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Pour jouir du chant des oiseaux

Faut-il faire vivre les oiseaux dans une atmosphère climatisée ?

Menace sur les epèces animales

lundi 30 juin 2008, par Picospin

Les bouleversements du mode de vie des oiseaux constituent l’un des meilleurs indicateurs des évolutions climatiques en cours. Le phytoplancton est parti le premier. Parce que les eaux de la mer du Nord s’étaient réchauffées d’un petit degré, ces micro-organismes marins ont subitement migré vers des fonds plus froids. Le zooplancton l’a suivi. Dans leurs sillages, on a vu s’en aller le lançon, un poisson fin et longiligne dont se nourrissent les gros poissons et les oiseaux marins… Parmi les vastes colonies de mouettes, de guillemots et de pingouins, de sternes et de fous de Bassan qui peuplent les côtes britanniques, souffla un vent de panique.

Une "climatisation" inappropriée

Les oiseaux, poussant de plus en plus loin leur maigre pêche, perdirent leurs forces. Pénurie alimentaire, échec de la reproduction, révoltes de la faim… La désolation fit place à l’effroi : goélands et labbes – ces superprédateurs incapables de pêcher eux-mêmes –, se mirent en colère et, affamés, se jetèrent sur les œufs, les poussins, et même sur ces maudites mouettes qui rentraient bredouilles. Ce fut la guerre et la famine… Un jour de 2004, quand les ornithologues écossais revinrent sur la falaise qu’ils étudiaient, ils ne trouvèrent plus le moindre oiseau. Il a beau avoir toujours son sourire en coin, on lit l’inquiétude dans les yeux de Bernard Cadiou. Ses jumelles pendent, désœuvrées : ici, dans les Côtes-d’Armor, la face nord-ouest de la Grande Fauconnière, ce rocher de granit rouge sculpté par les vents en contrebas du cap Fréhel, habituellement peuplée de dizaines de couples de cormorans huppés, est déserte. Seules quelques silhouettes noires et débonnaires, au cou hautain et au bec souligné de jaune trônent sur les trop rares amas de brindilles et d’algues. "On dénombrait quelque 350 couples il y a deux ans. Aujourd’hui, il y en a trois fois moins… Et, alors que les cormorans commencent à s’accoupler dès février, cette année on n’a vu le premier œuf que le 21 avril… La forte tempête qui a déferlé en mars ne peut à elle seule expliquer le phénomène. Même les nids qui sont abrités du vent n’ont pas reçu de nouveaux locataires. L’éco-éthologue de Brest observateur attitré des oiseaux du littoral breton, a l’agilité d’un pirate quand il parcourt, sa longue-vue sur l’épaule, l’étroit chemin des fous qui surplombe les récifs du cap Fréhel. Le voici qui disparaît par une faille pour reparaître tout en bas, au niveau de la mer, petite silhouette perdue au milieu de la nuée.

Guillemots et pingouins

Une troupe de guillemots se serre dans une anfractuosité. Six pingouins – sur la trentaine de couples seulement qui restent en Bretagne – cherchent une place en battant violemment de leurs ailes. Trois fulmars boréals somnolent, insensibles aux cris des goélands argentés. Le cap est, fin mai, une vaste couveuse. Mais pour Bernard Cadiou trop calme : "D’après ce que les ornithologues britanniques ont rapporté, on s’attendait à ce que cela nous tombe sur la tête un jour ou l’autre. La reproduction des oiseaux a été catastrophique. Les pêcheurs racontaient qu’ils ne trouvaient plus de lançons dans la panse de la raie ou du lieu qui d’habitude en dégorge… Car ce qui est vrai pour les oiseaux l’est également pour les hommes. L’appauvrissement des ressources de la mer touche les uns comme les autres. Le patron d’un palangrier a raconté qu’il avait l’an passé commencé sa campagne avec un mois de retard faute de pouvoir ramener le lançon qui lui sert d’appât." Dans la grosse houle triste qui enserre la Grande Fauconnière, flotte le corps inélégant et désarmé d’un cormoran mort. Pour ceux qui s’inquiéteraient de savoir quelles sont les conséquences du réchauffement climatique, les oiseaux – qu’ils soient marins, migrateurs ou hibernants – sont un indicateur riche d’enseignements sur la rapidité des évolutions en cours. Le phytoplancton est parti le premier, puis le lançon, puis les cormorans. Un simple degré d’augmentation de la température entraîne l’effondrement de tout un écosystème. Quand on sait que les climatologues du Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat font état dans leur rapport d’une possible élévation des températures de 1,8 à 4 degrés au cours du siècle à venir, on imagine le bouleversement qui se prépare dans cette nature où les êtres vivants sont interdépendants !

Réduction des gaz : un leurre ?

Les climatologues savent que, quand bien même les objectifs de réduction des gaz à effet de serre annoncés par les grandes nations seraient atteints – ce qui est déjà en soi largement improbable vu la révolution énergétique que cela suppose –, la durée de vie de ces gaz ne permet pas d’imaginer un redressement miracle et rapide de la situation. Les oiseaux sont comme des alarmes qui ne cessent de se déclencher. Ils ne sont pas que cela. Des scientifiques comme l’ornithologue William H. Thorpe estiment qu’on ne saurait nier le fait qu’un berceau réussi puisse donner à l’oiseau un plaisir qu’on ne peut qualifier que d’esthétique et que les chants des oiseaux montrent l’existence de réarrangements spontanés de certaines phrases et l’apparition de matériel nouveau dont la structure est semblable à la composition de la phrase musicale, à l’improvisation sur un thème mémorisé, tous échanges entre chants et improvisation. L’oiseau aime entendre chanter les autres. Ce respect pour la musique d’un congénère n’existe pas nécessairement chez les hommes qui souvent tentent de couvrir par la puissance des sons émis partenaires, rivaux ou autres instrumentistes. Il se pourrait bien que nous les humains utilisions les intervalles des harmoniques naturels par ce que nous les avons appris de notre environnement et pourquoi pas des chants des oiseaux. C’est l’hirondelle qui n’annonce plus le printemps parce qu’elle préfère passer l’hiver dans son étable, la cigogne qui s’est en grande partie sédentarisée, c’est l’échasse blanche qui s’implante au nord de la Loire et le héron garde-bœuf, pensionnaire de Camargue, qui batifole aujourd’hui en baie de Somme… C’est l’inséparable de Fischer, un petit perroquet d’Afrique tropicale, qui s’installe près de Nice, ou encore la grive que les chasseurs attendent désespérément lorsqu’elle hésite à quitter ses froides terres de Scandinavie.

Surveillance du territoire des volatiles

En 1989, la communauté scientifique s’est dotée d’un outil de surveillance territoriale des volatiles, le programme Stoc (Suivi temporel des oiseaux commun). En 2006, dix-huit ans après sa mise en place, on a constaté que les communautés d’oiseaux se sont déplacées de 124 km vers le nord ! Est-ce une migration désynchronisée ? Dès que le soleil se lève, un observateur des forêts est aux aguets dans la grande forêt des Vosges du nord qui entoure sa maison à quelques battements d’ailes de l’Allemagne. Des deux côtés du chemin, la terre a été retournée en sillons sauvages par les sangliers. Le soleil est encore jeune mais l’air est pur et empli du chant des oiseaux. Chacun d’eux connaît une chanson particulière, celle qu’il a l’habitude de chanter au crépuscule et surtout à l’aube. Le cri sec et strident des fauvettes à tête noire se mue en un chant qui est très facile à reconnaître, car il est joliment flûté vers la fin. Ce Professeur de mathématiques et ornithologue, Yves Muller connaît les moindres recoins depuis trente ans qu’il la parcourt de long en large. C’est lui qui a peint tous ces ronds jaunes qu’on voit ici et là orner des arbres morts qu’il ne s’agit pas d’abattre mais de conserve r. Il les a choisis pour les cavités qu’ils recèlent comme autant de nids possibles pour les passereaux migrateurs. Le récent amour pour nos compagnons animaux ne se limite pas à écouter avec affection les chants des oiseaux. S’ils partagent près de 99% de notre patrimoine génétique, les grands singes ne devraient-ils pas être eux aussi protégés légalement contre la torture et l’enfermement ? Vilipendée depuis des lustres par les défenseurs des animaux pour ses sanglantes corridas de taureaux, l’Espagne vient de décider de répondre par l’affirmative, devenant ainsi le premier pays du monde à leur reconnaître des droits.

Questionnement éthique :

1. Les expériences avec les miroirs pratiqués chez les oiseaux et les singes ont montré que chez les premiers, la vision dans le miroir provoque une conduite agressive quand un congénère s’insère dans la hiérarchie sociale. Quand un poussin est séparé de ses congénères, il lance des appels de détresse que le reflet dans le miroir apaise mieux que la vision ou la présence d’un autre poussin.

2. Est-il intéressant de chercher quelles sont les spécificités des cultures humaines par rapport aux cultures animales étant entendu que chaque espèce concernée a ses propres caractéristiques ?

3. Est-il exact d’affirmer qu’une caractéristique de l’humain a été de toujours se définir par rapport à des représentations de l’animal et non l’inverse ?

4. Est-ce que l’humain possédait le langage ou l’a-t-il acquis parce qu’il possédait une exceptionnelle compétence symbolique ?

5. Est-ce que l’animal est un sujet ? Si cette hypothèse est vraie, il s’agit de la 4è blessure narcissique infligée à l’homme depuis Copernic, Darwin et Freud, puisque l’humain ne serait plus le seul sujet dans l’univers. Que penser de cette interrogation ?


Sources :
Lestel D. les origines animales de la culture. Paris, Champs, Flammarion 2001
Denton D. L’émergence de la conscience. Paris. Camps Flammarion. 1993