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Faut-il délimiter un espace sacré au milieu de la multiplicité des espaces profanes ?

samedi 22 septembre 2012, par Picospin

Son parcours est d’autant plus intéressant à observer et à prendre en compte qu’il est polytechnicien, que la qualité de sa culture générale et scientifique ne fait guère de doute et qu’à ce titre, il ne peut guère être soupçonné d’avoir été place sous une écrasante pesanteur religieuse comme ont pu l’être en leur temps des personnalités aussi remarquables que Simone Weil tout près de nous et à une échelle plus lointaine Pascal, génie universel dont il est difficile encore maintenant de dire quelle a été sa véritable position vis-à-vis d’une référence divine surtout si elle se situe dans la proximité de celle du monothéisme, plus récente et vigoureuse représentation d’une divinité écrasant tout sur son passage puisque unique, toute puissante et incontrôlable, tous attributs depuis peu contestés pour expliquer les insuffisances et faiblesses d’un Créateur, possiblement auteur de quelques imperfections dans la fabrication de ses créatures.

Tous les pouvoirs

Il leur aurait donné le pouvoir d’agir à sa place, d’être Son délégué pour poursuivre l’œuvre créationniste engagée avec moult imperfections si l’on veut bien se référer à quelques morceaux d’histoire comme les récentes guerres mondiales, les massacres et holocaustes divers qui ont émaillé le déroulement du temps pour des victimes envoyées ou destinées au sacrifice, comme c’est encore le cas de nos jours dans quelques régions et pays peu éloignés de nos propres bases européennes. A ces arguments sur la naissance au forceps et dans le sang des religions et mouvements spirituels ou spiritualistes divers, un autre philosophe de qualité et auteur de réflexions originales à défaut d’avoir été acceptées par la plupart, assume que la création se fait dans la violence et qu’à ce titre il n’est guère étonnant que le sacré soit né dans un bain de sang à l’image de l’entrée dans la vie des mammifères en général et de l’homme en particulier. Pour avancer dans sa réflexion, notre auteur n’y va pas par quatre chemins quand il renvoie l’homme dans ses buts si je puis dire en suggérant ce que d’autres pensent depuis longtemps, c’est que c’est lui qui a manifesté le besoin d’inventer Dieu.

Les dieux et les idoles

Et de souligner cette hypothèse par l’argument emprunté à Max Scheler dont il rappelle que « l’homme possède un Dieu ou une idole ». De ce côté, on n’aura guère de mal à trouver des exemples de plus en plus nombreux et de plus en plus prégnants. Ils sont même à disposition selon une progression géométrique si on veut bien additionner les fantômes et magiciens qui parcourent notre planète en y laissant des traces plus souvent effaçables qu’indélébiles. Déléguer ainsi la notoriété plus à des images auréolées des médailles, récompenses, glorioles attribuées par les hommes eux-mêmes, c’est les déresponsabiliser des décisions, prises de position, enthousiasmes et fureurs, divagations et délires destinés aux héros que leur rôle ait été positif ou négatif. A cette aune, les cris, sautillements, rages et extases, exaltations et enivrements ne sont que soubresauts révélant les émotions soulevées par les victoires ou les défaites, les triomphes et ferveurs des peuples soumis aux mouvements affectifs plus que rationnels soulevés par les dictateurs, les artistes, les traitres ou déserteurs.

Des engouements aux flammes

Leur engouement et leur transport se transforment vite en embrasement pour peu que l’étincelle née des frictions entre individus rassemblés donne naissance à une flamme ravageuse capable de détruire Stalingrad et Berlin, Londres sinon New York ou Tokyo, sinon Hiroshima et Nagasaki, à allumer des fours crématoires et à bombarder des citoyens sans défense ni abris. Est-ce que ces êtres humains promis à la mort sont déjà les victimes des sacrifices dans l’attente de leur élévation au rang de personnes sacrées ? Ces manœuvres seraient effectuées sous l’influence d’une violence mal contenue, inassouvie qui cherche toujours à trouver une victime de rechange. A la créature qui avait excité sa fureur, elle en substitue une autre qui s’attire les foudres du violent par ce qu’elle passe à sa portée et qu’elle est vulnérable ou montre des signes de vulnérabilité. Elle est devenue un adversaire de substitution aux tendances agressives inassouvies que l’agresseur potentiel tente de retourner contre la première cible disponible qui est à sa portée de tir, de parole ou d’injure sinon de stigmatisation. Est-ce si vrai ?

Approche du sacré

Du sacré, il ne faut pas trop s’approcher parce qu’il déchaine la violence mais il ne faut pas trop s’en éloigner car il protège de la violence. Le mal est rapporté aujourd’hui aux intentions de ceux qui le commettent. Pour Jean Pierre Dupuy, c’est une mauvaise nouvelle car c’est l’indice pour lui de l’annonce de la fin de la haine et du ressentiment. Pour les Japonais, victime sacrifiées moins d’une haine que d’une stratégie de guerre, Hiroshima n’était qu’un banal tsunami comme il s’en produit plusieurs fois dans l’année dans certaines régions « privilégiées ».

Crime assumé ou phénomène sans cause

Par cette interprétation, on a vite fait de transformer un crime en un phénomène d’ordre climatique, sous la houlette de quelque dieu caché au fond de la croute terrestre et agissant sur une de ses plaques pour déverser des torrents d’eau (ou de bombes) sur des populations moins choisies comme cibles que présentes par hasard à tel endroit au mauvais moment. Le philosophe allemand, Günther Anders ne dit pas autre chose quand il annonce que « la guerre par télé-meurtre qui vient sera l’absence de haine la plus inhumaine qui ait jamais existé. Absence de haine et absence de scrupule ne feront plus qu’un. Et notre auteur, doublé d’un philosophe d’ajouter pour terminer et nous laisse sur notre faim que « la violence sans haine est si inhumaine qu’elle en devient une transcendance – peut-être la seule qui nous reste."