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Faim dans le monde ?

mardi 26 février 2008, par Picospin

Selon le numéro de mars de 60 millions de consommateurs, mensuel de l’Institut national de la consommation, les prix des produits alimentaires de base comme le beurre, les yaourts, les pâtes, les céréales, les biscottes, les pains de mie, le riz ou le jambon ont subi une augmentation comprise entre 5% et 48% entre novembre et janvier. Sur 1.055 références de produits laitiers et céréaliers, près de la moitié ont subi une augmentation de plus de 10%.

Hausses ?

Les hausses ont concerné les produits des grandes marques, et celles des distributeurs. La flambée des matières premières ne peut justifier des hausses d’une telle ampleur. Comme le prix du lait ne représente que le tiers du prix final du yaourt, comment expliquer que certaines marques aient augmenté de 40%. Une autre étude a fait état d’une augmentation globale des prix en janvier, pour le quatrième mois consécutif, avec des hausses de plus de 10% des produits aussi indispensables que les pâtes, les oeufs et le lait. La flambée devrait durer encore quelques mois selon l’Institut national de la statistique (Insee), qui vient d’annoncer que les prix à la consommation en France ont augmenté de 2,8% sur les douze derniers mois, un record d’inflation depuis mai 1992 et qui prévoit une hausse de 4% en 2008. Distributeurs et industriels s’accusent mutuellement de la flambée des prix. Comme les cours du blé ont grimpé de 72% et ceux des oeufs de 36% en un an, les industriels n’ont d’autre choix que de répercuter ces hausses. Au contraire, elle rend les distributeurs « coupables » de la flambée. Le patronat des distributeurs rétorque que certaines hausses de tarifs d’industriels ne sont pas justifiées. Les producteurs, dont les revenus ont été dopés de plus de 10% en 2007 grâce à la flambée des cours des matières premières, ils refusent de s’arroger la responsabilité de l’inflation en magasin. Le prix du lait au producteur a augmenté, mais sans commune mesure avec la hausse du prix au consommateur. Une réforme de la loi régissant les relations entre distributeurs et industriels devrait intervenir au printemps, mais pour les associations de consommateurs elle risque d’avoir un effet limité.

Où fait-il bon vivre ?

Si l’on aime se prélasser devant la télévision pour regarder un bon DVD, en sirotant une boisson sucrée, aucun doute c’est Shanghaï qui remporte la palme – en s’en tenant strictement au prix de vente des produits. Le dernier film de James Bond, Casino Royal, y est vendu 6,13€, (contre 25,32 € en France) et un Coca-Cola 30 centimes (contre 1€ en France) En Allemagne, pays naturellement plus comparable économiquement, les mêmes produits coûtent respectivement 19,32€ et 46 centimes selon une étude de prix internationale qui a comparé 26 biens de consommation et produits hi-tech dans 29 villes européennes, 6 grandes villes américaines, 2 villes majeures en Chine et la capitale japonaise. La disparité des niveaux des prix est très grande. La France sort mal classée de ces comparaisons puisqu’elle occupe la 21e place sur 29 dans l’échelle des prix recensés, le pays le plus cher étant la Norvège, pénalisée notamment par une forte TVA. L’enquête relève plusieurs points noirs français : l’essence, les DVD, le Coca-Cola, le Big Mac et les tampons hygiéniques qui y sont particulièrement onéreux. Cela veut-il dire que la France est un pays cher ? Que l’Hexagone soit plus cher que la Chine n’est évidemment pas, surprenant, le pouvoir d’achat y étant bien plus élevé. Il est en revanche plus étonnant que des produits utilisés dans le monde entier, comme le téléphone ne se vendent pas au même prix partout. Une de ces marques coûte 669 € en France contre 614€ en Grèce, 579€ en Italie ou encore 508€ à New York.

Comparaisons

Dans un rapport sur la mondialisation, l’explication avancée est que pour des raisons de concurrence insuffisante dans le secteur de la distribution en France, les prix des biens mondialisés sont restés stables depuis 10 ans, alors qu’ils ont baissé dans d’autres pays comme en Grande-Bretagne où cette baisse a atteint 19%. La disparité entre la France et le Royaume Uni représente une perte de pouvoir d’achat de 5% pour le premier. Si l’intérêt de ces études est de faire ressortir de fortes disparités de prix d’un pays à l’autre, les économistes restent plus prudents sur leurs conclusions. Si un produit est deux fois plus cher en France que dans un autre pays, mais que le niveau de salaire est trois fois plus élevé que dans le dit pays, il n’y a évidemment rien de dramatique. C’est une question de parité de pouvoir d’achat. Que les prix soient moins élevés en République tchèque ou au Portugal que chez nous n’a rien d’étonnant. Si l’Allemagne affiche des prix inférieurs à ceux pratiqués en France, c’est aussi parce que les salaires y ont très peu augmenté ces dernières années. Globalement, la France est un pays cher, mais ce n’est pas nécessairement le pire même si nous sommes dans la seconde partie du peloton.

Et ailleurs ?

Même si les leaders du commerce au Proche Orient s’enrichissent du fait de la spectaculaire montée des prix des carburants et de ceux de l’alimentation, la nouvelle flambée des prix touche surtout les classes moyennes et provoque déjà des grèves, des manifestations de rues et des conflits depuis le Maroc jusqu’à la région du Golfe Persique. En Jordanie, la nécessité pour le gouvernement d’intervenir pour maintenir constant le niveau des prix du pétrole a obligé les autorités à supprimer toutes les subventions ce qui a provoqué la montée du prix des carburants de 76% en l’espace d’une nuit. Par le biais d’un effet de domino, le prix des denrées alimentaires de base comme les œufs, les pommes de terre ou les concombres a au moins doublé. En Arabie Saoudite où le taux de l’inflation avoisinait 0 jusqu’ici, il a grimpé de plus de 6%. Des représentants officieux du gouvernement l’ont estimé à un taux nettement plus élevé. De ce fait, des protestations vigoureuses se sont élevées en même temps que des incitations au boycott. Des fonctionnaires de haut rang ont fait une déclaration d’une exceptionnelle importance sur Internet au mois de Décembre pour prévenir de la survenue imminente d’une crise grave susceptible d’entraîner des vols, des méfaits sérieux, des cambriolages et des conflits ouverts entre les riches et les pauvres. L’inflation relèverait de plusieurs causes depuis l’augmentation générale de la demande et des contraintes financières dues à la faiblesse du $. L’une des causes majeures reste la montée vertigineuse du prix du pétrole qui a quadruplé depuis 2002. Cette situation contribue à jeter dans la pauvreté de nombreuses personnes, même si par ailleurs elle donne une impulsion non négligeable à la croissance économique dans les pays du Golfe.

Chauffer ou manger ?

Nous sommes maintenant devant le choix dramatique de manger ou de se chauffer a déclaré un employé qui travaille dans un magasin de vêtements et qui avait rêvé autrefois d’envoyer ses enfants dans une école privée. Les gouvernements ont essayé de compenser le manque à gagner du à cette situation en augmentant les salaires de ceux qui recevaient les émoluments les plus bas. Le fait que l’inflation coïncide avec un enrichissement spectaculaire de certaines couches de la population rend plus crédible les suspicions de corruption et d’injustice économique. Cette situation a eu des conséquences notables sur le mode de vie des immigrés au Bahreïn ou les Emirats Unis dont le pouvoir d’achat a régressé d’autant plus que les travailleurs sont payés en devises indexées sur la valeur du dollar. Ce qui était autrefois la nourriture de base est devenu maintenant du luxe.

Questionnement éthique :

1. Est-ce que quelques-uns de principes de la justice tels qu’ils ont été conçus et présentés par Rawls, professeur de philosophie à Harvard, aux Etats-Unis sont susceptibles de jouer un rôle déterminant dans le débat sur les problèmes posés actuellement par la hausse des prix alimentaires qui peuvent conduire à réveiller la faim dans les couches défavorisées de la population ?
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2. Puisqu’il est énoncé que chaque personne doit avoir un droit égal au système le plus étendu de libertés de base égales pou tous qui soit compatible avec le même système pour les autres, est-ce que cette affirmation peut entrer dans la logique de l’alimentation ?

3. Comment appliquer l’autre principe énoncé par Rawls sur les inégalités sociales et économiques qui doivent être organisées de façon à ce que l’on puisse raisonnablement s’attendre à ce qu’elles soient à l’avantage de chacun et qu’elles soient attachées à des positions et des fonctions ouvertes à tous ?

4. Comme Rawls s’articule sur la conception kantienne de l’égalité pour tous et que le problème des ressources alimentaires est universel, il devient possible de présenter les principes de la justice comme des impératifs catégoriques ce qui confère aux principes politiques la base de principes de type moral ? Que faut-il en penser s’agissant des problèmes liés à la faim dans le monde ?

Sources :

The New York Times

Le Figaro