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Un point sur la responsabilité sociétale d’entreprise

Evolution de la philosophie et de l’éthique, de l’individu à la société

L’éthique des entreprises. Le modèle de la bioéthique

mardi 23 novembre 2010, par Picospin

L’exercice d’une profession est sous-tendue par des Dans les domaines d’activité spécifique, à la morale commune est associée une morale professionnelle, justifiée par le fait valeurs et des principes.

Déontologie

La déontologie est employée pour désigner l’étude de ce qu’il convient de faire dans une situation sociale donnée en termes de devoirs liés à l’exercice d’une profession. D’où la nécessité de proposer et d’imposer des règles dont la transgression soit passible d’avertissements, de rappels à l’ordre ou de sanctions. Depuis la transformation des mœurs privées et les amples mutations politiques instaurées vers les années 1960, à l’occasion de faits aussi radicaux que la décolonisation, l’extension des démocraties, les mouvements des droits civiques, des tendances de plus en plus contraignantes et exigeantes se sont levées pour imposer à l’éthique d’éclairer les nombreux débats que suscitaient les conséquences des progrès scientifiques et technologiques de même que les nouvelles données de la vie sociale et personnelle.

Éthique appliquée

C’est à ce tournant qu’une partie de la philosophie s’est tournée vers l’éthique appliquée comme la liberté de la presse, la bioéthique ou l’éthique des affaires pour traiter de problèmes spécifiques à une activité donnée pour apporter l’éclairage ou le point de vue contenus dans des essais, des articles, sinon de participer à l’élaboration de textes, opinions, directives au sein de commissions nationales et internationales. On passe ainsi de questions morales à la casuistique rationnelle d’une éthique qui aborde les questions concrètes pour aboutir à l’inspiration de décisions appropriées, à une démarche réflexive commune afin de préparer le terrain d’une décision rationnelle, quitte à ce que ses attendus fassent appel à l’utilitarisme, au conséquentialisme qui tente de définir la valeur morale d’un type d’action en fonction des conséquences entrainées par l’action. Intelligibilité et compréhension devront être au rendez-vous de la délibération sans sacrifier pour autant la complexité qui inonde obligatoirement toute réflexion préalable à la prise de décision finale.

Trop de technique ?

Le développement croissant de la technique et la multiplication des découvertes scientifiques pose de nouvelles questions aux individus, aux institutions et à la société. D’où la nécessité devant laquelle ils se sont trouvés d’apporter des réponses aux problèmes posés par les avancées de la médecine, de la préservation de l’environnement, de l’organisation du travail, de l’égalité entre les genres, avec les tendances parfois réfrénées de l’émancipation féminine, de la guerre « juste », de la torture, du droit de séjour ou des politiques d’accueil des étrangers. A partir d’un tronc unique, l’arbre de la philosophie morale se ramifie en questions pratiques essentielles qui se ramifient en arborescences pour se terminer en nouvelles techniques d’organisation de la société du travail, des activités humaines, des plaisirs et des jeux, des loisirs et des moyens de détente au moment où ne cesse d’accuser le stress de jouer un rôle négatif dans l’épanouissement de l’homme et de sa famille. A partir de ce canevas, il est plus facile de commencer par une exigence attachée au bien. Pour les Anciens, celle-ci consistait à atteindre le plus souvent le possible, le bonheur même si pour les épicuriens et les stoïciens ce dernier peut passer par une exigence restrictive.

Un juste mesure

Cette dernière ne saurait être différente de la juste mesure des plaisirs et des peines pour les premiers, de l’exigence de vertu pour les seconds. C’est à partir de ce chemin que pourra être parcourue une vie heureuse sous la condition expresse de ne jamais perdre de vue le bénéfice du bonheur des hommes et la justice des sociétés pour le plus grand nombre, la construction de l’édifice de la félicité au moyen de la raison et du droit. Le bonheur pour le plus grand nombre doit être élaboré en même temps que la défense des libertés individuelles. Avec l’impératif catégorique et les devoirs envers soi-même sous la contrainte de l’action morale selon Kant, est circonscrit le cadre dans lequel va évoluer, sous les auspices de la volonté souveraine, le bonheur de l’homme, à moins qu’il ne soit dévié ou ajusté par la religion monothéiste pour la plupart, polythéiste, déiste pour les autres. C’est à partir de ces fondements que la société peut se constituer, se renforcer, se subdiviser, inventer les conditions optimales du travail en commun après avoir jeté les bases d’un autre impératif né de l’obligation de vivre, de ne pas tuer ce qui a donné naissance à l’éthique médicale et à la bioéthique toujours soucieuse de réviser ses lois pour ne pas se trouver en asynchronisme avec les évolutions foudroyantes des découvertes et des innovations technologiques.

Autonomie

Ici, un cadre a été depuis quelques années défini qui consiste en l’application rigoureuse, à l’aide de lois strictes, de préserver l’autonomie des malades, du respect de la personne, de la recherche du bien et de l’abstention du mal, de la perpétuelle balance à peser entre avantages et inconvénients, risques et avantages, bénéfices et couts. Conscient, informé, respecté, libre et éduqué, autonome, le malade guéri, détenteur de la vérité concernant sa maladie, ou connaissant l’issue probable de sa maladie, devenu citoyen pourra se destiner à l’exercice d’une profession au sein d’une communauté d’intérêt, comme une entreprise, pourra y développer ses capacités tout en ayant pris conscience de la nécessité absolue de préserver son environnement, de respecter la biodiversité, un des gages de la pérennité de notre globe et condition du maintien de la descendance dans un milieu favorable à la vie, à l’abri de la pollution, planète oscillant entre poubelle et jardin fleuri. Au sein de l’entreprise, il se verra offrir l’occasion de prendre des responsabilités qui vont au delà de la sphère d’activité directe, à travers une vision globale de l’entreprise dont la finalité ne sera pas uniquement l’accumulation des richesses mais l’obtention d’un équilibre stable entre les intérêts des actionnaires et ceux de la société.

Performances

De la sorte, il aura la possibilité d’observer la performance globale de son instrument de travail, au point de vue économique, environnemental et social. Telle qu’elle vient d’être décrite, cette entreprise n’est pas un épiphénomène sans lendemain mais un modèle d’application de pratiques lourdes qui ouvre sur un panorama réunissant les visions de sa place dans l’environnement économique, écologique et sociétal. La nouveauté de cette tendance forte peut s’interpréter ensuite comme une institution économique nouvelle en cours d’expérimentation. L’urgence et le nécessité de cette expérience s’impose d’autant plus que le capitalisme est aujourd’hui en sérieuse difficulté comme l’ont montré tous les faits décrits depuis le début de l’avènement de la crise.

Éthique des affaires

Est-ce qu’il a trouvé le moyen de masquer ses insuffisances à l’aide de l’éthique des affaires si souvent réclamée par un appel au secours ? A-t-elle réussi à présenter l’entreprise comme un acteur social et moral capable de redonner du sens et de la valeur en masquant la stratégie de pouvoir qui réussit à rassurer l’opinion publique sur l’intention moralisatrice qui l’anime ou fait semblant de l’accomplir. Contre ces dérives, les meilleures chartes du monde se révèlent inefficaces sinon impuissantes. Faut-il pour autant en négliger l’élaboration et la publication et s’interroger sur la pertinence des principes éthiques qui sont en jeu ?

Questionnement éthique :

1. Quelles sont actuellement les dysfonnctionnements majeurs dans le cadre de l’économie ?

2. Est-ce que c’est une crise de confiance, une désaffection des salariés, les disparités criantes des salaires, la crise des institutions financières ?

3. Est-il justifié éthiquement de masquer les insuffisances du capitalisme par l’éthique des affaires promue au rôle d’acteur moral et social capable de donner du sens et de la valeur au monde ?

4. N’est-ce pas plutôt une stratégie de pouvoir que de vouloir rassurer l’opinion publique sur le bien-fondé de cette tentative d’instrumentalisation ?