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Droit de décider à mourir ?

Euthanasie

Pour ou contre une mort paisible et douce ?

lundi 15 août 2011, par Picospin

C’est dans ces immenses mégapoles que les gens sont le plus souvent abandonnés par leur famille, surtout en période estivale lorsque cette dernière quitte la région pour s’évader vers des horizons plus lointains, plus propices aux vacances comme les paysages méditerranéens avec sa mer bleue et chaude qui attire le mythe de la baignade, des jeux aquatiques, des châteaux de sable et de sa douceur sous les pieds.

Lieux de dépression

Bayonne n’est pas un de ces lieux où le ciel est souvent gris, les nuages bas et l’humeur des habitants morose. On ne la quitte pas si souvent pour abandonner les siens dans la solitude, le marasme ou la dépression. C’est pourtant en ces lieux plutôt bénis, non loin de Lourdes où l’on projette de se souvenir des images hiératiques de la Mère de toutes les mères qu’un médecin du centre hospitalier a envisagé – on ne sait pas encore s’il a décidé – de mettre un terme à la vie étriquée et solitaire de plusieurs personnes fort âgées pour les soulager de leurs souffrances et les envoyer dans l’au-delà mystérieux d’où personne ne revient, faute d’avoir survécu à ce changement de statut, du vivant à la séparation du corps et de l’âme. Il n’en fallait pas plus pour que la presse et tous les médias s’emparent d’une affaire qui excite l’intérêt de la population. Il n’en fallait pas plus pour que le silence devienne une règle d’or parmi le personnel soignant de l’établissement public ayant abrité de tels agissements. Et de revenir sur la question du don de la mort au lieu de s’attacher à celui de la vie.

Comme un chameau

Revenir sur ce débat, c’est comme remâcher indéfiniment un débat qui ne cesse de hanter l’être vivant car il se sent en permanence impliqué dans la responsabilité envers l’autre en vertu de la solidarité avec l’espèce humaine, la vision d’une identique destinée de tous face à la finitude et pour certains aussi de la compassion. Celle-ci arrache à l’individu le désir sinon la nécessité d’une intervention dont les extrêmes peuvent aller jusqu’à prendre envers l’autre des responsabilités qui ne relèvent pas nécessairement du jeu avec la vie et la mort. Entre les pôles de positions face à ce dilemme majeur de notre destinée, les opinions et les prises de position varient en fonction des croyances, des certitudes, de l’examen des cas individuels et de la distance entre l’équipe des soignants et le soigné. Peut-on s’accrocher à quelques certitudes à dénicher dans la législation, les exemples de la conduite des autres, les hypothèses philosophiques, morales, personnelles, traditionnelles extraites de nos origines éthiques, ethniques, sociologiques, voire familiales ? Pour y voir plus clair, quels sont les piliers sur lesquels on peut s’appuyer ?

Les piliers de la sagesse

1. Donner la mort est un interdit absolu dont la transgression risque d’entamer les certitudes morales que chacun porte en nous. Il n’est donc pas question de revenir sur ce débat.
2. Cette décision ne saurait être prise par un individu seul, isolé de tout contexte professionnel, moral, déontologique, ou spirituel.
3. La demande par un malade parvenu au terme de sa vie d’en finir avec une existence dont les conditions sont insoutenables ne suffit pas à intervenir en faveur de cette exigence en raison de l’instabilité de l’équilibre psychosomatique de toute personne surtout à ce stade de l’existence.
4. Une balance doit être faite clairement devant le malade en fin de vie, sa famille, son cadre naturel de vie, c’est à dire les soignants, l’équipe médicale pour tirer des conclusions valables et pratiques sur les désirs réels de la personne en cause, des éléments de l’entourage.
5. Pour que le choix se fasse, en toute liberté et connaissance de cause, le malade doit être placé dans des conditions de « bien-être » suffisantes pour que sa décision ne soit pas entachée par des considérations risquant de fausser ou de déséquilibrer les motifs de sa décision. C’est le cas notamment lorsque la disponibilité en soins palliatifs n’est pas suffisante ou que les souffrances soient affectées d’une telle intensité que le traitement antalgique est insuffisant à rétablir une situation d’équilibre.
6. On parle souvent de la volonté des malades comme s’il s’agissait d’une entité pourvue d’une vision claire de son destin et des conditions dans lesquelles elle se présente pour l’affronter.
7. On parle de mort comme tabou, parce que la réponse à cette interrogation reste un mystère qui effraie et angoisse la plupart d’entre nous ce qui infléchit toute réponse rationnelle et suffisamment objective à une question existentielle.

Décision collégiale requise

Aucune décision sur les mesures à proposer à une personne en fin de vie ne doit être prise sans une réflexion collégiale comportant la totalité des éléments décisionnaires impliqués et responsables.
Restent des questions plus philosophiques comme la liberté pour chacun de décider de son sort, la dépendance de liens d’ordre moral ou religieux et le débat toujours ouvert du droit de mourir dans la dignité sans que cette notion ait été jamais clairement définie.

Questionnement éthique :

1. Comment concilier le désir de mourir du patient qui ne veut ni ne peut plus endurer ses souffrances et le fait que la mort est au cœur de tout être vivant et fait partie de notre programme génétique ?

2. Comment interpréter la question de la mort apparaissant comme une nécessité de la vie sans dépendre de la volonté du sujet qui, vivant, oppose une résistance à cette fin le temps d’une vie ?

3. Etre libre peut-il signifier avoir le droit de décider de sa mort ?

4. Que faire du concept nouveau du développement d’une mort douce et paisible en tant que revendication face aux progrès de la médecine pouvant conduire à l’acharnement thérapeutique ?

Comment répondre à la question du droit pour un individu malade en fin de vie à vouloir la poursuivre ou à refuser les soins pour en interrompre le cours ?