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Les nouveaux maitres du monde de l’éducation et de la recherche ?

Evaluateurs et évalués

Qui est habilité à le réaliser ?

lundi 16 février 2009, par Picospin

Chercher c’est se projeter dans le futur à partir du passé et du présent, d’un état des lieux réactualisé.

Embarquement pour la recherche

C’est supposer qu’en partant d’un état des lieux d’une connaissance donnée, on peut s’embarquer dans un voyage dont on croit connaître la destination mais qui en réalité peut devenir au fil du temps et de l’évolution des données différente de celle que l’on imaginait au début de cet embarquement pour Cythère. Commencer ce type de trajet ne signifie nullement parvenir à son terme sans accidents, sans aléas, sans les indispensables coups de dés du destin, du hasard, du facteur chance qui privilégie les plus heureux et rejette les habitués des mésaventures, les accidentés des sauts d’obstacles, sinon les fanatiques des rebondissements ou des tribulations. Est-ce le signe d’une démocratie que de faire partager au plus grand nombre les contingences de la science et les impondérables de la recherche ? La recherche scientifique correspond à un besoin de l’homme, celui de connaître et de comprendre le monde et la société dans lesquels il vit. Ce besoin n’a pas a priori de justification économique ou politique ; il constitue, en quelque sorte, la finalité culturelle de l’activité scientifique. Mais la science, même dans ses aspects les plus fondamentaux, implique une maîtrise de la nature : associée, de plus en plus, à la technologie, elle est un enjeu de puissance.La science et la technologie sont aujourd’hui des composantes essentielles de l’activité humaine dans les sociétés modernes. Elles influencent la vision que celles-ci ont de leur avenir, elles leur permettent de répondre à des demandes économiques, sociales et culturelles.L’émergence des politiques de la recherche et de la technologie, depuis la Seconde Guerre mondiale, correspond à la prise de conscience de cette réalité par les pays industriels. La recherche scientifique et technologique a une dimension sociale. Au fil des décennies, son développement a exigé des moyens de plus en plus importants, son « institutionnalisation » et son intégration, avec ses spécificités, à la vie sociale, culturelle, économique et politique des nations.entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques.

Fenêtre ouverte sur l’inconnu

Par extension métonymique, la recherche scientifique a l’intention de découvrir quelque chose d’inconnu. Les démarches scientifiques ou protoscientifiques relèvent jusqu’au XVIe siècle d’initiatives isolées, et sont le plus souvent le fait d’individus savants et passionnés. La recherche scientifique n’existe pas encore en tant qu’encadrement institutionnel des pratiques scientifiques. On peut cependant relever l’existence de quelques embryons d’une telle organisation, avec les lycées antiques, les écoles philosophiques, les universités médiévales, les monastères, ou le système du mécénat. C’est au XVIe siècle, en particulier avec Francis Bacon (1561-1626), qu’est précisée l’idée que la science peut et doit organiser en vue d’une maîtrise de la nature et du développement des nations. En affirmant ainsi l’intérêt économique et politique du progrès scientifique, et la nécessité pour les gouvernants de ne pas mésestimer la valeur de leurs savants, Bacon pose les bases d’une recherche scientifique institutionnalisée, encadrée par une politique scientifique participant à l’organisation des travaux des savants pour mieux servir le progrès économique et militaire de la nation. Dans son utopie de la Nouvelle Atlantide, Bacon imagine en particulier une « Maison de Salomon », institution préfigurant nos modernes établissements scientifiques, où sont rassemblés tous les moyens d’une exploration scientifique du monde[1]. Cette Maison de Salomon inspirera la création de la Royal Society.

Un dénommé Bacon

Mais si Bacon peut symboliser un moment important de l’institutionnalisation de la recherche, il n’en est pas pour autant l’unique fondateur. Ses textes traduisent une idée qui se cristallise à son époque, et qui commence à se manifester au travers de l’Europe. La recherche fondamentale regroupe les travaux de recherche scientifique n’ayant pas de finalité mais apte à produire de nouvelles connaissances indépendamment des perspectives d’application. La recherche appliquée est dirigée vers un but ou un objectif pratique. Les activités de développement consistent en l’application de ces connaissances pour la fabrication de nouveaux matériaux, produits ou dispositifs. La sociologie des sciences rapporte ainsi l’existence de normes propres au champ scientifique. Les différentes formes de recherche se distinguent par les différentes normes"techniques" qui y guident l’activité intellectuelle. La sociologie des sciences rapporte ainsi l’existence de normes propres au champ scientifique. La recherche vise à produire des connaissances scientifiques qui peuvent prendre les formes de publications, rapports, brevets ou communications orales. Ces connaissances peuvent être incorporées dans de nouvelles machines, de nouveaux instruments ou dispositifs. Ce sont tous ces produits qui, en étant diffusés au sein de la communauté scientifique, permettent au chercheur d’être reconnu par ses pairs, et de recevoir en retour les moyens nécessaires à la poursuite de son travail. Le terme de « publication scientifique » ne recouvre normalement que les diffusions de données nouvelles issues de la recherche comme le sont les publications techniques évaluéepar un comité scientifique, dirigées vers un public de spécialistes uniquement (chercheurs du domaine et de domaines proches, et plus rarement ingénieurs confrontés à un problème d’ordre fondamental). Les scientifiques peuvent en être sollicités par des médias visant le grand public à des fins de vulgarisation scientifique. De surcroît, les systèmes nationaux de recherche sont eux-mêmes évalués et comparés entre eux pour améliorer et adapter les politiques de recherche par leurs institutions. Ces deux formes d’évaluation sont liées, la première reposant en grande partie sur la seconde, qui est la pierre angulaire du fonctionnement de la science.

Recherche fondamentale et appliquée

Dans le cas de la recherche fondamentale, il est difficile, à court terme au moins, de déterminer la portée des résultats obtenus. L’évaluation se base donc sur des indicateurs concernant la communication de résultats par les chercheurs, la continuité des recherches basées sur ces résultats, la reconnaissance des avancées réalisées par le reste de la communauté scientifique, et, dans les cas où cela est pertinent, la valorisation commerciale ou sociale des résultats. Cette évaluation peut être effectuée sur une base individuelle ou collective. Selon les critères employés et les choix qui découlent de l’évaluation, des effets pervers peuvent apparaître, les chercheurs infléchissant leurs choix pour améliorer leur évaluation plutôt que la qualité scientifique réelle de leur production. L’initiative d’un projet peut-être le fait d’un chercheur, ou d’un groupe de chercheurs, ayant une expérience suffisante pour discerner une direction intéressante de recherche, basée sur les travaux précédents de la communauté scientifique. Une fois la problématique posée, les chercheurs peuvent définir une démarche qui soit susceptible de lui apporter des éléments de réponse, ce qui définit un projet. Les besoins en moyens humains et matériels peuvent alors être évalués. Parfois, ceux-ci peuvent être déjà entièrement couverts par des moyens à la disposition des chercheurs, si ces derniers disposent d’un statut leur assurant une période d’emploi et une autonomie de décision suffisante. Une demande de financement doit donc être déposée auprès d’un organisme de financement de la recherche. Le succès de cette demande dépendra des choix de politique scientifique de l’organisme. Les laboratoires de recherche sont généralement regroupés au sein d’institutions plus larges : entreprises, hôpitaux, universités, centre de recherche, association. C’est d’abord au niveau des ces institutions qu’est organisée la recherche scientifique.

Recherche organisée ?

Ce sont ces institutions qui peuvent définir les dispositifs d’évaluation, organiser la répartition des moyens et structurer les équipes. En France, c’est au niveau national que sont définies les grandes lignes de l’organisation de la recherche publique, y compris au niveau institutionnel. En majeure partie, la recherche scientifique est menée dans des universités ou d’autres établissements d’enseignement supérieur, dans des organismes de recherche privés ou publics. La complexité de ces organisations fait mieux comprendre celle des procédures d’évaluation. Que dans ce contexte difficile, disparate, hétéroclite, les évaluateurs individuels ou groupés en commissions éprouvent de la difficulté à émettre un avis fondé, objectif, aussi neutre que possible, à l’écart de toute intersubjectivité, est une constatation banale qui ne permet nullement aux différentes formes du pouvoir de critiquer et encore moins de fustiger qui que ce soit. C’est pourtant à ces attitudes que les témoins de la nation ont eu affaire à l’occasion des nombreuses interventions d’une partie de la classe politique, peut-être trop heureuse de participer à cet hallali prononcé honnêtement ou dans un esprit de revanche qu’il appartient aux esprits modérés de juguler sinon de condamner. Les chercheurs sont soumis à de fortes pressions pour publier dans des conditions d’autant plus difficiles que l’accès aux grands journaux scientifiques appelés « high impact-factor journals » est difficile sinon impossible car l’acceptation d’un article dans ces journaux ouvre la voie à des bourses de recherche qui, à leur tour permettent d’espérer un recrutement de bon niveau dans les instances de l’éducation et de la recherche.

Pas trop d’originalité !

Un travail dans un domaine nouveau risque d’être réduit au silence faute de trouver des experts pour le critiquer. C’est pour cette raison qu’il est plus facile de soumettre avec succès un thème en rapport avec la médecine humaine qu’avec une étude sur un poisson des profondeurs. Le choix du thème de recherche compte plus que l’exploitation du thème lui-même. Il est plus rentable d’écrire une multitude de chansons à l’occasion de Noël que de composer et livrer en toute son originalité sa propre musique. La tendance actuelle est de classer les chercheurs en fonction du nombre de fois où leurs travaux ont été cités. L’appétit et la nécessité vitale de publier implique le besoin de regrouper les unités de recherche en grosses équipes car plus on est de fous, plus on rit, ce qui traduit autrement signifie que les groupes composés de nombreux individus ont plus de chances de produire beaucoup que les petites. Cet avantage n’est que relatif car le plus souvent les chefs d’équipes inspirent à leurs équipes les sujets les plus porteurs ce qui enlève à ces derniers toute initiative d’originalité dans la sélection de la thématique de la recherche et risque d’en faire de mauvais chercheurs avec aussi l’avantage pour le chef de laboratoire de ne pas avoir à craindre la concurrence.