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Ethique et religion : contradiction, contraste ou enrichissement ?

samedi 27 février 2010, par Picospin

Le plus haut tribunal de la province confirme ainsi le jugement rendu par la Cour supérieure en septembre dernier, qui avait conclu que le cours ne brime pas la liberté de conscience et de religion.

Une décision contestable ?

Dans leur décision, les trois juges de la Cour d’appel concluent que le litige, qui impliquait une Commission scolaire, est devenu théorique et sans véritable enjeu, puisque les deux enfants visés par la demande d’exemption ne fréquentent plus les écoles de la commission scolaire. L’un poursuit des études collégiales et l’autre étudie maintenant dans une école privée, où il est exempté de suivre le cours en question. Le tribunal écrit aussi qu’il est erroné de prétendre que l’article qui permet d’exempter un élève « pour des raisons humanitaires ou pour éviter un préjudice grave », doit être appliqué « du seul fait que des parents en font la demande sur la base de leur liberté de conscience ou de religion. » Cette décision a été prise récemment au Québec où apparemment on ne plaisante pas avec la spiritualité et les débats philosophiques. Cette position n’appelle pas de commentaires particuliers.

Associer éthique et religion

Le seul point qui mérite discussion est celui de la coexistence ou de l’association de l’éthique à la religion. Ce mariage parait contre nature. Si l’on s’en tient à la caractérisation de ces deux entités, il devient facile de les séparer. La première tient plus à la philosophie, à la discussion et à l’altérité alors que la seconde reste dans le domaine du dogmatique. Celui-ci n’appelle ni contestation, ni adaptation, ni dérive pour éviter la transgression, le schisme ou la sortie de la religion. Lier les deux, c’est faire entrer le diable dans le bénitier. C’est aussi secouer le liquide qui s’y trouve déjà pour transformer une eau sacrée, calme et stagnante en une tempête activée par un tsunami puissant. Du ventre de la terre, il fait glisser les plaques tectoniques pour agiter les eaux de la nature et les projeter sur les plages, les arbres et plantes qui sont supposés protéger les constructions des éclaboussures que la nature révoltée leur envoie.

Inciter ou retirer ?

Retirer les enfants d’une instruction formatrice qui ne transgresse pas les idéaux de la laïcité est difficilement condamnable. Ni la discussion éthique ni l’apprentissage des faits religieux ne justifient cet opprobre, cette censure ou ce déni d’enseignement et de formation. A condition que l’on se contente de traiter de l’enveloppe du message religieux plus que de son contenu qui est du domaine de la foi, de la croyance, de la tradition. Garder les enfants à l’écart de cet enseignement, c’est nier des pans entiers de culture, de réflexions, d’écrits, de traditions orales et de rituels dans leur compréhension. C’est aussi nier la symbolique et l’allégorie moins que faire comprendre aux jeunes esprits à développer et à enrichir, les mécanismes intellectuels qui président à la fabrication d’un langage universel. Riche et polychrome, il fait appel aux représentations, à l’imaginaire et à la traduction des concepts et des idées.

Des outils

Priver les jeunes esprits de cet outil, c’est surtout appauvrir leurs facultés d’expression déjà si singulièrement démunies devant un langage qui s’étiole, des mots qui perdent leur sens ou une rhétorique que se délite devant la pénurie des synonymes, la clochardisation des phrases, l’inconsistance de la pensée, la pauvreté de l’argumentation. Qu’un enfant, sinon un adolescent ne connaisse pas le message de Jésus face au monothéisme venu d’Egypte et travaillé par Moïse n’est pas du ressort du prosélytisme mais de celui de la culture, de la réflexion et de la simple incursion dans la mémoire collective ou du symbolisme trinitaire de la famille avec ses composantes primaires. Ne pas savoir situer Joseph, c’est esquiver le travail, sa difficulté, sa dureté ou sa représentation devant Marie ou Myriam, Joshua ou Jésus. Faut-il au moins savoir les reconnaître sur vitraux et enluminures ?

Questionnement éthique :

1. Serait-il profitable pour les enfants soumis à une instruction religieuse, de la compléter par une incitation à la réflexion éthique ?

2. Est-il opportun d’enseigner les éléments historiques les plus importants de cette pensée depuis Aristote jusqu’à Spinoza ?

3. Faut-il parler du fait religieux au point de vue historique ou peut-on se permettre de l’enrichir par des messages d’extraction possiblement divine ?

4. Doit-on agrémenter cet enseignement par des approches susceptibles d’apporter la culpabilité, l’oubli puis le pardon dans les consciences ?