autres. A moins aussi que normes et valeurs morales aient été fabriquées par les êtres humains pour donner du sens à la vie, à l’existence humaine, à la suite de la « mort de dieu » qui laisse l’homme décider seul, sans transmission de loi divine ni héritage d’un quelconque code moral, quitte à provoquer sa révolte contre l’absurdité, la violence, l’injustice, l’arbitraire et à porter l’idée de dignité, de bien, de justice, de vertu, incarnée par la franchise, la solidarité et la fidélité, la charité, l’humilité, sinon la piété, donc un ensemble de normes éthiques. Alors qu’elles s’interrogent sur le bien, elles se doivent aussi et surtout d’expliquer le mal. A moins que ce dernier ne recèle une utilité secrète susceptible de se dissoudre dans le mal, sinon de le justifier ou de l’expliquer. Peut-être une piste de recherche se dessine-t-elle au bout du chemin si l’on prend la peine d’envisager les problèmes éthiques individuellement, selon les cas pour en extirper la solution la moins mauvaise. Pourtant, cette méthodologie qui devait conduire au bonheur, a mené après une série d’expériences négatives, à la barbarie, à l’horreur et à l’indignité, par l’intermédiaire de massacres, déportations, assassinats en masse, tortures, imposition de souffrances atroces au nom de la recherche médicale et scientifique. L’amélioration des connaissances ne suscite aucun parallélisme dans la conduite éthique. Cette constatation décevante oblige à reconsidérer les conditions de fonctionnement de la société dans tous les domaines où doit s’installer la déontologie, respect des principes pour faire fonctionner harmonieusement tous les secteurs d’activité de la vie courante, depuis la médecine, la santé publique, les manipulations génétiques jusqu’à la fabrication et la commercialisation des produits pharmaceutiques.

D’après Roger Pol-Droit « L’éthique expliquée à tout le monde ». Paris, Editions du Seuil, 2009.