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La situation difficile des marchands de pétrole au Moyen Orient

Faut-il noyer les riches ?

Peuvent-ils profiter d’une situation apparemment favorable ?

lundi 14 juillet 2008, par Picospin

Quelle que soit la peine qu’éprouvent les Américains du fait de la récession consécutive au problème actuel des prix du pétrole, il est nécessaire de prendre conscience de l’impérative nécessité de diminuer la dépendance vis-à-vis du pétrole. Sur le long terme, cette obligation pourrait s’avérer constituer un immense bond en avant pour l’économie, l’environnement et la sécurité de la nation américaine. Au Moyen Orient la situation peut être renversée.

Un boom économique

Actuellement, cette région est en train de vivre l’expérience d’un boom économique qui offre l’occasion d’affronter sinon de résoudre les problèmes politiques, économiques et sociaux qui ont multiplié le nombre des groupes terroristes d’Al Quaida. C’est certainement ce qu’espère la population de cette région. Le danger de cette situation réside dans le fait que ces revenus gonflés risquent d’être dépensés sans discernement ce qui pourrait conduire à une aggravation et une plus grande instabilité. Ceci constitue assurément un problème car il est habituel de constater que les difficultés du Moyen Orient deviennent rapidement celles du reste du monde. Le Moyen Orient ne ressemble malheureusement pas à Las Vegas car ce qui survient là bas ne reste pas sur place. Dans les années 70 et 80 à l’occasion du premier boom pétrolier, les producteurs dilapidèrent leurs richesses. Certains en profitèrent pour organiser de vastes projets pour la constitution de réseaux de bien être social qui ont largement contribué à améliorer la santé et qui constituèrent les raisons principales pour l’explosion démographique. La fraction la plus importante de ces revenus furent envoyés outre-mer ou placés sur des comptes suisses. Cette stratégie n’a rien fait pour développer l’économie de ces pays ce qui fait que lorsque ce boom se transforma en faillite plus tard dans les années 90 les difficultés économique s’amoncelèrent et avec eux le mécontentement général et des épisodes de rébellion. Cette fois quelques producteurs de pétrole ont paru devenir plus intelligents.

Plus intelligents ?

Ils sont en train d’investir des milliards de $ chez eux, en construisant des industries, réparant des routes et des usines et renforçant les services à la personne. Cette évolution a conduit les élites et beaucoup de personnes appartenant à la communauté financière de proclamer l’arrivée d’une nouvelle ère au Moyen Orient capable de diversifier les revenus provenant de cette flambée du pétrole en vue de créer des emplois et de transformer les états arabes en superpuissances économiques. Ce n’est pas parce que les investissements dans la région ont augmenté qu’ils ont été dépensés là où il était nécessaire de le faire. De ce fait l’impact est resté faible et a même créé des difficultés. Les activités qui ont créé des emplois nouveaux comme dans les secteurs du tourisme, de l’agriculture et du bâtiment importent de la main d’œuvre de l’Asie du Sus ou du sud est au lieu de se fournir sur place. Les revenus sont utilisés pour augmenter la quantité des systèmes éducationnels mais non pour les réformer. De la sorte, si davantage d’étudiants ont été formés ils se sont rapidement rendu compte qu’ils manquaient étonnamment des qualités requises pour postuler aux emplois auxquels ils pensaient avoir droit. C’est dans ces conditions que le taux de chômage des jeunes devint catastrophique. Le premier résultat de cette situation est une inflation galopante qui contribue à détruire les classes moyennes pour les reléguer dans la pauvreté. Les travailleurs étrangers qui ont la confiance des Arabes commencent à manifester eux aussi des signes de mauvaise humeur si bien qu’ils se sont mis en grève pour protester contre l’inflation.

Richesses et inflation

Pendant ce temps, les riches se sont développés outrageusement par leur habileté à s’engouffrer dans les gains exceptionnels provenant du pétrole que ce soit légalement ou illégalement. Les plus riches évaluent leurs richesses en milliards alors que les plus pauvres le sont au point de ne pouvoir se marier. Le débordement de beaucoup d’argent tend à créer une situation de déséquilibre flagrant. Les gens espèrent que cette manne du ciel va leur permettre de résoudre leurs propres problèmes économiques au moment où ils s’aperçoivent que d’immenses sommes d’argent ont été siphonnées redirigées sur des comptes privés à l’étranger ou dépensées en produits de luxe, équipements militaires ou simplement gaspillées. Peut-être est-il utile à cette occasion de se rappeler l’histoire qui s’est passée sous le Shah d’Iran qui a essayé de se servir des revenus du pétrole pour construire de nouvelles industries, éradiquer le chômage et transformer la société. Sur le papier ces projets semblaient grandioses, les indicateurs étaient au beau fixe et l’expansion du pays paraissait phénoménale. Mais tous ces projets ont été mal conduits à cause de la corruption. La monarchie s’enrichissait pendant que le peuple souffrait.

Histoire : l’exemple de la monarchie iranienne

Au lieu de résoudre les problèmes des Iraniens, cette situation amena la révolution. Peu de dirigeants ont compris cette leçon. Le roi Abdallah d’Arabie saoudite a investi de l’argent dans des villes à vocation économique qui servent de centres d’excellence pour attirer des investissements capables de sortir la main d’œuvre de son marasme. Il fait venir des professeurs du monde entier pour développer les disciplines scientifiques. Comment se sortir d’affaire sinon en envisageant de faire des investissements dans les régions, sous forme de redistribution des richesses. Cette stratégie n’est pas dépourvue de risques mais elle peut à la longue s’avérer payante et apporter des récompenses illimitées. Si les dirigeants parviennent à maîtriser ces bouleversements et à se débarrasser des sentiments de désespoir et de colère qu’exploitent les prédateurs terroristes et extrémistes ce serait une aubaine pour un monde qui reste très lié au pétrole du Moyen Orient et de ce fait reste vulnérable à ses vicissitudes au moins pour la dizaine d’années à venir.


The New York Times
July 13, 2008
Op-Ed Contributor
Drowning in Riches
By KENNETH M. POLLACK
Washington