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Euthanasie : Donner la vie ou la mort ?

dimanche 29 septembre 2013, par Picospin

Quelles pourraient être les raisons de l’attraction de la première mission aux dépens de la seconde ?

Un message

Le message de l’interdiction formelle, absolue de tuer reste perçu de manière sacralisée par l’immense majorité des humains même si cette loi que certains croient d’origine divine s’applique dans une moindre mesure aux êtres vivants qui partagent avec nous, humains le séjour sur terre et l’exploitation de ses richesses. C’est un commandement dont la règle d’application négative est relative à l’action plus qu’à l’état d’esprit et aux désirs, comme le 10è commandement qui enjoint de ne convoiter ni les biens ni la femme d’autrui. La signification éthique de l’interdiction du meurtre réside par son importance dans la violence qu’il exprime. Le commandement résonne en chacun de nous avec un force qui, même en l’absence de toute référence en une loi divine, donne un sens au mot même parce que l’idée d’une transgression et de crimes imprescriptibles se fait jour. L’autre face de ce commandement est un appel à protéger l’autre. La manière dont l’interdiction est exprimée, où l’emploi du tu souligne la responsabilité de chaque personne suggère que la source de l’éthique est le rapport que nous avons aux autres.

Un difficile débat

Voilà que dans le débat difficile de l’euthanasie, des relations avec l’éthique et la morale, de la responsabilité du législateur, des corps intermédiaires, de la justice apparait de façon tonitruante un document cinématographique qui s’apparente moins à un reportage ou un documentaire sur ce thème controversé qu’à une fiction imaginée par une femme qui l’a transformé en un récit, une réflexion à l’usage du spectateur habitué aux histoires inventées par le 7è art pour révéler des prises de position et en assurer la rationalité et en justifier les réactions affectives. C’est l’histoire d’une jeune et jolie Italienne d’apparence tout ce qu’il y a de plus normale. Un père, un amant et, apparemment, un boulot à la fac. Aussi, quand elle décide de prendre l’avion pour Los Angeles, on se dit qu’elle part faire un tour en Californie. Mais pourquoi diable, à peine arrivée, se greffe-t-elle à un groupe de touristes américaines pour se rendre, en bus, au Mexique ? La réponse arrive dès le début du film : pour acheter du Nembutal. " Mon chien est très malade, je voudrais l’endormir ", dit-elle au pharmacien, qui lui délivre deux boîtes sans sourciller. Dans son travail, elle se fait appeler Miele. Son travail ? " Euthanasiste " ? Le mot n’existe pas.

Un "euthanasiste"(?)

Elle aide des personnes en phase terminale à mourir dignement à l’aide de barbituriques puissants avec sa douceur, sa conviction, son savoir-faire, et, on ne peut s’empêcher de se demander quelles sont ses motivations. Elle a perdu sa mère, il y a une dizaine d’années, des suites d’une maladie et a fait deux années de médecine avant de sauter le pas et de venir en aide à ceux qui veulent mettre fin à leurs jours. La première fois que nous la voyons " opérer ", elle s’occupe de Clara, une femme malade et alitée qui a décidé, de son plein gré, d’en finir avec la vie. Son mari, un brave homme ravagé par le chagrin, prépare les gouttes qui vont l’endormir à jamais. Dans un coin, Miele observe, vérifie que tout se passe selon les bonnes règles du " protocole " ; demande une dernière fois à Clara si elle ne souhaite pas changer d’avis. Les gouttes, du chocolat pour recouvrir leur amertume, plus que deux minutes... Celui qui demande à mourir n’est pas malade. Il porte beau, vit dans un bel appartement et assure qu’il saura très bien se passer des services de Miele. Seul lui importe de disposer du produit. Un suicide assisté, en quelque sorte. " Je m’en remets à vous, lui dit-il sur le ton de l’ironie. C’est la première fois que je meurs. "

Redonner gout à la vie

Problème de conscience, casse-tête éthique d’autant plus redoutable que Miele se met en tête de redonner goût à la vie à cet homme mystérieux. C’est l’histoire d’une jeune fille pleine de vie qui finit par ne plus vouloir être invisible aux yeux de la société. Elle le sait mieux que quiconque : " Personne ne veut mourir. Tous veulent vivre, sauf que leur vie n’est plus une vie. " Sauf aussi que donner la mort, ce n’est pas une vie quand on a à peine 30 ans. Il fallait bien du courage, de la clairvoyance, de l’abnégation, une interprétation active et militante de l’éthique pour mettre en images ces récits de la mort à donner ou à refuser, de la protection de l’autre pour dissuader de mourir et encourager à vivre.

Les deux versants de l’existence

Les deux versants du vivre et du mourir en quelque sorte offerts par des cinéastes de talent qui n’ont pas hésité à mettre en images des scènes qui sont habituellement cachées aux regards des spectateurs de films racoleurs ou présentés à la lecture de romans de gare. Un courage hors du commun et une perspicacité aiguisée à l’encontre des conformismes de la société qui préfère la législation à rallonges à la souffrance, à l’amertume, aux contradictions et conflits suscités par les controverses entre des vies à encourager, à supprimer, à effacer et des morts à promouvoir.